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 A force d'échanger nos silences, maintenant qu'on est face à face, se ressemblera t-on sang pour sang ? (Yolanda & Ariane)

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MessageSujet: A force d'échanger nos silences, maintenant qu'on est face à face, se ressemblera t-on sang pour sang ? (Yolanda & Ariane)   Jeu 23 Aoû - 17:07

La tête blonde d'Ariane passa lentement à travers l'embrasure de la porte. Elle scruta aux alentours avec une très grande attention. Personne ! Il n'y avait personne ou tout au moins, quiconque qu'elle n'aurait voulu fuir ! En d'autres termes, ni son père ni sa mère n'avaient ressenti le même soudain désir de lire qu'elle. Aucun des deux ne se trouvait ici à l'intérieur ! Ils ne la dérangeraient pas, par leur unique présence ! Elle respira donc profondément, rassurée par cette absence et s'avança parmi les rangées de livres, curieuse et enjouée ! La bibliothèque de la seconde classe était convenable, mais il fallait bien l'avouer, beaucoup moins fournie que celle du pont supérieur. Il était donc logique pour un rat de bibliothèque de la trempe de la jeune fille, qu'elle eut été tentée de s'y rendre ! Et elle avait réussi !

Elle avait louvoyé parmi des petits passages durant le repas de midi et à croire que son maintien tout aristocratique, l'avait aidé dans sa quête! En un mot comme en dix, le poisson avait retrouvé son élément naturel ! En première classe, au cœur des romans et surtout sans parents ! Quel bonheur ! Cela faisait bien longtemps qu'elle n'avait pas arboré un aussi éclatant sourire ! Depuis le naufrage à vrai dire ... Il fallait bien avouer que comme tant d'autres passagers, elle avait eu toutes les raisons légitimes de perdre sa bonne humeur, mais quitte à être une morte-vivante, autant profiter des moments où l'évasion de l'esprit pouvait s'opérer ! Quoi de mieux que lire, en effet ! Surtout qu'en sa qualité de polyglotte, Ariane Valentyne, diplômée d'une grande école, pouvait se permettre bien des langues et ne reculerait pas devant les récits venus de France, d'Italie ou même de Russie ! ça ne lui faisait guère peur !

C'est par conséquent quatre à quatre ou presque, qu'elle grimpa les différents escaliers en colimaçon à la recherche de son bonheur ! Au fil des minutes, ses bras étaient surchargés par le poids des volumes qu'elle désirait emprunter. Elle avait l'humeur aux Vaudeville, les drames suffisaient assez comme ça, elle en avait assez vécus et en supportait encore un aujourd'hui pour y avoir encore goût, Feydeau et Labiche furent donc privilégiés ... Sans aucun doute, ce soir même dans leur chambre, lorsque Maxim se serait endormi, elle pourrait se fondre entièrement dans ces pièces de théâtre !

Elle redescendait déjà satisfaite de ces petites trouvailles fort sympathiques, lorsque la silhouette haïe de sa chère et tendre mère apparut à l'autre bout de l'imposante salle ! Aussitôt le corps d'Ariane se raidit et son sourire s'évanouit ! Le sang dans ses veines se glaça ! Ses yeux se plissèrent comme s'ils avaient pu tirer à bout portant pour éliminer définitivement cette créature, cette démone ! Pourtant cette soudaine apparition ne devait pas autant la contrarier, elle ferait comme elle avait toujours fait depuis des mois ! Elle jouerait la carte de l'indifférence, elle la croiserait comme on croise un insecte, sans y porter la moindre attention. Aussitôt décidé, aussitôt fait, Ariane poursuivit sa descente de l'escalier et ses yeux ne déviant pas le moindre instant, elle passa à ses côtés, sans un regard, sans une salutation. Yolanda n'existait pas, elle n'avait d'ailleurs jamais existé ! Pour lui démontrer qu'elle pouvait très bien survivre à sa présence, Ariane se lança d'ailleurs le défi de ne pas quitter les lieux, telle une piètre voleuse ! Elle resterait et sachant par avance que son attitude hautaine ne pourrait que blesser sa mère, cela ne pouvait que la convaincre davantage ! Le sacrifice de rester dans la même pièce qu'elle, en valait la peine. Elle se délecterait de ce petit jeu, c'était déjà le cas ... Si bien qu'elle vira à gauche pour se rendre dans un autre rayon plutôt que de prendre la sortie. S'y trouvait une jeune femme qui s'extasiait à haute voix en dévorant la version anglaise des Misérables de Victor Hugo.

- L'amour maternel est un sentiment si beau !
- Parlez-vous de Fantine madame ?
- De qui d'autre mademoiselle ? Ce que cette femme fait pour sa fille est si émouvant !
- Certes ... Cosette malgré le fait d'avoir été traitée comme un chien, a eu tout de même le bonheur d'avoir une mère aussi aimante et tendre. Tous les enfants n'ont pas eu cette chance, hélas ... Certains sont engendrés par des monstres !

Les hostilités indirectes semblaient être lancées ! Est-ce que cette petite réplique cinglante avait heurté sa mère ! Elle l'espérait ! Dieu qu'elle l'espérait !
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MessageSujet: Re: A force d'échanger nos silences, maintenant qu'on est face à face, se ressemblera t-on sang pour sang ? (Yolanda & Ariane)   Mar 28 Aoû - 10:07

La bibliothèque avait fini par devenir un des lieux où Yolanda se rendait le plus souvent ; plongée dans les livres, assidue et fascinée par ce qu’ils lui offraient, elle en oubliait le reste ; elle s’oubliait. Et c’était délicieux.

Elle avait caressé du bout des doigts la tranche des ouvrages avant d’en choisir un à son goût. Délaissant pour ce soir les romans historiques qui louaient l’Egypte ancienne, les civilisations gréco-romaines ou la Révolution française, elle avait choisi une pièce de théâtre, pour se détendre. Elle s’était installée dans son fauteuil préféré, à un coin lointain de la pièce, et avait débuté sa lecture. L’odeur du vieux livre la grisait, et bientôt elle se sentit disparaître ; seuls les mots existaient, maintenant.
Plus de Jonathan, plus d’Ariane, plus de souvenirs et plus de fantômes – seulement les mots.

Trente minutes s’écoulèrent. La soirée passait lentement, et Yolanda était décidée à rester ici un bon moment. Elle ne supporterait pas, ce soir, les imbéciles de première classe, leurs futilités, et leurs airs hautains. Bien sûr, ils étaient très amusants à petite dose, et la cuisine était plus qu’excellente mais… il y aurait Jonathan à coup sûr à ce dîner. Et il ne fallait plus que Yolanda se retrouve face à Jonathan. Pas de nouveau.

Une silhouette élancée comme un chat pénétra dans la bibliothèque ; ses mouvements avaient un peu de cette grâce féline qui ensorcelait.
C’était Ariane.

Yolanda, incontrôlable, se sentit raidir. Son cœur, à la manière d’un jeune oiseau en cage, bondissait et cognait dans sa poitrine, tandis que son rythme respiratoire devenait irrégulier. Frémissante, elle risqua un regard discret et avide vers la jeune fille, s’abreuvant de sa vision enchanteresse comme si sa vie en dépendait. Oh ! C’était donc cela, sa fille ? Ces cheveux blonds, ces traits délicieux, ces yeux qui lançaient des éclairs ? Oh, son Ariane ! Les années avaient déferlé sur Yolanda Yeabow, elle avait vieilli ; sa fille, elle, avait grandi, elle avait éclot. C’était stupéfiant…
En outre, la ressemblance avec Jonathan était saisissante, même s’il y avait une certaine froideur figée sur ses traits, qu’elle tenait sans aucun doute de sa mère ; Yolanda était ravie.

Un coup d’œil. A peine. C’était tout ce qu’il lui était permis de faire.
Elle avait donné la vie à Ariane. Elle avait offert une fille à Jonathan. Elle l’avait aimée. Elle les avait aimés tous les deux, aimés comme une folle. Maintenant, elle avait seulement le droit de risquer un coup d’œil. Discrètement.
Pas trop longtemps. Pour ne pas déranger Ariane.

Elle continua sa lecture comme si de rien était. Blessée, elle remarqua qu’Ariane également l’avait ignorée. Comble de misère ! Quelque chose dans son cœur se déchira.

Lorsqu’elle eut choisi les livres qui lui plaisaient, seulement, la jeune fille la remarqua et décida de ne pas quitter la bibliothèque, mais de continuer à errer parmi les livres. Cruelle enfant. Cruelle indifférence. Ariane était là, enfin, près d’elle, tout près, et elle allait devoir l’ignorer. Se comporter avec la chair de sa chair comme elle l’aurait fait avec une étrangère.

Yolanda fit mine de continuer sa lecture, fixant les mots sans les voir ; des pensées terribles de désespoir mordaient son cerveau ; elle écumait. Ariane se mit à converser avec une autre jeune femme, commentant les Misérables. Etrange hasard, il était question de l’amour maternel. La belle blonde lança quelque chose que Yolanda perçut comme une pique lui étant destinée, et alors elle se permit de répondre – oh ! regarder Ariane plus de cinq secondes !

Connaissant sa fille, elle savait qu’Ariane chercherait à l’atteindre, à lui faire mal – elles étaient pareilles toutes les deux. Il fallait lui faire croire que rien ne la heurtait. Elle se permit de glisser un nouveau regard sur le fruit de ses entrailles. « Insinuez-vous, mademoiselle, que les monstres ne sont pas capable d’amour ? » Un sourire léger s’esquissa sur son beau visage ; ses yeux flamboyaient. « Qu’un monstre n’aimerait pas ses enfants ? Je doute fort de son existence, mademoiselle. A moins que vous ayez des cas concrets à me donner, bien sûr ». Elle marqua une pause, sourit davantage, puis repris, plus calme. « Et puis les monstres ne le sont pas par plaisir, vous savez. Ils n’ont souvent pas eu une existence simple et radieuse. »
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MessageSujet: Re: A force d'échanger nos silences, maintenant qu'on est face à face, se ressemblera t-on sang pour sang ? (Yolanda & Ariane)   Mer 29 Aoû - 17:01

Qu'attendait-elle ? Mieux qu'espérait-elle ? Qu'Ariane se rue dans ses bras pour s'adonner à un tendre câlin filial ? Si Yolanda Yeabow avait encore ce genre d'illusions, elle ferait mieux de les perdre, comme elle avait perdu les siennes à cause d'elle et à cause de son père. Pourtant, Ariane se savait bel et bien aimée par cette femme, enfin dans la mesure où le diable peut aimer quelqu'un bien entendu ! C'est bien pour cela qu'elle faisait tout pour la heurter, elle savait qu'elle était son point faible, son talon d'Achille et en jouait délibérément ... Elle se faisait sadique et cruelle autant qu'elle mais ne le réalisait même pas dans ces moments là. Ce jour là n'était pas l'exception à la règle, bien au contraire. Une guerre froide semblait s'être déclarée entre les deux femmes par Victor Hugo interposé. C'est en France qu'elles s'étaient cachées, lorsqu'elle l'avait enlevée, c'est par un livre typiquement français qu'elle avait lancé la première pique scellant leurs retrouvailles. Une sorte de : Souviens toi du vase de Soissons !

Et cette pauvre fille entre elles, entre deux forts esprits, qui ne comprenait pas grand chose à sa remarque. Ariane en eut un instant pitié, mais il faut dire que l'occasion avait été trop belle ! L'étonnement de son interlocutrice s'accrut d'ailleurs davantage lorsque Yolanda, comme si de rien n'était, comme si sa fille et elle se lançaient dans un débat littéraire sans se connaître le moins du monde, lui rétorqua. Qui aurait pu dire à les voir ainsi, aussi indifférentes l'une que l'autre, qu'elles avaient été reliées au même cordon pendant neuf mois ? Ariane aurait pu mettre quiconque au défi, autant certains inspecteurs pouvaient mettre à jour des meurtres de "chambre close", autant cette énigme là ... même ceux de Scotland Yard n'auraient rien pu deviner.

La jeune Valentyne semblait écouter que d'une oreille les propos de sa mère, et ses yeux ne s'étaient pas levés une seule petite seconde de son livre. Elle avait eu une seule réaction : hausser les sourcils, autant dire rien du tout ! Pourtant, au plus profond de son âme, elle bouillonnait et de rage s'il vous plait. Comment ? Sa mère osait se plaindre, elle se comportait telle une malheureuse victime ? Et devant elle encore ! Quel culot vraiment ! Elle, la criminelle ! La tueuse de mari, la tueuse de belle mère, la kidnappeur d'enfants, c'était le monde à l'envers ! Elle ne manquait pas d'air ! Que croyait-elle ? Qu'Ariane ressentirait de la pitié ? Que ses méfaits pouvaient s'expliquer ? Jamais elle ne reconnaîtrait ses torts, il ne fallait pas se leurrer. Déjà durant l'année de son enfance passée en sa compagnie, elle tentait toujours de se justifier ! Son père la lui avait prise quand qu'elle n'avait que deux ans, et alors ? Est-ce que ceci expliquait tout ce qu'elle avait fait d'abject par la suite ? Et elle, enfant de douze ans, méritait-elle de payer de la sorte ? Son père et elle, étaient répugnants, jamais ils ne prendraient leurs responsabilités ! C'était à en vomir, à en pleurer ou en rire jaune !

Ariane choisit la dernière solution et lorsqu'elle redressa la tête pour planter son regard dans celui de son mère, c'est un sourire cynique qui se dessina sur ses lèvres. Croyait-elle que ses petites jérémiades allaient l'attendrir, les yeux suppliants d'un chien des rues, l'aurait plus touchée à vrai dire ! Yolanda allait l'apprendre à ses dépends, la bataille venait tout juste de commencer.

« Insinuez-vous, mademoiselle, que les monstres ne sont pas capable d’amour ? »
- Je pense madame, que cela dépend du sens que l'on donne au mot monstre. Bien sûr un être hideux de figure sera capable de sentiment, mais je parlais bien de personnes inhumaines, ce en quoi ils sont des monstres. Et un être aux actes inhumains qui peut mentir ou même tuer, peut-il aimer ? Je ne le crois pas en effet !

Les yeux des deux femmes semblaient fiévreux tant une flamme y régnait. Si pour Yolanda il s'agissait peut-être de celle de la souffrance, pour Ariane, ce n'était ni plus ni moins que la haine bien sûr et la colère.

« Qu’un monstre n’aimerait pas ses enfants ? Je doute fort de son existence, mademoiselle. A moins que vous ayez des cas concrets à me donner, bien sûr »
- Je me ferais un plaisir de vous citer un exemple, mais j'ai hélas oublié son nom, vous comprenez je ne perds pas mon temps à me remémorer le nom de personnes indignes ! ça serait encore trop leur faire honneur !

Les hostilités sourdes étaient à leurs paroxymes, aucune des deux ne paraissait vouloir lâcher l'affaire.

« Et puis les monstres ne le sont pas par plaisir, vous savez. Ils n’ont souvent pas eu une existence simple et radieuse. »
- Vous semblez les plaindre madame ... Mais méritent-ils autant de pitié de notre part ?

Ariane haussa légèrement les épaules avant de refermer le livre d'un coup sec.

- Mais vous avez piqué ma curiosité madame, asseyons nous et dites moi quel genre d'existence difficile peut avoir un monstre pour le devenir ? Car apparemment vous en savez long sur ce sujet ! Je suis toute ouïe.

Après avoir salué la dame inconnue, Ariane plissa les yeux et invita d'un signe de la main, sa mère à s'asseoir en face d'elle à l'une des tables de lecture.
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MessageSujet: Re: A force d'échanger nos silences, maintenant qu'on est face à face, se ressemblera t-on sang pour sang ? (Yolanda & Ariane)   Jeu 18 Oct - 23:37

Les yeux d’Ariane lançaient des éclairs ; il semblait à Yolanda que ces foudres étaient des flèches qui atteignaient directement son cœur. Ariane se voulait blessante et terrible ; elle l’était. Ariane ne se voulait pas en tout point pareil que sa mère ; pourtant, elle l’était aussi. Cette force terrible qui émanait de son regard, et de son visage entier, cette étincelle de haine qui luisait au fond de ses prunelles, d’où est-ce que ça venait ? Cette beauté glacée, cette expression lointaine, de qui les tenait-elle ?
Yolanda se surprit à réprimer un rictus, un rictus amer.

Sa fille doutait-elle de son amour ? Sa fille la prendrait-elle véritablement pour une femme dépourvue de cœur, et incapable de sentiments ? Monstre, peut-être ; indifférente, jamais. Il y avait une exécrable passion qui déferlait dans ses veines, et qui l’avait poussée à faire tout ce qu’elle avait fait. En outre, Yolanda était une créature au sang chaud. Mais elle aimait. Réellement.
Qu’est-ce qui l’aurait, sinon, poussé à fréquenter Jonathan Crewe si longtemps, lorsqu’elle avait un mari riche qui lui assurait confort et protection ? Qu’est-ce qui l’aurait poussée à agir contre ses intérêts ? Pourquoi aurait-elle voulu reprendre sa fille, si ce n’était par amour ? Pourquoi avait-elle souffert, si ce n’était à cause de l’amour ? Pourquoi était-elle devenue mauvaise, si cela n’était pas dû à ses trop grandes passions ?
Ariane s’imaginait-elle que le mal qui avait éclot dans son âme était inné ? Qu’elle s’était réveillée, un matin, avec cette envie de communiquer sa douleur ? Pour rire un peu ? Ariane ne s’était-elle jamais figurée que ce n’était qu’un masque, une protection ? Elle ne s’était pas rendu compte qu’elle ne connaissait absolument pas sa mère ?

« Vous ne le croyez pas… », répéta Yolanda, froidement. « Je ne vais pas vous forcer à changer votre point de vue sur la question, mais je vous invite à y réfléchir. Votre manière de penser est très radicale… Après tout, qu’en savez-vous ? »

D’apparence indifférente et froide, Yolanda détaillait avidement la jeune enfant. Quoi ! seize ans, dix-sept ans à peine, et elle était déjà mariée ! Comment ! Dix-sept ans à peine, et elle se pensait déjà adulte ! Comme c’était jeune, dix-sept ans, pour mourir… Et comme c’était triste, de mourir sans avoir été mère… Il aurait fallu qu’Ariane sache, qu’elle comprenne…

Ariane, bien sûr, en rajoutait fougueusement. Ses provocations étaient à leur comble. Je ne perds pas mon temps… Personnes indignes… Yolanda en rirait presque ; elle était prête à parier que loin d’oublier ses parents, Ariane y repensait souvent, et rageusement. Mais après tout elle n’était sûre de rien… Elle ne connaissait pas véritablement sa fille.

Mais oh ! ce qu’elle donnerait pour revenir au temps où elles étaient encore l’une avec l’autre… l’une à l’autre… Avant que John ne l’enlève... Lorsqu’elle leur imaginait encore un futur radieux, à toutes les deux… Tout aurait été si différents… Et bien sûr, ils vivraient, tous, aujourd’hui ; ils vivraient !

Elle esquissa un sourire froid et poli. « Entendons-nous bien, je ne plains personne. Je pense seulement, et je suis certaine que je vous ne me contredirez pas, qu’on ne devrait pas juger ce que l’on ne connaît pas. »

Lorsqu’Ariane lui proposa de s’assoir et de discuter, Yolanda jubila, s’installant sans se faire prier. « Les monstres sont le produit d’autres monstres », laissa-t-elle échapper. Peut-être n’avait-ce pas de grand rapport avec la question d’Ariane, mais c’était une nouvelle pique, une nouvelle offensive. La meilleure défense était l’attaque, les meilleures armes étaient les mots, et Yolanda ne laisserait pas sa fille lui marcher sur les pieds. « Il y a une raison à ce soudain intérêt, mademoiselle ? Vous auriez connu des gens affreux et inhumains au point de vous marquer ? Personnellement… Je sais simplement que les monstres engendrent d’autres monstres. Toujours. C’est comme un poison, vous voyez, qui circulent dans le sang, et qui se transmet… De père en fils… De mère en fille… » Elle reprit, plus sombre. « Mais il y a des drames, voyez vous, comme la perte d’un enfant, qui ne laissent pas les gens indemnes. Si vous aviez eu le temps de vous marier, et d'être mère, vous auriez sans doute su... » Enfin elle esquissa un léger sourire, très peu sincère. "Mais ce n'est absolument pas joyeux, comme sujet de conversation, n'est-ce pas ? Qu'est-ce que vous lisez ?

HJ : Désolée pour le retard et la qualité de la réponse, je m'améliorerais à mon retour, promis.
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MessageSujet: Re: A force d'échanger nos silences, maintenant qu'on est face à face, se ressemblera t-on sang pour sang ? (Yolanda & Ariane)   Sam 27 Oct - 17:33

« Je ne vais pas vous forcer à changer votre point de vue sur la question, mais je vous invite à y réfléchir. Votre manière de penser est très radicale… »

Ariane contint un ricanement au fond de sa gorge. Radicale elle ? Elle préférait de loin l’être dans ses paroles que dans ses actes ! La criminelle n’était pas elle, la kidnappeuse d’enfants, ce n’était pas elle non plus ! N’était-ce pas là, l’hôpital se moquant de la charité ? Voilà que sa mère, son horrible génitrice se permettait de lui faire des leçons en lui demandant de revoir sa façon de penser. Et elle-même avait-elle revu son désir de se débarrasser d’une pauvre femme ? Ariane était face à deux cas de figures et en tout état de cause, elle préférait de loin ses œillères, si tenté que juger une tueuse équivalait à en avoir, aux siennes ! Elle avait des limites qu’elle n’avait pas osé franchir, en somme des scrupules, elle n’était pas faite de glace ELLE ! Souvent la jeune Valentyne se représentait sa mère tel l’iceberg qu’ils avaient tous percutés.

« Entendons-nous bien, je ne plains personne. Je pense seulement, et je suis certaine que je vous ne me contredirez pas, qu’on ne devrait pas juger ce que l’on ne connaît pas. »

En plus d’être un monstre, elle avait un culot tout aussi monstrueux ! Ne pas la connaître ? Mais ce qu’elle connaissait de Yolanda Yeabow n’était-ce pas suffisant ? Avait-elle besoin d’en savoir plus ? Elle s’était débarassée de son mari pour s’adonner à la plus basse luxure en compagnie de son père, elle avait assassiné sa rivale, et l’avait enlevée alors qu'elle n'était encore qu'une petite fille. Les explications se révélaient d’une simplicité enfantine. Pourquoi ? Mais parce que la vénalité coulait dans les veines de cette femme … une véritable mante religieuse, détruisant ce que les autres ont construit de ses pinces ! Elle s’était penchée sur le cas de sa mère assez longtemps et n’avait aucun désir d’y réfléchir davantage ! Moins elle l’approchait mieux elle se portait !

D’ailleurs, il s’agissait d’un véritable supplice de se trouver en face d’elle, mais lorsqu’une guerre est déclarée, quel combattant abandonne le champ de bataille ? Ariane n’était pas lâche et comme tout ennemi ne supportant pas le membre du camp opposé, elle faisait face, le menton haut ! Il ne serait pas dit que Yolanda gagnerait cette partie de l’indifférence ! Il ne serait pas dit qu’elle la mettrait assez en colère pour qu’elle explose, qu’elle lui jette sa hargne à la figure ! Elle devait savoir qu’elle la laissait de marbre, qu’elle ne représenterait jamais qu’une étrangère , que la haine était un sentiment encore trop fort, trop proche de l'amour pour qu’elle le lui porte !

« Les monstres sont le produit d’autres monstres »

Un instant seulement, Ariane ressentit une colère sourde monter en elle. Yolanda se battait bien, elle ne pouvait pas le nier mais non elle ne pouvait pas oublier ses bonnes résolutions la concernant ! Si son cœur s’emballa, elle ne pâlit pas le moins du monde, ses yeux restaient fixés froidement sur sa génitrice. Si son interlocutrice arborait un sourire empreint de politesse, le sien se faisait carnassier.

« Il y a une raison à ce soudain intérêt, mademoiselle ? Vous auriez connu des gens affreux et inhumains au point de vous marquer ? Personnellement… Je sais simplement que les monstres engendrent d’autres monstres. Toujours. C’est comme un poison, vous voyez, qui circulent dans le sang, et qui se transmet… De père en fils… De mère en fille… »
- Je ne pense pas madame, entre ce que les gens prétendent et ce qui arrive, il y a toujours un grand pas que les naïfs ne devraient pas franchir … Cela me chagrinerait que vous soyez de ceux-là.

Elle venait d’insister énormément sur le mot naïf et son ironie était terrible.

- Voyez-vous, les tares sautent souvent des générations et l’enseignement que l’on se donne soi-même peut éviter que l’on suive le même chemin que nos parents … Quant à mon intérêt soudain, il ne se base sur rien d’autre que sur ma fascination du genre humain qui se reflète très souvent dans les livres. Dieu me préserve d’avoir connu un jour des démons rejetant sur moi leur maudit poison, comme vous le dites si bien … Et d’ailleurs comment pourrais-je m’en souvenir véritablement si c’était le cas ? Ces personnes ne méritant pas que l’on leur porte la moindre attention, je les ai sans doute oubliés !
« Mais il y a des drames, voyez-vous, comme la perte d’un enfant, qui ne laissent pas les gens indemnes. Si vous aviez eu le temps de vous marier, et d'être mère, vous auriez sans doute su... »

Pourquoi n’y avait-il pas dans ce salon, un peu d’alcool ? A cette minute, Ariane aurait bien eu besoin d’un verre. Au lieu de ça, elle préféra fermer quelques secondes les yeux et soupira intensément. Elle venait de ressentir une folle envie de commettre un meurtre ! La perte d’un enfant ? Elle n’avait pas perdu sa fille, puisqu’elle ne l’avait jamais eue et comment aurait-elle pu gagner son affection d’ailleurs ? En tuant sous ses yeux, en la kidnappant pendant plus d’un an ? Si elle l’aimait, elle l’aimait bien mal … La jeune Valentyne ne répondit donc rien et se délecta du changement soudain de conversation. Sa mère baissait la garde, le sujet l’avait-il contrarié ? L’avait-elle heurté ? Moment jubilatoire !

- Je viens d’emprunter les Misérables de Victor Hugo, madame, cette lectrice m’a convaincue d’y jeter un coup d’œil. Cependant je viens de finir le comte de Monté Cristo et je suis admirative de l’esprit génial d’Edmond Dantès ! Une telle vengeance perpétrée malgré les années mérite le respect !

Si elle avait quelques instants baissé les yeux, ils se plantèrent à nouveau dans ceux de Yolanda plus durement encore.

- Certaines personnes méritent de payer tout le mal qu’elles ont pu faire autour d’elles … Elles détruisent des existences et pensent pouvoir reprendre le cours de la leur le plus tranquillement du monde. Mais c’est lorsqu’elles se confortent dans leur droit à toute impunité que le destin les frappe ! Voilà la leçon de morale de ce chef d’œuvre. Je vous le conseille madame. Je peux vous le prêter d’ailleurs … Je suis certaine qu’il ne manquera pas d’aiguiser votre intérêt.

Son cynisme et ses sarcasmes n’avaient sans doute pas son pareil dans cette salle à cette minute. La conversation était véritablement à couteaux tirés, qui se rendrait la première ?
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MessageSujet: Re: A force d'échanger nos silences, maintenant qu'on est face à face, se ressemblera t-on sang pour sang ? (Yolanda & Ariane)   

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