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 Ambre&Charlotte : quand la liberté n'a pas de prix...

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MessageSujet: Ambre&Charlotte : quand la liberté n'a pas de prix...   Mer 11 Avr - 19:21



Je m'engouffrai dans ma chambre et fermait -à la volée- la porte derrière moi avant d'ouvrir la fenêtre et d'exposer mon visage à la pluie. celle-ci chassa mes larmes brûlantes de rage mais ne m'apaisa pas pour autant. Je m'exhortai au calme.
C'était juste une autre dispute, un énième déchirement dû a trois choses : l'ambition de mes parents (ou plutôt devrais-je dire l'ambition de ma mère et la soumission de mon père), ma franchise redoutable et redoutée, et, bien sûr, Lord William Abernathy. Le mélange était on-ne-peut-plus explosif, je venais, une fois de plus, d'en faire les frais. J'eus une pensée pour Héloïse, mariée depuis plusieurs années à Lord Edward Ellison et fraîchement maman d'un petit Charles. Elle affectait le bonheur absolu, mais la réalité était autre, j'étais sûrement la seule à m'en rendre compte. Maman et Papa n'avaient rien vu, ou ne voulaient rien voir. Le plaisir que prenait Maman à parler de Lady Ellison était presque palpable, aussi rien d'étonnant à ce qu'elle ferme les yeux devant l'erreur qu'elle avait faite. Seul Simon était autorisé à épouser la femme qui lui conviendrait : il était fiancé depuis sept semaines à Lucy Jackson, jeune fille fade et dénuée d'intelligence, mais foncièrement gentille.
Mais Héloïse avait accepté ce que je ne saurais accepter :que le reste de ma vie dépende d'un être haïssable. Derrière la porte de ma chambre, j'entendais Maman tempêter contre moi, sa fille indigne au comportement inexcusable qui faisait honte a toute sa famille. Facile a dire pour une femme qui avait épousé l'homme qu'elle aimait ! Moi, cette existence me semblait être le pire des supplices.
"Charlotte ! Charlotte !"
C'était la voix de mon père.
"-Charlotte, écoute-moi ! Je veux que tu cesses tes enfantillages, dès maintenant ! N'as tu pas honte ?
-Honte de quoi ? De détester mon futur mari ? De refuser d'obéir à Maman ? De vouloir vivre ma vie comme je l'entends ?
-De déshonorer ta famille ! rugit mon père. Tu dépasses les bornes, toi et ton fichu caractère ! Tu te rends des ennuis dans lesquels tu nous met, ta mère et moi ?
-Je vous cause des problèmes ? N'essayez pas de me forcer à épouser cet homme, et je vous en causerez beaucoup moins !
-Lord Abernathy est l'homme idéal pour toi, petite sotte !
-Oh oui, bien sûr ! Il est juste coureur, joueur, déloyal, tyrannique...
-Tu t'y feras ! Regarde Héloïse...
-C'est justement ce que je fais, figure-toi !Je ne fais que cela, et je refuse de finir comme elle !"
Mon père hurla quelque chose que je n'entendis pas. Le visage tourné vers l'extérieur, j'observai la rue, environ deux mètres au-dessous de moi.
Tout ce décida en moins d'une demi-seconde. Tellement vite que je ne suis pas sûre de pouvoir parler de décision. Je n'eus même pas besoin de reprendre ma respiration ou de réfléchir à ce que je faisais. Je sautai, pieds nus et sans rien d'autre que ma robe, dans la rue sombre, quasi-déserte et trempée le pluie.
J'avais toujours été impulsive, le genre de personne qui agissait avant de réfléchir. Rien d'étonnant, donc, a ce que je parte en courant sans me retourner et sans penser aux conséquences de mon actes. Certains appelleraient ça de l'irresponsabilité, moi, j'appelle ça de l'instinct de survie.
Ma course éffrénée à travers une Londres somnolente et pluvieuse me mena à Paragon Walk, résidence de ma Grand-mère maternelle, Mariah. Ce n'est qu'une fois devant la porte de son imposante demeure que je me souvins que Grand-mère était, une fois encore, en voyage à Paris. Pour la première fois de ma vie, je m'assis a même le sol et, découragée, je me mis à pleurer. J'étais seule, la nuit était de plus en plus noire au fur et à mesure que les minutes passaient, j'étais trempée, mes cheveux étaient gorgés d'eau, j'avais froid et je n'avais nulle part où aller. De plus, Londres n'est pas le genre de ville dans laquelle il est bon pour une jeune fille de rester seule au beau milieu de la nuit : comme tout londonien qui se respecte, j'avais entendu parler de Jack l’Éventreur et de ses victimes, à Whitechapel. Cependant, malgré mon désespoir, je ne regrettai pas mes actes. Si je devais mourir, je mourrais en ayant connu un semblant de liberté. Si mes parents, frères et soeurs ne pouvaient comprendre, je savais que ce ne serait pas le cas de deux personnes de ma famille : Grand-mère et Ambre. C'est à elles deux que je devais penser...
"Ambre !"
C'était plus fort que moi, j'avais crié son nom en pleine rue. Ambre était de séjour à Londres, a l'auberge de Resurection Row ! Finalement, je n'allais peut être pas mourir de froid tout de suite. Ragaillardie, je me redressai brusquement et pris mes jambes a mon cou. La pluie tombait toujours aussi dru, les dernières lueurs de la ville s'éteignaient à mesure que celle-ci se noyait dans un océan de ténèbres. Mais rien ne ralentit ma course, et je ne m’arrêtai qu'une fois que j'eus poussé les portes de l'auberge chaleureuse et confortable de Resurection Row. L'horloge indiquait onze heures et demie. La concierge, qui commençait à s'endormir, eut un sursaut de frayeur a mon arrivée.
- Je viens voir Ambre Deckert, haletai-je. C'est pour une urgence.
Ça ne pouvait être que pour une urgence, vu l'était dans lequel j'étais. Mes cheveux trempés tombaient comme une cascade noire autour de mon visage humide, ma robe bleue pâle était aussi gorgée d'eau de pluie, mes lèvres tremblaient, j'avais la chair de poule et la respiration sifflante. Pas de doute, mon apparence était pitoyable. Si pitoyable que la pauvre femme en était bouche bée.
"-Escalier de droite. Deuxième couloir sur la gauche. Chambre 12."

Tout cela dans un souffle. Après l'avoir remerciée, je suivis ses instructions. Mes jambes me faisaient un mal de chien, néanmoins je pressai le pas jusqu’à ce que que je sois devant la porte de la chambre 12. Dieu merci, Ambre avait le sommeil léger et le réveil facile.
Retenant le peu de souffle qui me restait, je cognai à la porte.


Dernière édition par Charlotte E. Hayward le Mar 17 Avr - 15:17, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Ambre&Charlotte : quand la liberté n'a pas de prix...   Jeu 12 Avr - 20:10

Je poussai un long soupire de lassitude et me laissai glisser sur la chaise de mon bureau. Décidément, ce soir je n'avais pas d'inspiration. Étais-je trop fatiguée ou au contraire n'étais-je pas trop impatiente de mon départ sur le Titanic? Un nouveau soupire s'échappa de mes lèvres en avisant l'horloge qui trônait sur la cheminée. Bientôt onze et demi.
Je portai un regard circulaire sur ma chambre, elle me semblait bien sombre et austère, alors qu'il pleuvait averse dehors. Je ne me souvenais pas que l'Angleterre était si triste et qu'il y pleuvait autant. La vie m'y paraît fade, désenchantée, ou bien est-ce le souvenir de père s'ayant donné la mort dans cette même ville qui me hante et assombrit ma perception de ce lieu que j'avais autrefois tant aimé.
Voilà dix longues et dures années que je n'avais pas remis les pieds en Angleterre, ma belle-mère Constance m'y avait arrachée pour me jeter dans un pensionnat de France. Ces années-là furent tout de même agrémentées de bons moments tant que je restais loin de Constance et du reste de sa famille. Et puis après sa mort, j'avais connu ma petite célébrité grâce à mes écrits. Je pouvais m'estimer heureuse d'avoir pu accumuler assez d'argent pour payer mon passage en Angleterre afin de pouvoir monter à bord du Titanic, une place autrement plus coûteuse. Et voilà que même dans ma terre natale j'avais eu la joie de publier aussi.
Je ne pouvais rêver mieux et pourtant je ne me sentais toujours pas entière. En France, j'avais découvert que Constance n'était pas ma mère et que mes racines maternelles se trouvaient en Amérique où ma mère avait péri quelques temps avant que mon père se donne la mort en apprenant la nouvelle, lors de mes sept ans, faisant de moi une orpheline à part entière. Je comptais retrouver une part de moi-même auprès de ma famille d'Amérique qui devait me rester. Je voulais me faire connaître, leur montrer ce qu'était devenu la petite fille d'Eliza G.Riley, ma mère. Peut-être serai-je au contraire mal accueillie? Cette éventualité me rongeait l'esprit tout autant. Peut-être que je commettais une erreur en allant là-bas. Où irai-je s'ils ne m'acceptaient pas?
Je secouai vivement la tête comme si je voulais faire sortir ces craintes parasites de mon esprits. Tous ces raisonnements stériles ne me mèneraient à rien, il était trop tard pour faire marche arrière. Après tout, rien ne me retenait non plus en Angleterre. Je me sentais soudain comme une feuille orpheline, tombée de son arbre et voguant au gré du courant incertain de l'avenir.
Oh bien évidemment, il y avait la famille de mon père, les Hayward. Depuis mon retour en Angleterre j'allais régulièrement les voir, et surtout ma petite Charlotte avec qui j'avais correspondu de nombreuses années alors que j'étais seule en France. La dernière fois que je l'avais vue, elle n'avait que quatre ans et voilà que je la retrouvais à seize. Elle est devenue si belle, si grande, si majestueuse et si désinvolte. Son caractère bien trempée, à l'instar de celui de son frère Simon et de sa sœur Héloïse me plaît beaucoup. C'est d'ailleurs bien pour cela que c'est pas cousine adorée, elle est impulsive, elle sait se défendre mais je sais qu'il faudra être là pour la protéger. Mais désormais elle n'aura plus besoin de moi non plus, ses parents lui ont trouvée, paraît-il, un très bon parti. Ma cousine ne m'en a pas encore parlée, peut-être n'est-elle pas encore au courant?
Je me levais et regardais par la fenêtre le passage alerte des gens qui couraient sur les pavés glissants et sombres de la capitale anglaise. Quand soudain une personne attira mon attention. Je forçai mon regard. Cette silhouette, cette robe imbibée d'eau, ce visage assombri par l'obscurité mais dont les traits m'étaient bien familiers. Charlotte! Oui c'était elle! Que faisait-elle donc ici? Si tard? La nuit alors que les rues de Londres sont de véritables coupes-gorges? Soudain, je la perdis de vue. Avais-je rêvé? Était-ce mon esprit embrumé par la fatigue qui me jouait quelques vilains tours?
Je restais quelques temps à la fenêtre, à scruter le voile noire d'eau et d'ombre qu'offrait la nuit comme épais linceul.
Puis je finis par me décider. Je devais en avoir le cœur net, aussitôt j'allais chercher mon manteau et l'enfilais prestement. J'ouvrais ma porte, quand soudain, je me retrouvais nez-à-nez avec Charlotte.
J'étouffais une exclamation de surprise mêlée à l'horreur et restais bouche-bée devant elle. Elle était dans un bien piteux état. Sa robe bleue pâle et ses cheveux mangeant une partie de son visage étaient gorgés d'eau. Ses pieds étaient nus, salis de boue. Son visage était dégoulinant de pluie mais aussi de larmes, si j'en jugeais par ses yeux rougis. Ses lèvres tremblaient et son corps entier semblait transis par le froid. Pourtant je ne bougeais pas et restais interdite devant cette apparition. Ce fut que lorsque Charlotte éclata en sanglots que je sortais de ma transe. Aussitôt je l'attirais dans mes bras et l'emmenais au chaud dans ma chambre. Je l'installais sur une chaise près du feu que je prenais soin de raviver un peu. Je cherchais des couvertures et vêtements que je trouvais dans tes placards et revenais vers ma cousine.

"Charlotte, enlève ta robe et enfile cette robe de chambre. Elle sera certainement trop grande mais ce sera déjà mieux que tes habits trempés"

Charlotte s'exécuta aussitôt sans répliquer, la gorge manifestement toujours étranglée de sanglots. Elle se rassit ensuite près du feu et je prenais soin de la couvrir de quelques couvertures sur les épaules pour qu'elle ne prenne pas mal. Je lui ouvrait aussi de quoi réchauffer et couvrir ses pieds nus.
Puis je pris une chaise et me plaçais devant elle. Je la regardais avec, l'espérais-je alors, le regard le plus conciliant, protecteur et réconfortant du monde avant de lui demander d'une voix douce:

"Que s'est-t-il passé Charlotte? Pourquoi étais-tu ici?"
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MessageSujet: Re: Ambre&Charlotte : quand la liberté n'a pas de prix...   Lun 16 Avr - 15:33

La profonde bonté qui émanait d'Ambre m’enveloppa dans une onde de réfonfort, comme du sirop tout chaud, me permettant ainsi de sécher mes larmes. Je détestais les pleurnicheries, ma nature me portait davantage a la colère qu'aux larmes, or depuis quelques heures, j'y étais sujette un peu trop souvent a mon goût.
"Que s'est-t-il passé Charlotte ? Pourquoi étais-tu ici ?"
Dieu que sa voix était douce. J'avais beau le savoir, je me faisais la réflexion chaque fois qu'elle ouvrait la bouche. Réalisant qu'elle venait de me poser une question et qu'elle attendait surement une réponse, je sortis de ma torpeur, pris une grande inspiration et commençai mon récit.
"-Il y a six mois, Papa et Maman m'ont annoncée qu'il était temps pour moi de suivre les pas d'Héloïse et de me marier. Ça faisait un bon bout de temps que Maman m'en parlait mais ce soir là, pour la première fois, je fus vraiment attentive à ses longs discours sur le mariage, la vie conjugale et la manière dont il fallait gérer un foyer. Sans doute parce-que Papa et Simon était de la partie aussi, approuvant tout ce que disait Maman et me faisant clairement comprendre qu'il serait temps pour moi de quitter la maisonnée familiale. Quelques jours plus tard, nous furent tous invités a une réception dans une riche demeure de Callander Square. Maman et papa étaient présents, évidemment, ainsi que Simon, Héloïse (qui avait laissé son petit Charles, sept semaines, aux bons soins d'une nourrice choisie par Edward) et mon beau-frère, Edward Ellison. J'aurais dû me douter que c'était là une machinerie de Maman, mais pas un instant au cours du trajet qui nous emmena de Cater Street à Callander Square je devinais que cette soirée serait la pire de ma vie.
Mais je ne me doutais de rien. Quand nous arrivâmes, Maman me prit à part, et, me tenant par la main, m'entraîna vers un groupe de jeunes hommes réunis autour d'une table de jeu. C'est alors que je compris. J'essayai de me dégager mais ma mère me comprimait le bras si fort qu'elle en avait les jointures blanches. Bilan : aucune échappatoire. Je grognai, râlai, tempêtait mais rien n'y fit : Maman ne me lâchai pas et nous étions beaucoup trop proches de la table de jeu pour faire semblant de ne pas la voir.
J'étouffai un sanglot a se souvenir, mais continuai néanmoins mon récit. Ambre m'écoutait attentivement.
"- Il y avait parmi eux un Lord que Maman me présenta comme William Abernathy. Une trentaine d'années, c'était un très bel homme... Brun, le teint pâle, les yeux noirs, de taille moyenne et plutôt mince... Mais un petit sourire narquois et suffisant qui me déplût instantanément. Les autres hommes (ils étaient trois) regardaient la scène avec amusement.
William m'invita a danser et, devant l'insistance de ma mère, je ne pus qu'accepter.
Je me souvenais de chaque instant de cette soirée. Quand je suis morte, il m'a semblé entendre le rire exultant de ma mère, ce même rire qu'elle a eu quand William lui a déclaré qu'il me prendrait pour épouse, que je le veuille ou non. Ces instants là seront a jamais gravés dans ma mémoire, comme pour dire à ma mère : "regarde ce que tu as fait !"
Mais cela, je ne le réalisai que plus tard. Pour l'instant, j'étais avec Ambre, a Londres, vivante et persuadée que ma vie était fichue.
"- Et après ?
-Je lui ai envoyé un verre d'eau à la figure et j'ai dit a Maman que je préférais mourir plutôt que d'épouser un homme tel que lui.
- Il était donc si terrible ?
- Tu ne t'imagines même pas. Il buvait comme un trou et collectionnait les maîtresses. Il a du embrasser au moins trois femmes dans la soirée ! Et j'appris le lendemain qu'il était veuf, ce que ses parents cachaient à tout le monde...
-Comment est-ce possible ?
- J'appris cela par la boulangère du quartier, tu sais, Mrs Prebble... Les Abernathy n'étaient à Londres que depuis cinq ans, ils étaient originaires de Newcastle. La soeur de Mrs Prebble vit là-bas, c'est comme ça qu'elle est au courant. Son épouse... Elle avait quatorze ans quand ils se sont mariés, elle s'appelait Elizabeth je crois... Il la frappait.
- Quoi ? Tu veux dire que c'est lui qui l'a tuée ?
- Mystère. Toujours est-il quelle est morte et que les Abernathy se donnent beaucoup de mal pour que ceci ne se sache pas.
-Il faut faire éclater l'affaire ! Ma pauvre Charlotte, a quoi as-tu échappé ? Mais es-tu bien certaine que tout ceci est vrai ?
-Pas totalement, non. Mais Martha Prebble n'a jamais menti. C'est peut-être une commère, mais ce n'est certainement pas une menteuse.
- Tes parents savent ?
- Maman dit que j'ai inventé tout ça pour ne pas l'épouser. Et Papa est d'accord avec elle... Comme toujours ! De toute manière j'aurais refusé de l'épouser même sans ces rumeurs et même si c'était un homme bien...
- Je sais. Tu détestes que l'on te force la main.
Je ne pus m'empêcher de sourire. Ma cousine me connaissait si bien ! J’expliquai ensuite a Ambre les six mois qui suivirent la fête/fiasco, entre disputes avec Papa, avec Maman... Simon lui-même s'y mettait, et Héloïse aussi m'écrivait pour me convaincre d'accepter. Mais a mesure que tous redoublaient d'efforts pour me faire plier, je me durcissais. Quand a William, je le haïssais un peu plus chaque jour et nous nous disputions sans cesse.
Cet après midi fut l'évènement de trop. Il m'a insultée... Il m'a traitée de petite catin ignorante... Et je lui ai craché au visage avant de tourner les talons et de le planter là, au beau milieu de la rue.
"- Evidemment, a la maison, se fut la crise. Maman hurlai, Papa était indigné, Simon était blême (de quoi se mêlait-il, celui-là ?) et je leur répondait sur un ton identique au leur. Puis je suis partie en courant, me suis enfermée dans ma chambre...
- C'est à ce moment là que tu es partie ?
- Oui... Par la fenêtre. La suite, tu la connais. Ambre, qu'est-ce que je vais faire ?"
Je ne pouvais pas retourner chez mes parents, Ambre le savait aussi bien que moi. J'avais beau avoir agi de façon instinctive et impulsive, je ne regrettais pas mon geste : mon instinct me trompait rarement. Mais maintenant... D'ici peu, mes parents mettraient Scottland Yard a ma recherche, je ne pourrais pas me cacher ici éternellement, car mes parents savaient que le seul endroit ou je pouvais aller était chez Ambre. Celle-ci semblait plongée dans ses pensées, et je savais qu'elle aussi cherchait une solution a mes malheurs.
Quand elle redressa brusquement la tête, je sursautai. Elle semblait déterminée, et je retins mon souffle.
"Tu viendras avec moi. A bord du Titanic."
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MessageSujet: Re: Ambre&Charlotte : quand la liberté n'a pas de prix...   Lun 16 Avr - 19:23

Les embruns de la mer venaient délicatement emplirent mes narines, tandis que le soleil proche de son zénith, dispensait sa chaleur sur mon visage exposé. Je fermais les yeux et humais le doux parfum de la peinture fraîche du navire, l'odeur de l'eau et de la liberté que nous offres l'océan comme promesse, faisant fi de l'agitation qui m'entourait. Peu de choses venait m'interrompre dans mes moments de rêverie et d'évasion que je m'offrais très souvent, même parfois trop souvent pour certains. Je réfléchissais déjà à la manière dont j'allais retranscrire mes sensations à l'écrit. En passant par la douce et enivrante chaleur qui montait en moi et explosait dans ma poitrine dans un feu d'artifice ininterrompu. J'ouvris lentement les yeux et levais lentement mon regard vers le Titanic avec admiration. Si grand, si beau, si majestueux, si magnifique et pour une fois si accessible. De nombreuses fois j'avais bien vérifié mon billet pour être sûre que j'embarquais bien sur le paquebot et que cela n'était un tour de mon esprit bien trop rêveur.
Je me laissais doucement glisser dans mon de rêverie, quand soudain, une main saisissant tendrement la mienne me ramena à la réalité. Un tremblement presque imperceptible vint secouer cette main d'ordinaire si volontaire et assurée. J'ouvris les yeux et observai Charlotte. La crainte prenait légèrement possession de ses traits à mesure qu'elle contemplait le Titanic d'un manière qui la faisait paraître comme une petite fille timide et fragile. Et pourtant, dans ses yeux brillait toujours l'éclat sauvage de la détermination. Elle ne reculerait pas, elle ne le voulait pas. Je pouvais le lire sur son visage résolu et son menton volontaire.
Je serrais avec affection cette main qui m'avait, par le passé, écrit tant de lettres, me faisant partager chaque instant de sa vie, comme si j'avais toujours été présente et que tant de distance ne nous avait jamais séparées. J'avais l'impression d'avoir grandi auprès d'elle et de ne jamais avoir quitté la maison familial des Hayward. C'était comme si le temps et l'espace n'étaient pas des facteurs à prendre en compte quand seuls les sentiments comptaient vraiment. Nous le sentions dans chaque fibre de notre être comme une douce évidence, un fait établi depuis toujours: nous ne nous étions jamais quittées. Quel lien étrange était celui qui nous unissait avec une telle force, une telle intensité et faisait de nous des personnes dépendantes l'une de l'autre. Je pouvais me figurer clairement cette chimie étrange et déroutante qui pouvait lier ainsi les jumeaux. Plus qu'une cousine, je la voyais comme ma sœur jumelle. Nous nous complétions comme un seul être. Son caractère enflammé et énergique contrastait fortement avec ma nature calme et rêveuse. Mais grâce à cette différence nous nous apportions beaucoup et chacune se nourrissait de l'autre.
J'aurai tout fait pour elle, et voilà que je le faisais. Faisant fi des conséquences de mes actes quant au reste de ma famille d'Angleterre, j'avais décidé de l'emmener avec moi à bord du paquebot de rêve.
Lorsque Charlotte était venue me retrouver à l'auberge quelques jours auparavant et après qu'elle m'ait racontée toute l'histoire, je m'étais levée à la première heure pour acheter un nouveau billet à bord du Titanic. Malheureusement, j'avais essuyé un cuisant refus. Puis il se produit comme un miracle, et je remercie le ciel à cette instant de m'avoir offert cette opportunité. Parmi ces hommes et ces femmes cloîtrés derrière leur guichet s'était trouvé la personne qui avait gracieusement accédé à ma demande. Une femme du guichet m'avait soudain reconnue alors que j'allais piteusement partir. Et c'était plus particulièrement mes œuvres qu'elle connaissait. J'avais trouvé en elle une de mes plus ferventes admiratrices. Elle trouvait admirable que j'écrive et que je publie au même titre que la gente masculine. J'avais décidé d'utiliser cette atout à mon avantage. Usant de quelques mensonges et de ma capacité à jouer la comédie en des moments que je jugeais d'urgences, j'étais parvenue à faire enregistrer Charlotte sur la liste des passagers et à obtenir un billet stipulant que nous allions occuper la même cabine.
Non mécontente de mon exploit, j'étais revenue à l'auberge, presque en courant, avec mon précieux trophée en main que j'avais brandis à Charlotte. Ses yeux, encore emplis de fatigue et rougis par ses pleurs de la veille, avaient contrasté avec son visage qui s'était illuminé de bonheur et de soulagement, tel un phare dans la nuit. Elle m'avait aussitôt sautée au cou dans un cri de joie. Que cela avait été bon de la revoir à nouveau si heureuse.
Je comprenais les raisons pour lesquelles elle avait fui sa maison et ses responsabilités, et je ne la blâmais aucunement. Et même si je ne les avais pas comprises, je l'aurais aidée en dépit de tout, même de mes principes. Je l'aurai aussi fait venir avec moi et je n'aurais pas non plus eu aucun scrupule à mentir comme je l'avais fait, bien que ce soit une chose qu'il ne me plaisait pas de faire d'ordinaire. Je lui aurais portée secours jusqu'à la mort.

"Nous y voilà enfin Charlotte, dis-je en contemplant une nouvelle fois ce paquebot qui accrochait tant mon regard. Tu sûre de toi?"

Nous nous regardâmes toutes deux un moment, dans les yeux l'une de l'autre. Le regard de Charlotte vacilla un bref instant avant qu'un air résolu s'inscrive sur son visage.

"Je ne l'ai jamais autant été Ambre, laissa-t-elle tomber avec détermination."

Elle lâcha soudainement ma main, attrapa sa valise pleine de vêtements que nous avions achetés dans la semaine et s'avança de quelques pas vers le Titanic avant de se tourner à nouveau vers moi. Son regard irradiait maintenant d'excitation et de ce côté joyeux qui lui saillait si bien. C'était ainsi que je la reconnais. Enjouée et passionnée, toujours prête à s'amuser et s'enflammer comme une vraie torche.

"Eh bien qu'attendons-nous? Fit-elle avec un petit air espiègle, le sourire brillant de malice. Nous avons un navire à prendre et une Amérique à conquérir!"

J'éclatais de rire. Elle était vraiment indispensable à mon bonheur, toujours là pour dispensait sa bonne humeur aux gens qui l'entouraient. Je la suivais avec ma valise alors qu'elle poursuivait son chemin entre la foule attroupée sur le quai.
Près quelques procédures et la vérification des billets, un membre du personnel nous conduit jusqu'à notre cabine, portant nos valises. En comparaison, celle de Charlotte était bien plus légère que la mienne, alourdie de nombreux bouquins, d'écrits en cours et de papier pour étancher ma soif d'écriture. J'avais pour projet d'écrire plus que de mesure durant le trajet. A bord de ce bateau paradisiaque et à côtoyer autant de gens de classes et d'histoires différentes, je comptais bien nourrir mon imagination et parsemer mes feuilles vierges d'encre.
Notre cabine était la D29, et lorsque nous y fûmes, Charlotte se jeta immédiatement sur l'un des lits avant de tester le deuxième. Je remerciais l'homme et lui donnais de quoi payer le service avant d'étudier la cabine avec plus d'intérêt. Cela ne devait être que peu à côté d'un appartement de première classe, mais cette cabine me semblait dépasser toutes mes espérances et je la trouvais presque trop luxueuse pour nous. Quelques meubles trônaient dans différentes parties de la pièce, dont deux lits qui semblaient suffisamment confortables pour être approuvés par la difficile Charlotte. Il n'y avait peu de décoration, mais les lampes, les meubles et tout ce qui constituait les parois de la chambre semblaient être de la décoration en soi. J'avisai aussi le petit bureau qui se trouvait dans un coin, mon bonheur était là. Je jetai un nouveau regard circulaire à la cabine, détaillant tout ce qui nous entourait. Décidément, tout ce que je pouvais dire de cette cabine, c'est qu'el...

"Elle est parfaite! S'enthousiasma Charlotte. Et les lits sont si confortables et si moelleux. Viens voir Ambre."

Je venais m'installer à côté d'elle sur le lit. Elle avait raison. Ces matelas étaient si confortables. Un vrai appel au sommeil.

"Je te préviens. Celui-ci, c'est le mien, annonça Charlotte."

"T'es vraiment pas possible toi, fis-je dans un rire."

Un secousse sourde ébranla soudain la navire.

"Nous sommes certainement en train de partir. Allons-y vite!"

Charlotte sauta du lit comme si un insecte l'avait brusquement piquée. L'imitant, je la suivais dans sa course pour gagner le pont du paquebot. Dans son habituelle audace, ma cousine joua de ses coudes pour passer à travers les passagers et s'accrocher à la rampe du bateau pour mieux voir le départ. Une fois de plus je fis comme elle. Ensemble nous nous retrouvâmes à faire des grands sourires et à agiter la main à des personnes qui nous étaient totalement inconnus. Personne n'était là pour nous dire adieux. Et nous savions Charlotte et moi que nous ne reverrions jamais plus l'Angleterre. Désormais, l'Amérique était notre nouvelle terre d'accueil. Je savais à présent pour qui était destiné ce dernier au revoir. Je l'adressai à mon Angleterre, à mon enfance, à mon père, à mes souvenirs, et à la part de moi-même que je laissais ici à jamais.
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Ambre&Charlotte : quand la liberté n'a pas de prix...

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