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 Natascha Alekseïevna [Fini]

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MessageSujet: Natascha Alekseïevna [Fini]   Ven 20 Déc - 15:32



Natascha Alekseïevna Ianoukovitch




VOTRE PERSONNAGE

Celui qui n'est pas prêt à affronter la mort au terme de sa vie ne sera pas en paix quand tombera la nuit.

AGE DE MORT ♦ 25 ans, mais son apparence est celle de ses 19 ans, âge qu'elle avait au moment d'embarquer.
DATE DE NAISSANCE ♦ 31 janvier 1893.
ORIGINE ♦ Russe.
SITUATION FAMILIALE ♦ Son fiancé est mort à bord du Titanic alors qu'elle a survécu, pour mourir en même temps que ses parents et ses frères six ans plus tard.
GROUPES ♦ Revenants.


DERRIÈRE LA SCÈNE

PSEUDO ♦ Valiya
AGE ♦ 18 ans
OU AS-TU CONNU LE FORUM? ♦ Par partenariat.
TON AVATAR ♦ Alicia Vikander.
VOULEZ-VOUS ÊTRE PARRAINÉ? ♦ Je devrais m'en sortir seule, mais merci !
AUTRE CHOSE A DIRE? ♦ Eeuuuh... Ce forum est superbe ! X)
CRÉDITS ♦ Tumblr et Vintage Phonic.





Questions pour un Fantôme



♦ Que pensez-vous de cette île mystérieuse? Voilà quelques temps que le Titanic lui était insupportable. Alors lorsque Natascha a vu l'île se découper à l'horizon, elle a poussé un grand cri de joie, préparé sa valise et, ni une ni deux, s'y est établie, trop heureuse de toucher la terre ferme après un an a voguer sur les mers. Il était temps que ce cauchemar infini prenne fin, et peu lui importe si l'île se révèle être un nouveau cauchemar. Au moins, elle s'y sent plus vivante que sur le paquebot des rêves.

♦ Comment avez-vous réagis en voyant que vous étiez de retour sur le Titanic, alors que celui-ci est au fond de l'océan? Choc, incompréhension, hystérie, les mots sont encore faibles pour décrire la réaction de Natascha. Oh, sur le coup, elle en a été heureuse : sa fin fut si atroce que les premiers temps, elle eut la douce impression d'être au Paradis... Impression qui s'est assez vite écroulée. Le Titanic a bien failli la rendre folle, au bout d'un temps. Sans cesse les mêmes paysages, sans cesse les mêmes lieux... L'île lui apporte un nouveau souffle, résonne comme une seconde vie inespérée.

♦ Que pensez-vous du Capitaine? Est-il une menace pour vous ou une personne fascinante? Ce qui est étrange, c'est qu'il était absent pendant la traversée, cela, la Russe en est intimement persuadée. Alors comment est-il arrivé ici ? Est-il un monstre surgi des Enfers ? Non, rien de tout cela : Natascha ne croit pas aux monstres. A la folie, oui, et à la dépravation mentale, mais pas aux monstres. Le Capitaine est à l'image des hommes qui ont causé leur mort, à elle et aux siens. Un danger. Reste à ne pas s'en approcher.

♦ Si tu avez la possibilité de quitter le Titanic ou l'île pour réellement mourir, le feriez-vous? Pourquoi? Avant la découverte de l'île, elle aurait répondu "oui" sans la moindre seconde d'hésitation, mais à présent... Qui sait si cette île, justement, ne serait pas pour eux tous signe d'espérance ? Une nouvelle terre, une nouvelle vie, peut-être y trouveront-ils du secours. Cependant, il y a de fortes chances pour que, d'ici quelques mois, la demoiselle n'en puisse plus de l'île au point de désirer quitter cet endroit.

 




La poupée russe s'est brisée


Les notes s'enlaçaient avec une fluidité déconcertante et un naturel bienvenu, en une mélodie tout à la fois douce, joyeuse, entraînante, pleine de mouvements et de promesses. Les rires fusaient de toutes parts, les conversations ne tarissaient guère, s'enchaînaient, se suivaient à l'instar des mélodies que proposait l'orchestre. Au centre de la vaste pièce, les danseurs évoluaient, en ses gestes si complexes et pourtant semblant si simples, si naturels. De part et d'autres, alors que l'orchestre leur faisait face, de grandes tablées étaient disposées. Tout, depuis les mets proposés aux toilettes portées, en passant par la musique jouée et le scintillement des verres de cristal sous la lumière des imposants lustres, le sol de marbre froid couvert de tapisseries, l'escalier massif à rampe orée, les murs peints, tout semblait une invitation au luxe, à l'opulence, à la richesse. Radical contraste avec le paysage extérieur.

Des steppes arides, blanchies par la neige. Un vent perpétuel rendu glacial par le givre. Des flocons tourbillonnants autour les noirs sapins de la toundra. Des montages dentelées qui semblaient mordre le ciel, ce ciel bleu pâle couvert de nuages gris. Tout, dans ce paysage, était clair, lumineux, dépouillé et odieusement froid, tout, dans ce paysage, s'opposait à l'or et la pourpre de la grande salle de réception. Et, au milieu de toute cette foule, apparaissant et disparaissant entre les jupes de taffetas, leurs rires se noyant parmi les autres rires, légers comme une plume et vifs comme l'éclair, trois jeunes enfants. Ils riaient à gorge déployée au milieu de la foule des grandes personnes qui les regardaient passer soit avec agacement, soit avec attendrissement. Une fillette et ses deux grands frères.


La vision s'évanouit lorsque Natascha ouvrit les yeux. Elle eut un soupir. Ces scènes lui semblaient venir d'un autre monde, comme des parcelles d'une autre vie. Et pourtant... Pourtant, le décor était bien là, le même que celui de son souvenir. La vaste salle de réception, les hauts murs, les grandes fenêtres. Dehors, c'était le même paysage froid, pâle, le même hurlement du vent. Mais rien, non, rien n'était pareil que l'univers qui avait été le sien. Tout était à présent nu, dépouillé, les lustres de cristal avaient été arrachés avec la rampe dorée des escaliers, l'argenterie avait été pillée, les bijoux, les tissus précieux, tout pris. Il n'y avait plus de tapisseries au sol, plus de rideaux aux fenêtres. Le sol de marbre avait été fracturé pour en tirer le précieux minéral. Cette demeure, autrefois éclatante, n'était plus que l'ombre d'elle-même.

La révolution avait fait son entrée dans l'Empire Russe, et la très noble, très riche, très puissante famille des Ianoukovitch était à présent prisonnière dans sa propre demeure, avec le strict minimum pour survivre, en compagnie des rares domestiques qui leur étaient restés fidèles, comptant les jours qui les séparaient d'une fin imminente. Il était loin, le temps ou le duc Alekseï dînait à la droite du Tsar alors que le tapis rouge était déployé devant son épouse Svetlana, devant ses fils Mikhaïl et Dimitri, devant sa fille Natascha. Loin et révolu, comme cette soirée qui avait occupé les pensées de Natascha en entrant dans ce qui avait été une luxueuse salle de réception, joyau d'un Empire sur son déclin.

Et qui, à présent, n'était plus qu'une pièce froide et pâle, en total accord avec le paysage qui s'étendait par delà les fenêtres.

" - Natascha ? C'est toi, ma chérie ?
- C'est bien moi, Mère. Je suis là."


La jeune femme s'approcha de sa génitrice, assise sur un des rares fauteuils qu'on leur avait laissé, tellement usé que Natascha avait dû le recoudre elle-même en compagnie de sa femme de chambre, avec des tissus venant de ses propres jupons, les quelques qu'on ne lui avait pas pris. Cheveux blancs tirés en arrière, toute de noir vêtue, les traits tirés et les paupières frémissantes, couvrant des yeux qui voyaient de moins en moins, la duchesse Svetlana était méconnaissable tant les malheurs de cette dernière année l'avaient usée. Natascha s'assit à ses genoux et lui prit les mains.

" - Comment allez-vous, ma Mère ? Vous sentez vous mieux ?
- Guère, ma chérie. As-tu des nouvelles de l'extérieur ?"


Natascha se mordit la lèvre inférieure.

"Non, aucune."

Sa mère soupira, consciente sans doute que sa fille lui mentait. Des nouvelles, elle en avait, quoique limitées à de persistantes rumeurs qui n'étaient guère de nature à rassurer Svetlana. Le Tsar et sa famille étaient aussi enfermés, dans une prison insalubre, sans eau courante ni électricité, et comme eux, ils attendaient leur mort. Comme tous les nobles du pays qui n'avaient pas pu s'enfuir à temps. L'armée rouge s'était emparée de Moscou après avoir prit Saint-Pétersbourg, et nul ne doutait que bientôt, ils pousseraient plus avant dans les terres de Sibérie, ou les Ianoukovitch étaient retenus prisonniers par les bolcheviks. Bientôt, leur sort viendrait.

" - Et la petite Olga, comment va-t-elle ? La fièvre est-elle finalement tombée.
- Pas encore, mais Tatiana et Mikhaïl gardent espoir."


A nouveau, Natascha se mordit la lèvre, car à nouveau, elle avait menti : sa nièce de sept ans était au plus mal. Son frère désespérait à son chevet, comme son épouse, et la fièvre, loin de diminuer, ne faisait que croitre, faute de soins. Plusieurs fois, Natascha avait supplié les hommes qui surveillaient leur demeure de faire venir un médecin, mais systématiquement, la réponse avait été négative. Pas de pitié pour les bien-nés, même les enfants. Et chaque jour, la jeune femme courait entre la chambre de sa nièce, sa mère, son père, ses frères, ses belles soeurs, tous retranchés dans un même espace, tous sur la ligne de mire. Jamais elle n'aurait cru qu'ils en arriveraient là.

Natascha se leva quand son père entra dans la pièce. Embrassant le front de sa mère, elle se dirigea vers lui et se lova dans ses bras, comme elle avait l'habitude de le faire depuis qu'elle était toute petite. Si le duc Alekseï aimait tendrement ses deux fils, sa fille était son rayon de soleil, son plus grand bonheur. Elle était tout pour lui, le savait et, de longues années, en avait joué.


La jeune fille tournoyait devant les miroirs, radieuse, souriante, pleine de vie. Sa longue robe couleur perle lui seyait à merveille, de même que ses nouvelles boucles d'oreilles en diamant. Ses cheveux soigneusement tirés en chignon sophistiqué, elle y avait fixé un grand chapeau superbement orné. Gants couleur crème et manteau de fourrure complétaient l'ensemble. Au bras de son frère, son sourire était comme cousu à ses lèvres tant il ne disparaissait jamais. Lorsqu'elle entra, en compagnie des siens, dans cette loge qui leur était réservée, tous les regards convergèrent vers eux. Ils offraient un spectacle avant le spectacle qui se jouerait bientôt, sur les planches du mythique théâtre du Bolchoï.

Le monde était à eux. Quoi de plus normal ? Ils étaient riches, nobles, titrés, avaient une position à la Cour. Le duc était dans les petits papiers du Tsar. Ce soir là, la jeune Natascha avait été brillante, mais en avait l'habitude : elle prenait plaisir à briller en société, consciente que son rang l'exigeait, d'une manière ou d'une autre. On le la disait pas spécialement belle, bien que nul ne s'était aventuré à la trouver laide, mais il était communément admis qu'elle avait du charme, venu peut-être de son sens de la répartie, de sa langue acérée. De son charisme, aussi. Choses dont elle avait conscience et dont elle s'amusait. Gâtée par son père, gâtée par la vie, on disait qu'elle avait tout pour elle, qu'elle connaîtrait un avenir aussi brillant que les innombrables bijoux dont la couvraient ses parents.

C'était ce soir-là, au Bolchoï, que le duc Alekseï lui avait présenté James. Un anglais dont la fortune, les titres et la notoriété étaient équivalents à ceux des Ianoukovitch. Un jeune homme, qui plus est, et célibataire de surcroît. Le parti idéal, aux yeux d'Alekseï, pour son adorable fille. La rencontre, rondement organisée par le père et son potentiel futur gendre s'était déroulée à merveille, et soucieuse de plaire à son père, Natascha avait accepté de fréquenter l'homme plus souvent que ne l'exigeait les convenances. Elle avait dix-huit ans, et si ledit James était gentil et beau garçon, elle ne ressentait pour lui rien qu'une certaine amitié. Il lui semblait fade, inintéressant, il n'avait rien des personnages des romans qu'elle lisait à longueur de temps. Mais son père y tenait tellement....

Alors elle avait accepté, au bout de quelques mois de fréquentations. Elle ne le connaissait guère, en vérité, mais le connaîtrait en temps utile. Et il était riche. Aussi riche que son père. Déjà, Natascha se voyait faire une entrée triomphante à la Cour d'Angleterre, à la tête d'un immense domaine, couverte de ses parures qu'elle possédait déjà par dizaines et qu'elle réclamait sans cesse à corps et à cris. Oui, son enfance dorée avait été un rêve, son adolescence avait été idéale, et son avenir serait radieux, parce-qu'il n'était pas concevable qu'il en fut autrement. Elle était aimée, belle et riche, elle avait le monde à ses pieds, elle était immortelle.

Une année, une seule année avait suffi à la faire changer du tout au tout. L'enfant capricieuse et superficielle avait cédé à une femme forte, une femme de tête capable d'affronter mille morts pour l'honneur de sa famille. Nul ne l'en aurait soupçonnée capable, pas même elle. Et pourtant, elle était bien là, sans doute la seule personne de cette maisonnée à garder la tête sur les épaules, roc au milieu de la tempête. Entre ses parents, qui n'étaient plus que les ombres de ce qu'ils avaient été, sa nièce malade, ses frères rongés par la peur, ses belles soeurs affolées, ses neveux qui ne comprenaient rien à la situation sinon qu'un sort funeste les attendait, il fallait qu'elle reste forte. Son fiancé était mort voilà six ans, et si son souvenir l'avait longtemps hantée, elle avait pris les devants face à l'urgence de la situation.

Tendrement, Natascha se libéra de l'étreinte paternelle et laissa ses parents seuls dans la grande pièce, rendue plus grande encore par l'absence totale de meubles. Elle en referma doucement les portes derrière elle et grimpa l'escalier jusqu'à la chambre de sa nièce, passant devant des murs autrefois garnis de miroirs et dont il ne restait rien d'autre que les quelques bouts de verre qui avait échappé à son regard lorsqu'elle avait fait le ménage. Tant mieux : elle aurait difficilement supporté sa propre image, elle qui avait été l'une des filles les plus en vue de Russie. Maintenant, sobrement vêtue de gris foncé, blême et les cheveux tirés en chignon simple, elle ressemblait à n'importe qu'elle domestique de bas étage. Même si elle s'y était accoutumée plus vite qu'elle ne l'aurait cru, Natascha conservait son orgueil de fille noble.

Elle donna un petit coup sur la porte et entra dans la chambre plongée dans la pénombre, fenêtres closes et rideaux - cousus par Natascha et sa femme de chambre dans leurs propres robes - tirés sans que rien d'autre qu'un mince trait de lumière ne passe. C'était la seule source de clarté : afin d'économiser la cire des bougies, tous s'étaient résolus à ne les allumer que de nuit, depuis qu'on leur avait coupé l'électricité. Au moins conservaient-ils l'eau courante. Natascha sourit gentiment à sa belle-soeur, qui lui répondit à travers ses larmes intarissables, puis s'assit sur le sommier et se pencha vers la petite fille.

"Olga ? Tu m'entends, Princesse ?"

Allongée sur le dos, la fillette était trempée de sueur. Son teint était blafard, presque verdâtre, et elle n'avait plus que la peau sur les os. Elle respirait bruyamment, par à-coups saccadés, et émettait de temps à autres de petits gémissements plaintifs qui faisaient naître une nouvelle crise de larmes sur le visage de sa mère, qui lui tenait les mains. Faiblement, la petite fille entr'ouvrit les paupières.

" - C'est vous, ma tante ?
- C'est moi, Princesse. Je suis là, et ta mère aussi.
- Ma tante... Est-ce que je vais mourir ?"


Sentant sa belle-soeur se crisper, Natascha répondit :

"Non, bien sûr que non."

Mais Olga ne sembla même pas l'entendre.

" - Vous prierez pour moi, ma tante ? Pour que j'aille au Paradis ?
- Olga...
- Promettez-moi que vous allez prier, tante Natascha."


Tatiana eut un sanglot, mais le visage de son unique enfant était tourné vers celui, d'apparence plus sereine, de sa tante.

" - Je prierais pour toi de toute mon âme, ma Princesse. C'est promis.
- Vous veillerez sur Mère et Père, aussi ?
- Promis, Olga. Je veillerais sur tout le monde, mon petit ange."


La fillette sourit avec pénibilité.

"Alors, je peux mourir tranquille."

Natascha posa la paume de sa main sur le front de sa nièce, pour la retirer aussitôt. Il était brûlant. Sentant les larmes lui monter aux yeux, elle se leva et quitta précipitamment la pièce alors que l'enfant fermait les yeux et que sa belle-soeur fondait en larmes.

Elle aurait dû se marier en Angleterre, le pays de son fiancé, mais ce dernier avait des affaires urgentes à régler en Amérique. Non content d'être né riche, il faisait fructifier sa fortune par des investissements nombreux à l'étranger, qui l'avaient au départ amené jusqu'en Russie. Mais les contrats américains ne pouvaient attendre, et les plans se virent modifiés : le mariage, prévu comme le plus onéreux qui soit, aurait lieu à New York, et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, les familles de James et Natascha réservèrent leurs places à bord du Titanic, qui accomplissait son voyage inaugural. Un paquebot de rêve, pour un mariage de rêve, pour une vie de rêve. Dans la ligne droite des choses, selon la jeune fille habituée au luxe et à la beauté. Toute excitée à la vue de ces projets, elle s'imaginait déjà arpenter le pavé new-yorkais vêtue de ses plus beaux atours, au bras de son fiancé. Souvent, elle observait le miroitement du diamant de sa bague de fiançailles, et imaginait une cérémonie aussi étincelante que l'était le joyau.

Son père lui avait promis les plus grands couturiers pour sa robe, et déjà elle en faisait les esquisses avec ses deux belles soeurs. Tatiana, la femme de Mikhaïl, était enceinte d'Ogla, et Sofia, qui avait épousé Dimitri quelques années plus tôt, portait son deuxième enfant après avoir mis au monde un petit Nikolaï deux ans auparavant. Le vêtement promettait d'être somptueux, à l'image de la cérémonie, à l'image de la vie qu'avait mené la jeune fille, et à l'image de la vie qu'elle allait mener. Natascha était plutôt douée pour le dessin, comme elle était douée pour la musique et la danse, art d'agréments nécessaire à l'éducation de toute noble demoiselle. Elle lisait également beaucoup, plus que ne le voulaient les convenances, et puisait à loisir dans l'immense bibliothèque de ses parents. Une jeune fille parfaitement accomplie, qui appréciait l'équitation et se prenait de passion pour la photographie. Pour ses quinze ans, son père lui avait offert un appareil argentique qu'elle prenait plaisir à dégainer à la moindre occasion.

Enfant chérie de ses parents, soeur adulée par ses frères, la catastrophe du Titanic fut la première étape vers l'endurcissement qu'elle allait devoir connaître. Les premiers jours de la traversée furent idylliques. Avec ses parents, ses frères, son fiancé qu'elle commençait à connaître et à apprécier pour son ambition et sa constante confiance en l'avenir, elle était plus heureuse qu'elle ne l'avait jamais été, ce qui n'était pas peu dire. Le naufrage contribua à mettre fin à son enfance. Elle s'en réchappa sans peine, de même que les siens, mais James n'eut pas cette chance. Alors que, dans les bras de son père, elle contemplait avec horreur l'abominable spectacle de la mort de mille cinq-cent personnes, elle était persuadée que son fiancé était sur un autre canot, sauvé comme elle. Longtemps, elle le chercha, à bord du Carpathia, puis à New York. Car il ne pouvait pas être mort, n'est ce pas ? La mort n'existait pas dans l'univers de Natascha.

Jamais son corps ne fut retrouvé. Le Titanic serait donc son cercueil, l'océan glacé, son linceul. Pour rien au monde la jeune fille n'aurait souhaité sa mort, et Dieu sait qu'elle le pleura. Après ses obsèques, dans le domaine familial d'Angleterre, elle rentra avec les siens en Russie, profondément peinée. Les paysages familiers, la présence des siens finirent par la réconforter et les mois passant pansèrent ses plaies. Elle ne perdit cenpendant pas contact avec ceux qui auraient été sa belle famille, et refusa de chercher un nouveau parti. La Révolution arriva bientôt, et James s’effaça de ses pensées pour laisser place au difficile quotidien d'une famille noble que l'on privait de tout du jour au lendemain.

Olga mourut dans la soirée, consumée par sa fièvre, entourée de toute sa famille. Sur les joues de Natascha déferlaient des larmes rendues brûlantes par la tristesse de voir sa nièce mourir si jeune, par l'empathie qu'elle éprouvait vis-à-vis de son frère et sa belle-soeur, par son sentiment d'impuissance, par sa colère envers les révolutionnaires qui les retenaient prisonniers. Alors que son père tenait sa mère par les épaules, que les enfants de Dimitri, Nikolaï et Segueï regardaient la défunte sans comprendre, le souffle coupé, Natascha avait glissé sa main dans celle de Raïssa, sa femme de chambre depuis ses treize ans, qui était peu à peu devenue la grande soeur qu'elle n'avait jamais eu et qui avait refusé de la quitter, même après leur confinement au sein de la grande demeure. Olga, du haut de ses six ans, étaient partie la première, mais nul doutait que les autres la rejoindraient bientôt. Au dehors, le hurlement d'un loup se fit entendre, comme un écho aux pensées sinistres de Natascha.

Elle pria longtemps, avec ferveur, en compagnie des siens, pour que l'âme d'Olga s'élève parmi les anges, et pour que Dieu rende leurs peines plus douces. La cécité de Svetlana ne cessait de grimper, le désespoir de son mari et ses fils avec. Seule Natascha s'efforçait de garder la tête froide, mais c'était un défi qu'elle avait de plus en plus de mal à relever. Elle puisait le réconfort dont elle avait besoin dans la présence de Raïssa et dans la prière.

"Mon Dieu, protège ma nièce. garde-là auprès de Toi dans Ta lumière. Mon Dieu, sauve et aide la Russie. Sauve et aide mes parents. Accueille les dans Ta lumière."

On leur avait même pris la croix devant laquelle les Ianoukovitch avaient l'habitude de prier en famille, selon les purs rites de l'Eglise orthodoxe dans lesquels tous avaient été baptisés et élevés. L'un des neveux de Natascha en avait dessiné une à la craie, sur le mur. On leur avait même pris les photographies que la jeune femme avait prises et dont elle avait orné les murs, les cadres avec. A présent, leur trace se lisait sur la surface dénudée. La prière était tout ce qui leur restait.

Combien de jours encore passèrent-ils ainsi, après la mort d'Olga, à manger à même le plat le peu qu'on daignait leur donner, faute d'avoir des assiettes ? Ils n'avaient même plus de table. On leur avait laissé les sommiers, et encore, pas tous. Natascha avait cédé le sien à ses neveux pour dormir sur le pauvre fauteuil de la salle de réception que sa mère occupait la journée. Leurs livres avaient été enlevés, et à présent, l'immense manoir n'était rien d'autre qu'une vaste succession de pièces vides. Le soleil et la lune dansaient dans le ciel sans que quiconque y prête la moindre attention. Les journées se succédaient sans que quiconque prenne la peine de les compter.

Et puis... Un matin...

"Dehors ! Aller, ouste ! Tout le monde dehors !"

Leurs gardes avaient brisé les portes d'entrée de la demeure et y débarquaient en force, ordonnant le rassemblement de toute la petite famille, domestiques compris.

" - Aller, bande de chiens, plus vite que ça ! Tout le monde dehors !
- Qu'est ce que vous allez nous faire ?"


C'était Nikolaï. Lorsque le bolchevik le frappa à la tempe de la crosse de son fusil, le garçon chancela et Natascha poussa un cri, de même que sa belle soeur.

" - Ne touchez pas à mon neveu !
- Sinon quoi, gamine ? Tu vas nous faire quoi, hein ?
- Frapper un enfant de la sorte...
- Ça te choque, c'est ça ? C'est ce que vous autres, chiens de nobles, faites subir au quotidien à nos enfants. Il serait peut-être temps qu'on vous renvoie l’ascenseur, non ?
- Il a huit ans !
- Rien à foutre. Rameutez moi tout ce beau monde dehors, les gars. Il est temps qu'on en finisse."


Natascha eut un hoquet. Ainsi, c'était la fin. Deux hommes l'attrapèrent, chacun par un bras.

" - Libérez au moins mes fils !
- Non. La graine de riches, faut la détruire."


Et les cris, les supplications de Sofia furent inutiles. Nikolaï et Sergueï, à l'instar de leurs parents, de leurs grands-parents et de leur tante, furent traînés par la force dans un concert d'ordres, de cris, de hurlements. Natascha se débattait comme un beau diable, mais ses ravisseurs la tenaient fermement, et rien ne leur faisait lâcher prise.

" - Ma femme de chambre... Lâchez la, elle n'y est pour rien, rien du tout ! Elle n'est même pas née noble !
- M'en fous, je te dis. Elle est à ton service, donc elle va mourir à ton service.
- Pitié !"


Les deux hommes s'arrêtèrent et l'observèrent.

" - Pitié, tu dis ? Voilà qu'elle supplie, maintenant. Mais c'est qu'elle est plutôt mignonne, en plus, cette saleté.
- Paraît que c'est la fille chérie de son père, Josef.
- C'est vrai, ça ? La p'tite chérie à son papa ? Vlad, tu penses quoi de s'occuper de son cas avant de la descendre ? Ca devrait plaire à monsieur le duc, non ?
- Lâchez-moi ! Tuez moi si vous voulez, mais ne me faites pas ça !"


Ils se mirent à rire, et plus Natascha se débattait, plus leurs rires se faisaient sonores. Plus loin, c'était à peine si elle entendait les cris des siens, que l'on alignait de force face à leur demeure. Les troupes s'amassaient, de plus en plus nombreuses.

" - S'il vous plait, non ! Tuez moi, mais tout sauf ça !
- Il est loin, le temps ou tu paradais en soie et diamants, hein, gamine ? T'es plus rien, maintenant, rien du tout. De la merde !"


Et il cracha au sol avant de traîner Natascha par le bras.

"Ça suffit."

L'ordre n'avait pas été crié, mais chacun dans l'assemblée l'entendit et se raidit. Les deux hommes lâchèrent Natascha, qui tomba à genoux sur le sol. Non, non, il ne fallait pas qu'elle reste là, par terre. Elle devait se relever, se tenir droite et marcher vers sa mort avec toute la dignité que son sang lui conférait. Ou était-elle, la force qui l'avait animée depuis une année ? Pourquoi la laissait-elle tomber alors qu'elle en avait le plus besoin ? Ses jambes ne la portaient plus, elle n'arrivait même plus à prier. Les images se bousculaient dans sa tête, le sang battait contre ses tempes. Elle ne voyait plus rien. Elle essaya de relever au moins la tête, distinguer le visage de l'homme apparemment si respecté parmi ses pairs, mais son corps ne voulait plus lui répondre.

Elle sentit une main s'emparer de son bras et la tirer vers le haut, pour la remettre debout, et s'y accrocha, conservant ses yeux clos, crispés par la douleur, davantage psychologique que que physique. La personne qui la tenait, un homme sans doute, la guida jusqu'aux siens. La main de Raïssa saisit sa main gauche, celle de sa mère, sa main droite. Respirant un grand coup, Natascha ouvrit les yeux.

Elle était face à la demeure de sa famille, la demeure où elle était née et où elle avait grandi. Le vent, jusque là violent, s’apaisait, comme pour apaiser avec lui ceux qui allaient trouver la mort. rejoindre la petite Olga au Ciel. L'air frais sécha les larmes sur les joues de Natascha et lui amena la sérénité dont elle avait besoin pour se redresser et carrer les épaules. Elle avait été l'étoile de la Cour de Russie. Elle avait été la fille dorée de ses parents. Elle aurait dû avoir une vie enchantée, au lieu de quoi elle allait mourir à vingt-cinq ans, tuée par des hommes de sa propre patrie. Ne dit-on pas que les desseins du Seigneur sont impénétrables ? Doucement, pour que seuls ceux qui l'entouraient puissent l'entendre, elle murmura une prière.

Elle priait encore quand les coups de feu furent tirés.

Mais la mort n'était pas la fin de tout, Natascha le découvrit bientôt. Jamais elle n'aurait cru qu'elle reverrait cet endroit. Et pourtant... C'était comme avant, comme si le temps s'était arrêté. Comme si le temps s'était renversé. Elle était à nouveau la Princesse Russe, l'enfant chérie, la jeune fille capricieuse et gâtée, physiquement. Elle était là, en chair et en os, coeur battant et mains tremblantes, plus vivante que jamais... A bord du RMS Titanic.






Dernière édition par Natascha A. Ianoukovitch le Sam 21 Déc - 22:29, édité 17 fois
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Ven 20 Déc - 15:38

Bienvenüe a toi jolie poupée russe!!!
Bon courage pour ta fiche et au plaisir de te lire!!
Ton avatar est choisi est juste...
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ADMIN SADIQUEThe body of a woman, but the heart of a lion.
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PROFIL♌ Double Compte : Esther Delmas, Mary-Ann Fleming & Scarlett Hamilton
♌ Prénom ou Pseudo : Mari-Jane
♌ Signaux de Détresse : 8567
♌ Points : 20
♌ Jour d'embarquement : 16/07/2011
♌ Age du Personnage : 23 ans
♌ Profession : Couturière & Danseuse à ses heures perdues
♌ Crédits : Mari-Jane
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Journal d'un fantôme
♌ Numéro de Cabine : E10
♌ Situation Amoureuse : Amoureuse de Joseph Earnshaw
♌ Présentation:
MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Ven 20 Déc - 15:50

Bienvenue sur GOTA   Quel excellent choix d'avatar   
Si tu as des questions surtout n'hésites pas ♥️
Bon courage pour la suite de ta fiche   

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GEORGIANA O'HARA ϟ « La mort n'est que le commencement. » Le coeur brisé, d'une jeune femme de troisième classe.  

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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Ven 20 Déc - 16:48

Merci à vous deux ! <1 Et oui, Alicia... 
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Ven 20 Déc - 18:21

Bienvenue Smile
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Ven 20 Déc - 18:47

Merci ! <1 
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Ven 20 Déc - 21:09

Bienvenue ici ! Ce que tu es belle
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Ven 20 Déc - 21:11

Bienvenue Very Happy
Pour le bug de ta fiche, ça vient de FA qui a cassé le code de fiche de présentation >< Je vais essayer d'arranger ça.
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Sam 21 Déc - 13:17

Effectivement, y'avait un couac ^^' Merci d'avoir arrangé cela, Elisabeth ! Very Happy Et merci à Ambre & toi pour l'accueil, par la même occasion !  <1 
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Sam 21 Déc - 14:49

Maintenant que je suis validée je peux le dire ... BIENVENUE! \ o /
Bon courage pour ta fiche ;D
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Sam 21 Déc - 15:10

Merci ! <1 
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Dim 22 Déc - 0:06


   

   
Félicitation!

   
   

Ta fiche est absolument superbe, même si l'histoire est très triste, j'ai adoré là lire.
   Et voilà, tu es validé et pour toi une longue aventure commence, pour commencer à faire la fête parmi nous, il va falloir travailler un peu et faire votre fiche de lien (ICI), comme ça tu auras le grand bonheur de te faire harceler par les membres du forum Pour RP aussi, rien ne vaut une fiche de RP, cela sera beaucoup plus simple pour les membres de venir t'en réclamer (ICI). Par (LA), tu peux aussi faire une demande de rang et de cabine, bah oui être SDF, c'est pas toujours drôle
   Si tu veux, tu peux créer un ou des scénarii, pour faire une famille, des amis, un compagnon ou une compagne, ça se passe par (LA)!

   Pour bien commencer à RP, notre (EVENT) est pour toi, ainsi que notre (MINI-EVENT) ^^

   Après tout pour bien commencer sur le forum, tu peux tout aussi bien passer par le flood et les jeux, c'est la meilleure porte à prendre pour une meilleure intégration  (ICI)

   Et voilà, maintenant tu sais tout sur tout et ton aventure à bord peut parfaitement commencer

   

   
   
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Dim 22 Déc - 13:22

Contente que ça t'ai plu !  Je vais vite faire mes fiches, dans ce cas. Merci pour la validation <1 
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   Dim 22 Déc - 14:50

Je te souhaite, avec un peu de retard : Bienvenue sur GOTA   
J'espère que tu te plairas parmi nous  
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MessageSujet: Re: Natascha Alekseïevna [Fini]   

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Natascha Alekseïevna [Fini]

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