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 C'est toujours la fête quand les amis se retrouvent

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MessageSujet: C'est toujours la fête quand les amis se retrouvent   Sam 13 Juil - 8:53

Le soir s’était abattu en un éclair sur le paquebot, comme la mauvaise humeur s’était allongée dans l’esprit de Yolanda Yeabow. Elle revenait de la dernière soirée mondaine donnée sur le Titanic, aussi ces dernières heures avaient assombri son humeur. Jamais elle ne s’était sentie plus seule qu’en ce moment. Jamais elle ne s’était sentie plus malade de sa solitude.

C’était fou comme les gens aimaient enjoliver les histoires. Les rumeurs circulaient, les mots se modelaient, et voilà, un tel était déshonoré ! D’ordinaire, Yolanda adorait assister aux quiproquos, en rajouter des couches ou se livrer à la manipulation, mais aujourd’hui… Cette soirée l’avait épuisée. Elle n’avait pas eu la force de séduire, de plaire, de tenir des conversations, et de parler littérature. Elle était épuisée.

La lassitude qui la gagnait progressivement avait été lente à la prendre, si bien qu’elle ignorait vraiment les raisons de sa torpeur. Etait-ce le mauvais temps, les intrigues incessantes, les première classes geignards, ou tout simplement le fait que la vie avait quitté ses sens ? Dieu comme elle se sentait passive ! Seigneur, comme elle détestait ça ! Autrefois, elle se souvenait, il fallait agir… On n’aimait pas son mari, alors on l’éliminait. On voulait reprendre sa fille, alors on se servait. Maintenant… oh, maintenant, rien ne semblait si différent en apparence – elle continuait à marcher, parler, rire et voir du monde – néanmoins elle se sentait privée d’une certaine liberté.
La vitalité et l’énergie qui couraient, avant, dans ses veines, n’existaient plus.
Il y avait une seconde à partir de laquelle tout était devenu « l’après ».
Parce que le choc de la mort était toujours là.
Et il était toujours violent.

C’était en sortant de la réception que ces sinistres pensées voletaient autour de la tête de Yolanda Yeabow. Elle se dirigea vers les ascenseurs lorsqu’elle reconnut une silhouette familière.

Aussitôt, ses angoisses se dissipèrent, les mauvaises pensées s’évanouirent, et elle sentit quelque chose de bien agréable rejaillir en elle.
Nathanaël Oliver.

Elle l’avouait sans honte, Oliver avait été un excellent amant. Seulement les choses avaient pris une tournure désagréable récemment. Elle savait que l’affront qu’il avait fait à sa fille n’avait pour autre but de s’attaquer à elle, dont il s’était lassé. Néanmoins elle ne le laisserait pas s’en tirer comme ça. Jamais. Il n’avait pas le droit d’agir avec Yolanda Yeabow de cette façon – si facilement, si impunément – sans qu’elle ne se venge. Et chaque air affaibli, chaque regard sincère sur le monde, si elle avait été fort intriguée au début, elle avait fini par les voir comme une bénédiction…

Il s’efforça de ne pas la regarder.
Radieuse, elle lui adressa un sourire ravi. Il y avait quelque chose de venimeux et d’irrésistible dans son sourire.
Souriante, elle se plante en délicatesse en face de lui.
Il ne bougea plus – il ne pouvait plus bouger.

« Oh, mais je crois que nous nous connaissons, n’est-ce pas ? », susurra-t-elle malicieusement en le rejoignant dans la cage d’ascenseur.

On disait que Nathanaël Oliver devenait doux et sincère. Il s’était rangé. Il en avait vraiment envie. Cependant quand on avait été si foncièrement mauvais de la sorte, quand on avait brisé tellement de cœurs autour de soi et fait tellement de mal – surtout quand on avait fait du mal à Yolanda Yeabow – on ne s’en sortait jamais indemne. Et si personne n’avait l’air de vouloir rappeler à Nathanaël qu’il ne pourrait pas – jamais ! – s’affranchir de ce qu’il avait fait, si personne ne voulait se dévouer pour lui faire mal comme il lui avait fait mal, alors Yolanda s’en chargerait. Avec plaisir.

Les grilles se refermèrent sur une mine déconfite et sur un sourire radieux.
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MessageSujet: Re: C'est toujours la fête quand les amis se retrouvent   Lun 19 Aoû - 0:42



Pour atteindre l'aube, il faut passer par le chemin de la nuit.


Il y a des yeux magnifiques.

Des yeux bleus, des yeux noirs, des yeux gris, des yeux verts. Des yeux scintillant, aux couleurs changeantes, dorés ou remplis d'une nuée d'étoiles. Des yeux clairs, des yeux sombres. Des yeux éclatant. Des yeux tristes.

La tristesse sublime. Elle donne un éclat particulier. Elle, qui a assombrit le visage, éclaire le regard d'une lueur nouvelle. Pour que les yeux soient les seules choses que l'on puisse voir.

Légèrement rougis, les yeux de Nathanaël en devenaient plus verts encore. On ne voyait qu'eux. Ils semblaient crier un changement, un changement si voulu qu'il s'effectuait trop vite. Il ne faut pas changer trop vite. Cela fait mal. Cela nous tue. C'est l'inconscient qui passe de la chaleur écrasante à l'eau glacée, et qui meurt. C'est le fou qui se brûle la langue, avale des glaçons et fait éclater ses dents.

Un fantôme errait sur le Titanic. Un de plus, un de moins. Mais celui-là semblait fait de fumée, il allait disparaître si on le regardait trop, on pouvait passer sa main au travers de son corps. Un homme blessé. Un homme meurtri. C'est bien ce qu'il y a de plus terrible en ce monde. La véritable douleur, causée par la plus profonde des tristesses. Une tristesses devenue palpable.

Il ne faut pas déranger ce genre d'homme.

Il faut le laisser aller. Un jour, peut-être, l'aube se lèvera peut-être sur lui. Mais pas aujourd'hui. Maintenant, c'est la nuit la plus sombre, on se perd, on tâtonne. On court dans un dédale de pensées, un labyrinthe de peur. On erre dans un navire, sans but. On est presque tranquille avec son dégoût de soi.

Mais pitié, laissez-nous tranquille.

Une voix se fait entendre. On est dans l’ascenseur. Dieu ne nous a pas écouté. Satan, si.

Yolanda Yeabow.
Il y a des visages que l'on ne veut pas voir. Des voix que l'on ne veut pas entendre. Des êtres que l'on veut oublier. Qu'est-ce que Nathanaël aurait donné pour oublier qu'il avait embrassé, enlacé cette femme ? Qu'aurait-il donné pour oublier qu'il l'avait faite souffrir.

Qu'aurait-il donné pour qu'elle, elle oublie ?

Probablement pas assez. Ce qui lui avait plu chez Yolanda, c'est qu'elle avait quelque chose comme lui. Qu'elle était un défi, parce qu'elle était aussi noire qu'il avait pu l'être. Et il savait mieux que quiconque ce que les êtres aux âmes si sombres sont capables de faire, par vengeance. Cette femme, c'était ce qu'il ne voulait plus être, mais qu'il était encore. Pour l'instant, pour l'instant seulement, se répétait-il. Il ne chuterait plus, il ne sombrerait plus. Il le croyait, il l'espérait de toutes ses forces.

La force des âmes terribles, c'est qu'elles font s'envoler les espoirs, et laissent derrière elles une fumée épaisse qui nous tue à petit feu. C'est ce qu'il avait pris plaisir à faire.

Elle prendrait plaisir de la même façon.

Non. Il ne voulait pas. Il ne se laisserait pas faire.

« Je ne joue pas Yolanda. Je ne joue plus. »

La tristesse dans ses yeux n'avait pas disparu.


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MessageSujet: Re: C'est toujours la fête quand les amis se retrouvent   Sam 28 Sep - 22:56

Parfois, les gens décident qu’il faut se repentir.

Les églises aiment le repentir. Yolanda savait qu’il y avait des bâtisses de pierre, très belles, très grandes, qui abritent des quantités de bancs et une multitude de cierges. Dans l’obscurité, les lumières des bougies faisaient comme des taches colorées – comme des étoiles. C’était beau, ça. Ca brillait. Pourquoi ? Pour le repentir.
Dans les églises, on abritait des consonances amères sous une enveloppe de sainteté.

Les gens aussi aiment le repentir. Parce que c’est un mot qui roule facilement sur leurs lèvres, avec ses deux « R » et ses deux « E » ; puis aussi parce que c’est un verbe qui raconte de belles histoires. Le repentir lave. Le repentir purifie. Le repentir est bon.

Alors, on rentre dans les églises, on fait de jolis sourires, on écoute les belles histoires, on prononce les syllabes simples ; et après, on recommence.

Très jeune, Yolanda Yeabow avait décidé que cette case du repentir lui ferait perdre du temps et que, systématiquement, il faudrait l’éviter. Ainsi, sans prendre garde aux flamboiements intenses près de son cœur, sans s’attarder sur les remords, elle avait enchaîné les péchés, collectionné les vices ; elle avait tué tout ce qui, en elle, brûlait de tendre vers la noblesse. Et sincèrement, ça avait été très amusant ! Sa vie en était comme une fête permanente – une fête qui n’obéissait qu’à un seul mot d’ordre : manger. Cueillir la souffrance dans les regards, la caresser du bout des doigts sur les visages, puis s’en repaître tant– s’en repaître de façon si goulue ! – que c’en était presque indécent… Oui, c’était la vie qu’elle s’était choisie, c’était le festin qui lui faisait plaisir…
Et dans pareils banquets, nul besoin de passer par cette étape de repentir.

Yolanda avait choisi de se donner à Nathanaël Oliver parce qu’elle savait qu’ils se ressemblaient – parce que dans son âme terrible, elle avait vu le magnétisme noir – et parce qu’elle avait cru qu’en plus du plaisir, en plus de l’amusement qu’il lui offrirait.

Mais quoi ! Lui, déjà ? il voulait renoncer ? Après être allé si loin sur le chemin du vice, après s’être affranchi de tous les remords, maintenant, il renonçait ?

D’abord, Yolanda ne l’avait pas cru. Elle s’était dit : c’est une ruse qu’il a inventée. Pour elle, ça paraissait trop étrange, trop inabordable. Elle s’était dit aussi : c’est un stratagème trop vif pour qu’on puisse le comprendre tout de suite ; attendons.

Puis le temps avait passé le sur le Titanic, et l’air fatigué n’avait pas quitté le visage de Nathanaël ; et son regard conservait cet air abattu ; et les cernes demeuraient, creusées, dominantes, effroyables, sous ses yeux.

Alors, Yolanda s’était décidée à voir la sincérité sous la mélancolie du monstre.

Mais après tout, elle ne demandait que ça, n’est-ce pas ?
Elle ne demandait que ces remords, que ces faiblesses, que ces fatigues. Elle avait prié cette lassitude. Et elle avait supplié cette mélancolie. On l’avait écoutée. La pitié et la mélancolie étaient venues. Enfin.

Yolanda s’approcha très doucement de son ancien amant, en effectuant de petits pas progressifs, et en usant d’une démarche assez lente.

« C’est bête… Je me souviens que tu étais un excellent joueur. »

Leurs corps, qui ne se touchaient pas encore, s’étaient retrouvés à une proximité certaine, dans cette cage d’ascenseur étroite. Oh, elle lui montrerait, elle lui montrerait comme il était faible, elle lui montrerait comme il n’était rien, elle lui montrerait comment il n’était rien face à elle, surtout !

Elle fit un pas encore.

« Un excellent joueur… », répéta-t-elle. « n’est-ce pas ? Un joueur de taille… »

Parfois, les gens décident qu’il faut se repentir.

Mais souvent, la vengeance se révèle plus efficace.
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