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 Elliott Smith, le voleur de Southampton

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RPG
MessageSujet: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 17:13


 
Elliott Smith



VOTRE PERSONNAGE

« Celui qui ne donne pas un métier à son fils le fait voleur. »
AGE DE MORT ♦ 25 ans
DATE DE NAISSANCE ♦ Juin 1887. Mais le jour exact n'est pas connu.
ORIGINE ♦ Angleterre, du moins le suppose-t-il.
SITUATION FAMILIALE ♦ Célibataire
GROUPE ♦ Troisième classe

DERRIÈRE LA SCÈNE
PSEUDO ♦ MUR-47
AGE ♦ 25 ans, moi aussi.
OU AS-TU CONNU LE FORUM? ♦ Sur un top de forums RP.
TON AVATAR ♦ Josh Hartnett
VOULEZ-VOUS ÊTRE PARRAINÉ? ♦ J'ai bien lu le règlement et le contexte, et je suis un habitué des forums RP, je ne pense donc pas en avoir besoin. Mais si jamais j'ai une question, pas d'inquiétude, je vous la poserai ! ;-)
AUTRE CHOSE A DIRE? ♦ Mangez des pommes !
CRÉDITS ♦ Moi-même. Et OUI, je sais que j'ai aucun talent pour la retouche d'image, et je vous zut ! >_<


 





Questions pour un Fantôme


♦ Que pensez-vous du Titanic?
Le Titanic ? Un bateau immense. Un luxe incommensurable, une chance inespérée. Oui, c'est surtout la destination qui m'importait le plus, autrefois. Savoir qu'un jour, on quitterait cette foutue mer pour revenir sur une terre bien ferme, et que cette même terre serait porteuse de grands espoirs pour nous tous, d'une chance de faire quelque chose de notre vie. Le bateau en lui-même, malgré toutes ses richesses, tous ces rupins se pavanant à son bord et ses matelots aux petits oignons pour ces derniers... A mes yeux, tout cela n'était rien de plus qu'un rafiot. Une coquille de bois censée nous escorter vers le Paradis.

♦ Comment avez-vous réagis en voyant que vous étiez mort, mais toujours sur le Titanic?
J'avais peur, bien sûr. Comme n'importe qui d'autre sur ce bateau. Je m'étais dit qu'en fin de compte, tout avait dû s'arranger, que Dieu avait choisi de sauver ses brebis d'une mort atroce. Peut-être manipula-t-il le temps, où joua-t-il avec les règles de la relativité telles que les définissait le grand scientifique Albert Einstein ?
Quelle naïveté. Si Dieu existait, ce dont j'avais toujours douté, le geste qu'il fit en direction de ce navire ne fut pas pour sauver nos existences. Mais pour nous condamner à une éternité de malheurs.
Mais le véritable problème, la révélation qui m'enserra le cœur dans une prison de glace, ce fut de m'apercevoir qu'en réalité, je ne serais pas le seul à subir ces tourments sans fin.


♦ Aimez-vous fréquenter les autres classes du bateau ou préférez-vous rester avec votre groupe? Pourquoi?
Il m'arrivait, autrefois, de me mêler aux autres classes. A ma manière. Imiter le comportement des rupins ne représente aucun problème : La seule véritable difficulté se trouvait dans le fauchage de quelques vêtements. Une fois les fastueux vêtements enfilés, reproduire leur indéniable arrogance m'apparaissait presque comme une seconde nature.
Mais je ne me mêlai pas à eux par envie au cours du voyage. Les membres de la Troisième Classe et les rats grouillant dans les cales se montraient autrement plus agréables de compagnie. Seule Susan se montra digne d'intérêt à mes yeux, et à dire vrai, elle-même ne faisait pas partie de leur monde. A dire vrai, si elle n'avait pas été au service de cette famille de rupins, je l'aurais plutôt retrouvée chez les deuxième classe.


♦ Si tu avez la possibilité de quitter cet endroit pour réellement mourir, le feriez-vous? Pourquoi?
Je ne suis pas croyant. Pour moi, le Paradis et l'Enfer ne peuvent physiquement pas exister, alors... Si je me trouve ici dans une sorte de purgatoire entre la vie et la mort... Alors peut-être est-ce préférable au Néant éternel. Même si j'étais prêt à affronter ce dernier lors du naufrage... Qui n'a peut-être jamais eu lieu... Tout s'embrouille dans ma tête. Sommes-nous véritablement morts, alors que l'on mange, dort et ressent l'épuisement ? Mais si ce n'est pas le cas, si nous sommes toujours vivants, avons-nous vécu une sorte d'hallucination collective ? Et où sont Penny et Susan ?

 

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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 17:18


Ton Histoire



Elliott's Theme

Ma vie commença en début d'été 1887.
Mes parents, sans doute des personnes très attentionnées, me déposèrent dans un panier d'osier, uniquement recouvert par une frêle couverture bleutée, devant les portes d'un orphelinat de Southampton. N'avaient-ils pas les moyens d'éduquer un enfant ? Étais-je la descendance non désirée d'une prostituée des bas quartiers de la ville ? Naquis-je dans le désert du Sahara où un bédouin me trouva, m'entraîna à son village où je passai de mains en mains avant d'atterrir dans les bras d'un colon anglais, qui se hâta de se débarrasser de moi une fois revenu au pays ? Vu ma peau pâle et mes yeux verts, je considérai cette hypothèse comme peu probable.
Grandissant dans un environnement fermement cadré, encerclé par des tuteurs stricts et des bonnes sœurs bigotes, on m'inculqua une éducation sommaire. J'appris très rapidement à lire et à écrire, ainsi qu'à compter, et beaucoup de mes tuteurs s'intéressèrent à ma prodigieuse intelligence, qui, si elle m'attira certaines faveurs de leur part, m'éloigna très rapidement des autres orphelins, qui me considérèrent au mieux comme un vantard, au pire comme un fayot.
A chacune des fois où je me retrouvai seul avec eux, ils me firent des misères. J'ignorai pourquoi, et je ne le compris jamais. En dépit de mon intellect supérieur, je ne tentai jamais de dénoncer leurs péchés, où de leur causer du tort. Eux, en revanche, se refusèrent à me laisser en paix, ne m'oubliant que lorsque je passais mes heures enfermé dans la petite bibliothèque de l'orphelinat, où je pus à loisir me gaver de lectures. Parfois plus aventureuses les unes que les autres. Je tombai littéralement sous le charme des romans de Dickens, tel que "Un chant de Noël", et surtout, son œuvre _ majeure à mes yeux _ que fut "Oliver Twist", contant l'histoire d'un pauvre orphelin à la recherche d'un foyer et de liberté, tout en subissant de nombreux coups du sort.
A l'orphelinat, nous étions relativement bien traités. Oh, bien entendu, nous avions souvent le droit à des coups de règles sur les doigts pour avoir toussé un peu fort, ou à cause d'une bagarre. Mais à mes yeux, mes punitions n'étaient dues qu'à mes camarades sans parents : Nos tuteurs ne pouvant affirmer avec certitude qui commença, se voyaient donc contraints de punir les deux. Et comme mes tortionnaires s'échangeaient la charge de me refiler la peignée de la soirée, ils n'écopaient de la douloureuse punition qu'une fois sur dix, alors que je la récoltai tous les soirs.
Jusqu'à ce jour de printemps 1894 où un homme vint se présenter à l'orphelinat. Non pas pour une adoption, j'avais déjà fait une croix sur cette idée depuis plusieurs années déjà. Quant à revoir un jour mes véritables parents, j'ignorais même si je le souhaitai. Par crainte d'être déçu, sans doute.
L'homme en question, qui portait de longs cheveux noirs, un regard d'aigle et un nez aquilin, revêtait ce jour-là de longs vêtements sombres, dignes d'un aristocrate. Ses manières, sa douceur, son arrogance, tout en lui suintait le prestige et la noblesse. Séduit, le gérant de l'orphelinat, qui accepta sa cargaison de livres à vendre, ne remarqua pas avec quelle subtilité l'inconnu le déposséda de sa montre à gousset, en argent massif, pour la faire prestement disparaître dans sa poche.
Moi seul m'en rendis compte.
Me convaincre de me jeter à l'eau ne fut pas une mince affaire. J'avais peur, évidemment. Je craignis que tout ne se passe pas comme dans mes fantasmes, et je fus presque à deux doigts de renoncer à mon projet insensé. Ce que j'aurais fait si je n'avais vu, à l'autre bout de la salle, débouler deux de mes camarades les plus violents, et qui me localisèrent avec une expression que je jugeai dangereuse pour ma santé.
Aussi, je me précipitai vers l'inconnu, qui s'apprêtait à prendre congé, et lui agrippai son manteau.
"Vas jouer ailleurs, petit.
-M'sieur ! J'pourrais vous aider ? A porter vos livres ?"
Un demi-sourire éclaira son visage.
"Si j'avais besoin de l'aide d'un gavroche de ton espèce, j'en aurais réclamé un plus costaud."
Je baissai les yeux, histoire de contempler mon apparence. Mes vêtements ne payaient pas de mine, mais pas moins que ceux de mes camarades de chambrée. Mon corps, en revanche, plus petit et malingre que celui des autres, fut une des raisons pour laquelle je leur servais davantage de cible que n'importe quel autre nouveau venu.
Me mordillant les lèvre, je redressai le regard pour affronter celui, bleu et dur, du trentenaire.
"Je pourrais vous aider à gagner du temps."
J'appuyai mon ultime remarque par un discret coup d'œil à la poche du manteau. Là où disparut la montre un peu plus tôt.
Cette fois, l'expression du voleur changea. L'espace d'un instant, il me sembla apercevoir l'ébauche d'un sourire, avant qu'une voix profonde et encrassée de graisse _ celle du gérant _ ne vienne l'alerter.
"Ce p'tit vous fait des misères, m'sieur l'marquis ?"
L'homme releva la tête, puis déposa sa main sur mon épaule.
"Pas le moins du monde. A vrai dire, je me demandai si je ne pourrais pas vous l'emprunter. Je pourrais lui fournir une existence un peu plus décente. Il ferait un très bon majordome."
Frottant son triple menton d'un air suspicieux, le vieil homme aux cheveux blancs épars et au regard de grenouille élargi par ses lunettes fit voleter son regard entre moi et le noble.
"Ç'va pas être possible, m'sieur l'marquis. Faudrait qu'vous remplissiez des formulaires, pi adopter un môme, ça coûte un peu...
-C'est une évidence. Vous pensiez que j'étais incapable d'y penser par moi-même ?"
Le gérant blêmit.
"Euh... Non, m'sieur l'marquis. J'voulais pas v'manquer d'respect, mais...
-Je vous propose quelque chose : Remplissez les formulaires à ma place. Demain, je vous enverrai un de mes domestiques vous régler le double du prix nécessaire à une adoption."
Des anges voletèrent dans les yeux du gros lard, qui fit son plus large sourire et nous offrit le spectacle d'une courbette, qui l'amena presque à poser son front sur le plancher poussiéreux et envahi de cafards.
"C's'rait un honneur, m'sieur l'marquis.
-L'affaire est entendue, alors. Suis-moi donc, petit."
Je m'exécutai. Nous quittâmes l'orphelinat, chose à laquelle je ne me risquai guère depuis que je fus en âge de marcher, et je me collai presque à l'inconnu durant le court trajet. Mais sitôt la bâtisse où je passai mon enfance hors de vue, il me lança d'un ton amusé :
"J'espère que tu sais courir, petit."
Et sans prévenir, il accéléra. Surpris, je l'imitai.
Malheureusement, il disposait de plus longues jambes que les miennes, et indubitablement, courrait plus souvent. Je manquai de le perdre à plusieurs reprises, mais à chaque fois, il fit l'effort de ralentir un peu, me laissant le rattraper, pour accélérer de nouveau. Et ainsi de suite, durant près d'une heure.
Lorsqu'il s'arrêta enfin, je m'effondrai presque, vaincu par la fatigue, les poumons encombrés par l'épuisement.
A cette seule course, je pus deviner que l'orphelinat ne recevrait jamais le règlement promis.
L'homme regarda au coin de la rue, puis se retourna vers moi.
"Tu aurais pu me dénoncer, p'tit. Personne ne t'aurais cru, mais tu aurais pu. Pourquoi ?"
Il me fallut un long moment avant de pourvoir formuler une réponse claire sans risquer de m'évanouir par asphyxie.
"Z'êtes un voleur et... J'voulais pas rester là-bas.
-Et il ne t'es pas venu à l'idée qu'un voleur pouvait être dangereux, si tu éventais son secret ?"
Je secouai la tête.
"Non. Parce qu'j'crois qu'vous êtes comme M'sieur Fagin."
Il haussa les sourcils, surpris.
"Fagin ? On t'a lu du Charles Dickens ?
-J'l'ai lu tout seul.
-Tu sais lire ? A ton âge ?"
Il plissa les yeux, puis me désigna une enseigne éloignée.
"Qu'y a-t-il de marqué, là-bas ?"
J'observai ce qu'il me montrait, puis récitai :
"Pain frais pour deux shillings seulement."
Je me retournai vers lui, et il croisa les bras, me fixant avec intérêt.
"Si tu as lu "Oliver Twist", tu dois savoir que le héros ne veut pas rester un voleur.
-J'suis pas d'accord avec Oliver, m'sieur. J'pense qu'il aurait dû rester avec les voleurs.
-Pourquoi ça ?
-Parce que tant qu'il faisait son travail, les voleurs pouvaient le protéger..."
Il m'observa un long moment, quand un sourire fit frémir ses lèvres fines. Il me tapota l'épaule et m'encouragea à le suivre, au pas, cette fois.
Nous traversâmes les rues de Southampton comme si nous enfoncions un clou dans du beurre. En voyant son apparence de noble et son haut-de-forme, les gens s'écartaient de son passage, comme s'ils avaient peur de faire de l'ombre à son ombre. Quant à moi, si je n'avais pas été si près de lui, la marée de gens se serait refermée sur moi comme la Mer Rouge sur les Égyptiens.
Lorsque nous débouchâmes dans une ruelle relativement déserte, il regarda de tout côtés avant de se pencher au-dessus d'une plaque d'égout, qu'il souleva à l'aide d'un petit piolet de fer.
"Dis-moi, petit... Comment t'appelles-tu, déjà ?
-Elliott. Enfin, c'est le nom qu'on m'a donné...
-Eh bien, moi, je m'appelle Bulkeley. Edward Bulkeley, pour te servir. As-tu une aversion pour ce qui sent mauvais, Elliott ?
-J'aime pas trop, mais ça va.
-Tant mieux."
Il acheva de soulever la plaque, et aussitôt, une horrible odeur de décomposition me prit à la gorge. Je manquai presque de défaillir, et Bulkeley ricana devant ma figure rendue livide par la puanteur. Il m'invita à initier la descente dans les entrailles de la ville, ce que je fis à contrecœur, l'estomac soulevé par cette odeur de poisse et de déjections. Il descendit après moi, remettant la plaque à sa place sitôt passé, nous plongeant dans les ténèbres.



 


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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 17:20


Ton Histoire




Seuls quelques rais de lumière naturelle me convainquirent que je n'avais pas perdu la vue, mais je dus davantage compter sur mon ouïe que sur mes yeux.
Bulkeley descendit les barreaux les uns après les autres, pour au final se retrouver à mes côtés. Je le sentis palper mes épaules, et ses mains descendirent jusqu'aux miennes, les maintenant fermement.
"A partir de maintenant, ne me lâches plus. On se dirige à l'aveugle, et je n'ai pas envie de te repêcher dans la pisse du peuple. Et si tu te perds, tu ne retrouveras jamais ton chemin.
-Oui, m'sieur."
Nous avançâmes en silence, tout droit, tournant à droite, puis à gauche, continuant tout droit, marchâmes sur un pont, tendîmes les jambes pour traverser un petit passage à vide, retournant sur la droite... Le tout durant une bonne heure.
Quand enfin, de la lumière apparut au loin, j'eus l'impression qu'il s'agissait de la lumière de la lune, tant notre errance me parut longue. Mais elles se révélèrent trop jaunies pour appartenir à l'astre mort qui hantait nos nuits.
Je dus cligner des yeux à plusieurs reprises avant de pouvoir à nouveau observer les alentours sans être ébloui, et ce que je vis m'interdis toute parole supplémentaire. Abrités au sein d'une sorte de cathédrale souterraine, vivaient çà et là, sur des paillasses et enrobés de couvertures brunies par la crasse, dormaient et discutaient des dizaines de personnes. Des enfants, des jeunes, des vieux, des hommes, des femmes... Tous partageaient une certaine pauvreté, mais aussi une simplicité au fond du regard qui trahissait leur bien-être.
Plusieurs me regardèrent avec méfiance, d'autres avec intérêt, mais aucun ne fit de commentaire.
Une femme, qui devait être plus jeune que Bulkeley de cinq ou six ans, nous repéra. Elle s'avança vers nous, l'air attendrie par mon arrivée.
"Qui tu nous ramènes, Eddie ?
-Un petit gamin très futé. Il m'a repéré en train de voler une montre, et il n'a pas essayé de me rapporter.
-Intéressant."
Elle m'observa avec douceur. Ses traits, endurcis par la misère, ne l'enlaidissaient pas, bien au contraire, et son sourire fut un des premiers qu'on adressa au pauvre orphelin que j'étais.
Bulkeley fut autrefois un noble, comme il le prétendit à mon orphelinat. La seule chose qu'il passa sous silence fut son erreur de miser ses actions sur de mauvaises sociétés. En une journée, il perdit toute sa fortune et sa réputation.
Helena, la femme qui nous accueillit, fit les trottoirs de douze à vingt ans, et s'arrangeait pour délester ses clients de quelques pièces supplémentaires quand ils regardaient ailleurs. Un jour, elle voulut faire le coup à Edward, qui la prit la main dans le sac. Deux jours plus tard, il s'unissaient dans l'amour comme dans le crime.
Lequel d'entre eux décida de faire des voleurs une confrérie, le débat se posait, et chacun en revendiquait la propriété. Mais après quelques années, ils s'installèrent à plusieurs dans les égouts, y déposant lampes à pétroles, couvertures, matelas, et tout ce qu'ils pouvaient trouver qu'ils ne pourraient revendre, mais qui serviraient à leur confort, et se lancèrent dans le crime.
Edward fut un professeur strict. Sévère, mais toujours juste : Il m'enseigna à toujours demeurer invisible, que ce soit dans l'ombre ou en pleine lumière. Il nous expliqua comment imiter les rupins, dont il fit autrefois partie, pour mieux les mettre en confiance.
Je fus un des meilleurs de sa classe dans l'imitation des comportements. Sitôt qu'un nouveau costume était enfilé, j'agissais alors exactement comme son propriétaire l'aurait fait. Quant à me déplacer au cœur des ombres, sans un son, je fus l'égal des meilleurs élèves d'Edward. En revanche, je me révélai un piètre pickpocket. Chaque fois que ma main s'enfonçait dans la poche d'un autre, celui-ci me repérai sans la moindre difficulté, et sans que je puisse comprendre pour quelle raison. Si un objet pendait sur une ceinture, je pouvais m'en emparer en toute discrétion, mais toute fouille intérieure me fut interdite. Héléna me rassura en m'expliquant que tout le monde ne possédait pas l'adresse nécessaire à un bon vol à la tire. De la même manière, la course et l'escalade ne furent pas mon point fort. Et la phobie des hauteurs que je développai n'améliora rien.
J'excellai à me fondre dans la masse, à agir de l'intérieur sans me faire repérer. Mais sitôt qu'il s'agissait de prendre la fuite en laissant tomber les masques, mon corps ne suivait plus.
Tout petit, on ne me confia que des missions de surveillance, en binôme avec La Pince, un excellent cambrioleur, qui me fit cadeau d'un béret noir pour m'avoir averti à temps de l'arrivée imminente du noble dont il visitait la maison, et de la manière dont je pus le retenir, lui laissant le temps de filer à l'anglaise.
Avec les années, on me laissa tâter du pied-de-biche à mon tour. Ma manière de faire fut légèrement différente de celle des autres, mais elle se révéla tout aussi efficace.
Ma plus grande victoire fut mon introduction dans le manoir d'un noble. Ayant assommé un domestique d'un coup de matraque alors qu'il sortait soulager un besoin pressant, je lui fauchai ses vêtements. Ainsi attifé, pratiquement personne ne fit attention à mon visage. Je fus ainsi libre d'aller et venir à mon gré, au vu et au su de tous. Je finis aisément par repérer le coffre-fort, et le stéthoscope que je plaquai dessus m'aida à en deviner la combinaison plutôt rapidement.
La seule difficulté fut de sortir les nombreux billets qu'il contenait sans me faire prendre, et la chance ne m'abandonna pas : Plusieurs paquets devaient être envoyés à des adresses diverses par certains domestiques dans la journée. J'en fauchai un, modifiai l'adresse et y enfournai l'intégralité du contenu du coffre avant de le ramener à sa place, pour ensuite quitter le domicile.
Beaucoup me félicitèrent pour mon sang-froid et mon efficacité, et certains furent stupéfaits par l'incapacité des domestiques à me reconnaître. Je dus bien avouer, à certains égards, que l'une des bonnes me prit à part, en souhaitant savoir qui j'étais, et je réussis à la duper en lui affirmant avoir été engagé la veille. Elle se méfia quelque peu, mais par chance _ une fois encore _ j'achevai justement mon cambriolage.
Ce fut à l'orée de mes dix-huit ans que je fis LA rencontre la plus importante de ma vie.
Edward me réclama la fouille complète du manoir d'un petit noble, en toute logique absent pour la soirée. A ce que j'appris, il s'absenta pour se rendre à une fête, et il s'agissait donc du moment idéal pour un petit larçin. Après quelques études des plans de la demeure, sommairement dressé par un faux domestique introduit en sous-marin, je n'eus d'autre choix que d'oublier ma méthode de cambriolage favorite. Certes très grisante et physiquement moins épuisante, mais nécessitant un objectif peu volumineux, ou une méthode de le faire sortir en douce. En l'occurrence, s'emparer de tout objet avec un minimum de valeur nécessiterait un bagage conséquent.
Aux douze coups de minuit, je fouillai encore la demeure, chipant çà et là tout objet digne d'intérêt, pour le ramener ensuite dans mon sac, entreposé dans une pièce vide, et que je savais à l'écart des rondes des domestiques. Ces derniers me firent davantage penser à des chiens de garde qu'à des serviteurs, mais je gardai cette réflexion pour moi.
Quand un cri se fit entendre.
Puis d'autres suivirent. Des cris de fille.
J'hésitai plusieurs minutes, et après une longue attente, choisit de vérifier l'origine de ses hurlements, qui manifestement, n'alertèrent pas les domestiques.
Le fil d'ariane que furent ces cris me conduisit jusqu'à la grande salle, où trônait un immense piano à queue, ainsi que le bureau du noble. Et ce même noble venait visiblement de rentrer, avec une charmante conquête qu'il besognait à présent sur la table sans se soucier de ses pleurs.
Une fillette d'à peine neuf ans.
Mon sang ne fit qu'un tour dans mes veines. Moi qui fut autrefois capable de conserver mon calme en toute circonstance, voir cette enfant martyrisée me fit voir rouge et j'ouvris les portes d'un puissant coup de pied, brandissant mon couteau en direction de l'immonde violeur.
Celui-ci, surpris, lâcha sa victime, qui s'effondra au sol et se recroquevilla sur elle-même. En m'apercevant, elle se précipita vers moi et se cacha dans mon dos, toujours à demi-nue et tremblante de terreur. J'aurais dû prêter davantage attention à mon adversaire. Il en profita en ouvrant un tiroir de son bureau, et en sortit un revolver. Un Colt Single Action Army, dont il pointa le canon dans ma direction.
Triomphant, l'homme remit son pantalon au niveau de sa taille, et s'avança dans notre direction tout en débitant un monologue auquel je ne prêtai guère d'attention.
La petite fille, cramponnée à ma jambe, n'en menait pas plus large que moi, et nous reculâmes de concert sans autre possibilité d'action, mon regard fuyant à la recherche d'un quelconque moyen de sauvetage.
Quand nous heurtâmes le piano à queue.
"Plus d'échappatoire, hein ? Ricana l'aristo tout en s'approchant de nous, savourant d'avance sa victoire."
Un plan se dessina dans mon esprit, alors que l'homme ne se trouvait plus qu'à un mètre de moi, et que son canon venait me chatouiller les narines.
"Maintenant, tu vas me rendre ma petite princesse. Et je te ferais peut-être la grâce de ne pas te forer un trou dans la tête.
-Ça, j'en doute."
Ma réponse le surprit. Ce fut sans doute pour cette raison qu'il ne tira pas lorsque mon couteau acheva de riper sur une corde du piano, ce qu'il faisait depuis notre impact dessus.
Je ne me serais pas attendu à ce qu'elle cède si facilement sous le contact de ma lame, mais ce fut le cas. Le fil de fer, sous une extrême tension, devait déjà être fragilisé par un manque d'entretien, et il céda d'un coup sec. Je me propulsai sur le côté, entraînant la fillette avec moi, quand un claquement de fouet retentit, sifflant à un millimètre à peine de mon oreille, avant de frapper violemment notre agresseur.
Son hurlement retentit dans toute la demeure, et il en souffrit tant qu'il laissa son arme choir au sol. Quand je relevai les yeux vers lui, je compris pourquoi.
Sa paupière supérieur fut arrachée par l'impact, et son globe oculaire presque sectionné en deux. Pas étonnant qu'il hurlât comme un beau diable.
Mon instinct parla avant ma réflexion, et avant que mon cerveau n'ait pu anticiper un plan génial, une balle vrillait déjà celui du pédophile, mettant un terme à son hurlement, et j'entraînai la gamine à mes côtés en sautant par la fenêtre ouverte.
J'ôtai mon manteau et l'en recouvris, puis la pris dans mes bras et courus de toutes mes forces, alors que les hurlements des domestiques se faisaient déjà entendre dans la pièce.
Le reste de la course se passa comme dans une demi-réalité. Je ne me rappelai pas avoir parcouru les ruelles, ouvert la plaque d'égout, et descendu dans le ventre de Southampton avec la fillette dans mes bras, et encore moins d'avoir traversé toutes ses entrailles dans l'obscurité. Seul un événement me revint avec clarté : Une fois dans le noir, la gamine s'affola, terrorisée quant au sort que je lui réservai dans les ténèbres. Je tentai de la raisonner, mais elle manqua de s'enfuir. Je dus lui administrer une violente claque sur la joue afin de la calmer. Par chance, cela fonctionna, et elle accepta de se calmer.
Arrivant dans la cathédrale des voleurs, elle attira autant l'attention que moi lors de ma première arrivée. Héléna, surprise, se précipita vers nous, et je lui résumai la situation en lui confiant l'enfant.
Edward arriva à mes côtés, et me demanda :
"C'est quoi, ça ?"
Il me désigna ma main. Mes doigts enserraient toujours le pistolet, incapables de le relâcher.
J'eus du mal à faire mes aveux. En admettant avoir tué le noble, Edward m'offrit une impressionnante gifle et m'arracha l'arme des mains.
"Elliott ! Quelle est notre règle principale ?!
-Ne jamais tuer.
-Pourquoi ?
-Parce que tant qu'on ne tue pas, on s'intéresse beaucoup moins à nous.
-Exact. Ça veut dire que tu nous mets tous en danger !
-Personne ne m'a vu. Ce salopard était le seul témoin, et il nous aurait fait beaucoup plus de mal en restant en vie.
-Arrêtez de vous battre, tous les deux ! Cria Héléna."
Elle nous lança un regard noir, alors que la fillette, terrorisée, nous regardait tout en s'enfermant dans mon manteau, bien trop grand pour elle, ce qui eut pour mérite de dissimuler sa nudité à tous les regards.
"La pauvre a eu une nuit assez dure, et désolée si je te contredis, Eddie, mais qu'Elliott nous ait débarrassé d'une ordure comme ça, je trouve que ça vaut largement la peine de prendre des risques."
Bulkeley soupira. Évidemment, il ne pouvait cacher son soulagement de voir un violeur d'enfants hors d'état de nuire. Mais risquer au passage la survie des siens ne lui plaisait pas pour autant. Il souleva l'arme.
"Très bien. Ça ira pour cette fois. Ce flingue, je vais m'en débarrasser. Quant à toi, Elliott, et ça vaut pour tout le monde ici, plus personne ne tue, sauf si votre propre vie est menacée, est-ce que c'est clair ?"
Des acquiescements se firent entendre jusqu'à l'autre bout des égouts.



 

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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 17:21


Ton Histoire




L'enfant s'appelait Penny. Achetée à prix d'or à un orphelinat sur le chemin du retour, quelques heures à peine avant mon arrivée, elle se retrouva confrontée à l'horreur alors qu'elle ne rêvait que d'une famille.
Elle ne parla pas pendant plusieurs jours, et n'accepta personne d'autres dans son entourage que moi et et Héléna. Quand elle se décida enfin à faire connaître le son de sa voix, Edward demanda à lui parler.
Bulkeley considérait que toute personne entrant dans le repaire de la confrérie des voleurs devait en devenir un, ne serait-ce que pour gagner sa croûte. Un raisonnement qui se tenait, même si intérieurement, Héléna et moi pensions que ce ne serait pas une bonne vie pour la pauvre Penny.
Au fil du temps, elle parvint à surmonter ses angoisses et ses phobies, et s'attacha davantage à moi, autant que je m'attachai à elle. D'une certaine manière, nous devînmes presque frère et sœur, tant nous nous entendions bien et travaillions en parfaite harmonie.
Contrairement à moi, Penny ne savait se tenir correctement. Demeurer calme sous les feux des projecteurs, supporter le stress de craindre sa couverture grillée, elle échoua à chaque tentative. Et pas moyen de faire entrer dans sa petite tête la méthode de pensée et d'action d'un noble. Rien que de lui apprendre à lire et à écrire fut une épreuve, et ce fut à moi qu'elle revint. Elle ne manquait pas d'intelligence, mais elle ignorait comment s'en servir à bon escient.
A l'inverse, elle pouvait piocher dans les poches de quelqu'un sans jamais se faire remarquer, et développa des talents d'acrobate qui firent de nombreux envieux au sein de notre confrérie. D'autres part, si elle rechigna un temps d'apprendre à compter, elle s'y mit avec avidité lorsqu'Edward lui apprit à distinguer les objets de valeur des bibelots.


Une fois encore, les années passèrent sans événement marquant. Penny et moi grandissions, commencions à mûrir, et développâmes nos aptitudes respectives. Et un jour, une idée me vint.
J'en parlai à Edward, qui massait alors ses jambes maltraitées par l'arthrose.
"New York ? Pourquoi tu voudrais aller là-bas ?
-Parce qu'on dit que toutes les richesses du monde s'y retrouvent. Ed, si c'est vrai, ça veut dire qu'une caste de voleurs comme la nôtre pourrait s'y développer avec une plus grande efficacité, gagner beaucoup plus et nourrir davantage de bouches. On pourrait plus souvent payer des médecins et du pain frais."
Il observa les eaux usées qui s'écoulaient devant nous pendant un instant avant de reprendre la parole.
"Oui, ça se tient. Ce qui m'ennuie, c'est que si tu pars, je devrais à nouveau me farcir l'apprentissage de la lecture."
Je lui serrai doucement l'épaule.
"Je pensais que tu voudrais venir avec nous...
-Hors de question, répliqua-t-il. J'ai passé toute ma vie à Southampton. C'est ma ville. Mon terrain de jeu. Mon labyrinthe. Je ne veux pas aller ailleurs. Et de toute manière, je ne pourrais pas partir et abandonner toute la Confrérie. Et encore moins Héléna."
Mes épaules retombèrent. Même si je savais cela impossible, j'aurais aimé voir l'intégralité des voleurs partir à l'assaut du nouveau continent.
"J'ai entendu parler d'un bateau. Il devrait arriver d'ici quelques jours, et on dit de lui qu'il est assez grand pour embarquer des milliers de personnes. On est à peine cinquante, et des gens bien plus pauvres que nous peuvent s'acheter un billet. Alors pourquoi refuser cette occasion ?
-Elliott, me fit-il d'un ton sec. Je ne veux pas partir, je te le répète. Mais toi, tu ne veux pas partir seul."
Je soupirai, puis opinai du chef.
"Et Penny ? Demanda-t-il.
-Je ne lui en ai pas encore parlé. J'ai peur qu'elle refuse aussi."
Il sourit.
"T'es très intelligent, Elliott. Mais tu restes toujours aussi naïf."
Il fouilla dans sa poche intérieure, et en tira deux cartes d'embarquement de la White Star Line, autorisant à monter à bord du Titanic en troisième classe. Mon cœur s'arrêta presque dans ma poitrine.
"Mais... Qu... Comment...
-Tu croyais que je n'avais pas remarqué de quelle manière tu faisais des recherches sur les États-Unis, depuis tout ce temps ? Un gamin malin comme toi, c'était évident que tu voudrais sauter sur l'occasion. J'attendais juste de voir si tu serais du genre à t'enfuir comme un juif, où si tu viendrais m'en parler en face. J'en ai déjà parlé à Penny, et elle refuse de partir si tu ne viens pas avec elle."
Submergé par l'émotion, je le serrai contre mon cœur de toutes mes forces, ce qui le poussa à se plaindre en entendant ses vertèbres craquer sous la pression, et je le relâchai alors que nous riions tous deux de bon cœur.
Quelques jours plus tard, Penny et moi nous retrouvions à l'embarquement, avec toute la Confrérie présente pour nous souhaiter un bon voyage. Héléna nous remit une carte où les écritures maladroites de toute la communauté se réunissaient, nous souhaitant un bon voyage, et attendant avec avidité de voir une nouvelle confrérie naître à New York. Puis elle confia un médaillon à Penny, afin qu'elle ne nous oublie jamais. A moi, Edward me remit, avec un certain humour, un exemplaire du roman "Futility", de Morgan Robertson.
"Tu devrais aimer, ricana-t-il. C'est l'histoire d'un paquebot insubmersible qui heurte un iceberg et disparaît dans les profondeurs de l'océan.
-Si je ne te connaissais pas, je penserai que tu voudrais me voir noyé.
-Du moment que ce soit après moi, je me fiche de savoir comment tu mourras. Mais interdiction de me précéder."
A nouveau, nous tombâmes dans les bras l'un de l'autre. A cette occasion, je l'entendis me murmurer à mon oreille.
"Les états-unis sont un pays dangereux. Alors quand tu ouvriras ta valise, tu verras que je t'ai laissé un petit porte-bonheur.
-Merci, papa..."
Après une ultime étreinte, des embrassades avec toute notre communauté, la sirène du paquebot géant nous alerta sur l'imminence de son départ, nous poussant à gravir la passerelle au plus vite. Penny et moi nous retrouvâmes vite sur le pont, cerné par des centaines de voyageurs, à agiter les bras par-dessus bord tout en hurlant de touchants au-revoir à nos amis, nos frères et nos sœurs bien-aimés.
Nous ne quittâmes notre poste d'adieu qu'une fois la ville hors de vue. Et il serait un mensonge odieux de dire qu'aucun de nous ne pleura.
De la même manière, je mentirai si je disais que j'appréciai le voyage. Bien sûr, nous disposions de cabines, d'un pont réservé aux troisième classe, de lits douillets, de bonnes couvertures, et d'un service qui, à nos yeux, se révéla luxueux. Même si, selon les dires des rares personnes y ayant eu accès, celui des première classe se montrait plus ostentatoire encore. Mais je ne tentai pas de m'y rendre, même si j'aurais pu.
Penny passa de longs moments dans la cale, s'amusant à pourchasser les rats où à escalader les tuyauteries par jeu, revenant noire de suie et de poussière, me condamnant à lui ordonner de prendre un bain.
Je fis la connaissance de plusieurs autres passagers de la troisième classe, qui se révélèrent plutôt agréables de compagnie. Je rencontrai même une charmante gouvernante sur le pont réservé à la fois aux deuxième et troisième classe. Une délicate jeune femme dotée de grandes connaissances dans de nombreux domaines, dont un traumatisme dans l'enfance la laissa garnie d'une chevelure presque totalement blanche, à l'exception d'une mèche noire. Je sympathisai bien vite avec elle, et il se révéla bien vite que l'amitié fut mutuelle. Seule Penny la vit d'un très mauvais œil, pour une raison que je ne parvins pas à saisir.
Quatre jours après l'embarquement, alors que j'achevai une agréable balade en compagnie de Susan, la si agréable gouvernante, une violente secousse me propulsa à terre, traversant le bateau comme un éclair. Je m'écroulai et ma tête heurta violemment un des murs, me faisant perdre conscience.
Lorsque je rouvris les yeux, Susan était au-dessus de moi, échevelée, terrorisée.
Le bateau coulait. Voilà tout ce qu'elle me résuma. En trois mots. Iceberg, le bateau qui penchait, l'eau qui envahissait les cales.
Difficile de décrire avec précision tout ce qui se passa par la suite. J'enjoignis à Susan de monter dans un canot de sauvetage, et je dus la gifler pour qu'elle accepte de me laisser seul. Moi-même, je partis à la recherche de Penny. Il me fallut plus d'une heure pour lui remettre la main dessus, dissimulée qu'elle était dans la cale, elle aussi blessée lors de l'impact. Très légèrement, par chance.
Je l'attrapai par la peau du cou et l'entraînai vers le pont. C'était la folie. Le froid ambiant, le pont en diagonale, les gens qui hurlaient pour monter dans des canots. Je déglutis en repensant au naufrage du "Titan", le paquebot de livre que m'offrit Edward pour le voyage, et frissonnai en ayant l'impression de vivre une des scènes décrites à travers les pages. Le Titanic, malgré sa réputation de navire insubmersible, allait couler. Les canots, en nombre insuffisant, ne pourraient sauver tout le monde.
"Elliott ! Cria une voix."
J'en repérai la responsable. Un joli bout de femme aux cheveux presque tous blancs, qui me fixai avec terreur depuis son canot de sauvetage. Avec elle, la famille au service de laquelle elle se trouvait, drapés dans leur dignité de membres de première classe malgré la frousse à deux doigts de leur faire mouiller leurs sous-vêtements. Prêt du canot, des marins, et en face d'eux, des dizaines de personnes, hurlant pour pouvoir monter et fuir.
"Penny, je vais te mettre dans un de ces canots. Tu vas aller avec Susan.
-Et toi ? Fit-elle, terrorisée."
Mon silence hésitant lui répondit bien plus que je ne le voulus.
"Tu viens pas avec nous ? Comprit-elle avec horreur."
Je me penchai et la pris par les épaules.
"Écoutes, Penny. Ton canot est presque plein. Tu vas embarquer à bord, et tu vas partir avant moi. Je vais monter à bord d'un autre canot, ne t'en fais pas.
-Tu mens ! Hurla-t-elle. Je sais toujours quand tu mens ! Tu pourras pas monter à bord d'un canot et tu le sais ! Alors arrête de mentir !"
J'ouvris la bouche, puis la refermai. Ses larmes lui gonflaient les yeux, roulaient puis gelaient sur ses joues. Elle tremblait, frigorifié, mais à aucun moment elle ne cessa de me fixer de son regard tenace. C'était tout Penny, ça. Tant qu'elle n'obtenait pas ce qu'elle voulait, elle ne lâchait pas l'affaire. Même si sa propre vie était en jeu.
Je baissai la tête.
"Très bien. Tu restes avec moi."
A nouveau, elle sembla parvenir à respirer, soulagée d'un énorme poids.
Je regardai le pont. De nombreux canots étaient déjà partis. Peut-être même s'agissait-il du dernier encore à bord. Au loin, des musiciens, imperturbables, persistaient dans leur orchestre, dans une tentative désespérée de rassurer les passagers alentours. J'inspirai à fond.
"Et si on allais voir les musiciens ?"
Penny se tourna dans leur direction. A cet instant, ma main enfoncée dans ma poche se referma sur ma matraque. Elle jaillit à l'air libre et s'écrasa sur la nuque de Penny dans un bruit mat. Aussitôt, son corps se raidit, puis s'affaissa dans mes bras.
"EH ! Hurlai-je."
Soulevant Penny, je poussai violemment de quelques coups d'épaules les personnes qui me séparaient du canot. Avant qu'ils n'aient pu me repousser, j'atteignis les marins. "Emmenez-la avec vous. "
Le matelot me regarda d'un air désolé, puis attrapa l'adolescente. Susan se redressa et l'entoura d'une couverture.
"Je ne peux pas vous emmener, m'avoua le marin.
-Ce n'est pas votre faute. Mais prenez soin d'elle. Susan ?"
La gouvernante releva la tête dans ma direction.
"Ramenez-la à Southampton. C'est là que se trouve sa vraie famille.
-Vous n'espérez même pas survivre ?
-Faites ce que je vous demande."
Elle hésita, puis acquiesça.
Quand enfin, le canot fut descendu vers les flots, je m'arrachai à cette atroce vision, et tournai les talons. Un des hommes qui attendait devant le canot, dans l'espoir illusoire d'y embarquer, m'attrapa l'épaule.
"Où est-ce que vous allez ?
-Dans ma cabine. J'ai un livre à terminer.
-Un livre ? On va tous mourir et vous allez lire ?"
Je me tournai vers lui, un triste sourire aux lèvres.
"J'ai envie de savoir comment ça finit..."

Le porte-chance d'Edward, vous saviez déjà de quoi il s'agissait, n'est-ce pas ? Évidemment. Il ne se débarrassa jamais du revolver qui me permit de prendre une vie pour sauver celle de Penny, ni ne changea les balles. Cinq demeuraient toujours dans le barillet, prêtes à servir.
Alors que j'achevai, sur mon lit, la lecture de "Futility", je pus voir l'eau qui coulait doucement dans ma chambre, tandis que le vaisseau penchait de plus en plus dangereusement.
Une vie pour une autre. C'est un échange équivalent.
J'appuyai le canon contre ma tempe.
J'inspirai à fond.
Je pressai la détente.
Et ce fut le néant.

Puis l'air revint dans mes poumons. Brusquement. Me ramenant à la vie sans préavis, et ce fut si soudain que j'en chutai de mon lit.
Et vous savez ce qui fut intriguant ? Tout le monde à bord était mort. Et moi aussi. Quoi que l'on fasse, même si l'on se jetait à l'eau pour s'y noyer, on revenait toujours à bord du Titanic.
Et moi, pauvre de moi, j'errai comme une âme en peine, d'un bout à l'autre du navire, cherchant des réponses, glanant des explications, tentant désespérément de comprendre comme un naufrage pouvait nous avoir amené jusque là.
Au bout de six mois, je constatai un étrange phénomène. Certains des passagers affirmaient avoir tenté de mettre fin à leurs jours depuis l'incident, mais tous réapparaissaient mystérieusement sur le paquebot après un laps de temps variable. Proposer à un de ces suicidés volontaires de retenter l'expérience ne devrait pas poser de problème, mais qui accepterait de finir égorgé sur le pont, devant un public, pour s'assurer qu'il ne reviendrait pas ?
Si jamais je venais à trouver une personne désirant se donner la mort, il me faudrait la convaincre de la laisser l'aider. Ce ne devrait pas être trop dur, n'est-ce pas ?

La vie, malgré tout, battait son plein sur le bâtiment. Remplaçant le commandant Smith, un mystérieux capitaine, que personne ne connaissait ni d'Eve, ni d'Adam, s'improvisa nouveau dirigeant du bateau. Certains protestèrent, d'autres pas. Je tentai de l'approcher, mais chacune de mes tentatives se solda par un échec. Cela fut-il un pur hasard, ou cherchait-il à éviter volontairement mes questions ?

Malgré tout, les habitants du bateau tentèrent de reprendre une existence normale, sans doute pour se venger de celle trop limitée précédant le naufrage. Je vis des hommes et des femmes, autrefois braves et bons, se vautrer dans les excès par pur désir de rattraper le temps perdu. Des débauches d'alcool, de sexe et d'autres choses que la décence interdirait de nommer.
Et toujours, le temps s'écoulait, les mois défilaient. Nous avions le soleil et la lune, les étoiles brillaient dans le ciel, et les vagues frappaient quelques fois contre la coque d'acier, intacte.
Par moment, je vis mouettes et poissons s'approcher de notre bateau, pour finalement le fuir après quelques minutes. Comme des animaux normaux. Mais si nous étions véritablement morts, d'où sortaient ces bêtes ?


 






Dernière édition par Elliott Smith le Dim 10 Mar - 22:46, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 17:32

Bienvenue sur Ghosts of the Abyss
Si tu as des questions surtout n'hésites pas ♥️
Je viens de zieuter un peu ta fiche et j'ai vu qu'à la fin tu avais indiqué que ton personnage c'était réveillé au bout d'un an, ce qui n'est pas possible Very Happy Il ne peut que s'être réveillé en même temps que les autres il y a un an Very Happy Du coup, n'hésites pas à parler de ce que ton personnage a fait pendant toute cette année
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 17:39

OH my goooood Josh

Je te souhaite la bienvenue parmi nous !
Et su plaisir d'avoir un lien et un rp avec toi ^^'
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 17:47

J'ai bien fait de prendre ce vava, toutes les belles filles m'accueillent... ^^

Pour en revenir au coup du "je me réveille un an après tout le monde", c'est parce que je voyais mal mon perso passer un an sans être connu de personne. Mais bon, c'est pas trop grave, je modifierai ça. Par contre, je ne vais pas tarder à partir prendre mon train, donc je corrigerai cette partie ce soir... Mais merci pour le conseil, en tout cas !
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 17:52

Ah moins que tu trouves une bonne âme qui te couvre durant un an haha
je sais pas hein c'est pour que ton idée de pas être reconnu et le contexte collent au mieux ^^'
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 18:18

Ne t'inquiètes pas, tu vas connaître du monde pour combler ce vide Sinon, je peux trouver quelques psychopathes qui auraient pu t'enfermer dans une cale pendant un an Razz
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 18:50

Bienvenue parmi nous !
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 19:57

M. Esther Delmas a écrit:
Ne t'inquiètes pas, tu vas connaître du monde pour combler ce vide Sinon, je peux trouver quelques psychopathes qui auraient pu t'enfermer dans une cale pendant un an Razz
J'ai bien un nom à proposer mais on va dire que j'en veux à la Comtesse Crying or Very sad

Bienvenue Smile
Je veux un lien, je suis anglais et un peu pénible comme personnage Razz
Je vais lire ta fiche ce soir, je sens qu'elle va me plaire What a Face
Et Josh,
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 19:58

Bienvenue sur GOTA Elliott
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 20:00

Bienvenu et bon courage pour ta fiche Smile
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 20:04

Bienvenue Elliott !
J'espère que tu te plairas sur GOTA

Je laisse Esther s'occupait de toi pour ta validation
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 20:23

Bienvenue parmi nous jeune homme ! Et au plaisir de se croiser. Smile
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 20:25

Bienvenue sur GOTA
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 21:22

Bienvenue parmi et bonne chance pour ta validation !! Very Happy Il nous faudra un lien
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 22:23

Wooooooow !

Eh ! Ça se voit que ça fait longtemps que j'ai pas fait de forum RP : J'ai plus du tout l'habitude d'avoir des dizaines de membres venir me souhaiter la bienvenue ! Ça fait chaud au cœur ! ^^


Alors, normalement, ma présentation est corrigée. Mais j'aurais tout de même quelques petites questions à poser (aux admins ou à toute autre personne pouvant y répondre), car j'ai beau chercher partout dans le contexte et les saisons, pas moyen de trouver.

-Le Titanic vogue bien sur un océan sans fin, ou repose-t-il éternellement au fond de l'océan ?

-Y a-t-il d'autres espèces vivantes en dehors des naufragés ? Des poissons ? Des oiseaux ? Des coquillages ? Des algues ?

-J'ai pas de troisième question, mais j'avais envie de vous faire croire le contraire.

(Je suppose que le créateur de ce smiley est un fan de la Flander's Company ? ^^)
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 22:28

Citation :
-Le Titanic vogue bien sur un océan sans fin, ou repose-t-il éternellement au fond de l'océan ?
Nous voguons sur un océan sans fin Smile Nous sommes en mouvement, même si c'est à l'infini. Nous ne sommes pas au fond de l'océan, quoi que ça pourrait faire l'objet d'une intrigue intéressante Razz

Citation :
-Y a-t-il d'autres espèces vivantes en dehors des naufragés ? Des poissons ? Des oiseaux ? Des coquillages ? Des algues ?
Oui Smile Puisque dans une précédente intrigue des dauphins étaient là, réels et que les passagers ont pu les voir. Après, c'est un peu bizarre puisque nous sommes un peu sur un paquebot fantôme faut bien l'avouer !

Si tu as d'autres questions n'hésites pas surtout !
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 22:32

Bienvenue Smile
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 22:44

Gros bisous à tous ceux qui me saluent et que je ne prend même pas la peine de remercier individuellement, méchant que je suis.


Merci pour les réponses ! La première me rassure, j'avais bien compris ça comme ça. C'est surtout la question "♦️ Comment avez-vous réagis en voyant que vous étiez de retour sur le Titanic, alors que celui-ci est au fond de l'océan?" qui m'avait perturbé.
Mais maintenant que j'ai la relecture, oui, on le comprend autrement. Alors que celui-ci est au fond de l'océan depuis le naufrage ! ^^

Bon, par contre, pour les animaux, je modifie juste cette dernière partie, mais au moins, je suis sûr de pas me tromper... Razz
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 22:50

C'est cette intrigue avec les dauphins, si tu veux lire -> http://titanic-ghosts.frbb.net/t1079-evenement-n5-la-paix-durera-t-elle#25471. C'est le second tour en bas de la page 1, si cela peut t'aider.

Citation :

♦ Comment avez-vous réagis en voyant que vous étiez mort, mais toujours sur le Titanic? (répondez en 5 lignes minimum) [UNIQUEMENT POUR LES NON REVENANTS]

♦ Comment avez-vous réagis en voyant que vous étiez de retour sur le Titanic, alors que celui-ci est au fond de l'océan? (répondez en 5 lignes minimum) [UNIQUEMENT POUR LES REVENANTS]
Je crois que tu t'es trompé ! En faites la première question ici est pour toi, l'autre question celle qui te pose problème était pour le groupe des Revenants. Tu n'es pas concerné en tant que troisième classe.
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 22:59

Pas d'inquiétude, ma grande ! ^^
Je n'y ai pas répondu. Mais je l'avais quand même lue, et du coup, ça m'a perturbé !
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Dim 10 Mar - 23:01

En effet Very Happy Mais non, t'en pré-occupes pas
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MessageSujet: Re: Elliott Smith, le voleur de Southampton   Lun 11 Mar - 15:21

Bienvenue ! Et très très bon choix d'avatar tongue
Tu vas être un vrai rival 8DDD
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