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 "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine

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MessageSujet: "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine   Mar 19 Fév - 16:42

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Madeleine & Ann-Elizabeth



"Ann ? Tu comptes partir bientôt ?"

Relevant la tête de son manuscrit, Ann-Elizabeth Lockwood croisa le regard azur de sa cadette. Elle reposa son stylo et se tourna définitivement vers elle.

"Dès que j'ai fini mon chapitre... Donc sûrement pas tout de suite ! Tu te sens fatiguée ?
- Oui, murmurra la jeune fille. Ne m'en veut pas, je vais me coucher.
- Vas-y, ma belle. Aucun souci."

Et elle embrassa doucement la joue de sa cadette, lui sourit, Victoria sourit en retour et tourna les talons, quitta la pièce. Ann la suivit du regard et, longtemps après qu'elle eut quitté le café, continuait à fixer la porte d'un air absent. L'état de la jeune Lady de vingt-deux ans lui faisait beaucoup de souci. En plus d'une affection et d'une tendresse sincères pour Victoria, il était de son devoir d'aînée de veiller sur la benjamine des Lockwood ; d'autant que celle ci se trouvait coincée à bord par sa faute. Ann était loin d'être malheureuse à bord, mais son bonheur à être libérée de la tyrannie parentale était quelque peu terni par la présence de sa cadette, coupée des siens, de son fiancé, de la vie qu'elle aurait dû avoir.

C'était une certaine forme de liberté qu'Ann avait gagné après sa mort, à bord du Titanic : celle d'aller et venir à sa guise, celle de ne plus avoir à dissimuler certaines choses comme sa passion pour l'écriture. Depuis le départ de ses parents, elle faisait ce qu'elle voulait, envoyait balader qui elle voulait sans crainte de réprimandes, passait d'une classe sociale à une autre sans le moindre souci et s'était fait, dans chacune des trois classes (quatre, en comptant les Revenants) des amis aussi chers que précieux. En somme, elle avait la belle vie. Evidemment, il y avait des désagréments : la présence de Victoria et son sentiment le culpabilité, l'absence de Marianne et Thomas, le paquebot en lui-même qui semblait prendre un malin plaisir à tourmenter ses passagers. Ann n'oublierait jamais le bal masqué et le coup pendable du Capitaine... Avant que Georgiana o'Hara ne lui expédie son poing dans la figure. Mais hormis cela, optimiste de nature, elle était résolument heureuse.

Elle avait presque fini son livre, à présent. Celui qui racontait l'histoire d'une de ses amies d'enfance, Héloïse de Neuveille. A ce stade là, elle aurait fini d'ici quelques jours. A cette heure avancée de la soirée, le Café Parisien était désert, à l'exception des membres d'équipage qui s'en occupaient. Mais Ann-Elizabeth aimait écrire dans les cafés, alors elle restait. Installée près de la grande fenêtre qui offrait une vue imparable sur l'océan infini sur lequel ils voguaient inlassablement, elle récupéra son stylo et repris son travail d'écriture.
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MessageSujet: Re: "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine   Mer 27 Fév - 15:18

Il était tard. A cette heure avancée, d'habitude je dormais profondément ou m'apprêtais à aller saluer Morphée en me coulant dans ses doux bras. Mais en cette soirée, il m'était difficile de trouver le sommeil. J'avais bien essayé plusieurs choses, comme lire et tenter de me détendre en laissant vagabonder mes pensées comme j'aimais à le faire. Mais impossible de sombrer, ni même de tendre vers cet état de demi-conscience qui précède l'endormissement. J'étais quelques peu tourmentée, certes, mais non plus que d'habitude. Et, pour une fois, mon vieil Oncle, en général si vivace le soir, avait gagné son lit sans demander son reste. Peut-être était-ce cela qui me manquait, cet épuisement causé par mon parent qui, pour une fois donc et bien exceptionnellement, ne m'avait pas harassée.
Alors j'avais tourné un moment dans la cabine, à chercher en vain une chose sans savoir laquelle ; à passer du large fauteuil, pourtant des plus confortable et dont le moelleux aurait pu m'emmener au pays des songes, au rebord du lit. J'y étais restée assise plusieurs longues minutes, les yeux grands ouverts et baillant à peine, désespérant de ne pas même avoir les yeux piquant du sable que le Marchand y aurait jeté. Pour la bonne cause que cet homme, ce soir, avait du tout simplement m'oublier.

Après un moment, qui me parut interminable dans la pénombre de la cabine créée par la lampe brûlant sur son socle, à ressasser mes pensées, je décidai de partir faire une promenade. Oui, une petite ballade nocturne ne pourrait me faire que le plus grand bien ! Un peu d'air frais sur mon visage, quelques étoiles dans le ciel sombre peut-être, ou plus probablement les lueurs du paquebot naviguant dans la nuit : c'était là de quoi me faire trouver le repos. Je n'étais pas coutumière des sorties nocturnes aussi tardives, mise à part pour me rendre à des soirées, bals et autres fêtes bien évidemment, mais j'avais grande envie de cette promenade.
Prenant un châle que je jetais sur mes épaules, je quittais donc la cabine et mon Oncle assoupis, en fermant la porte à ma suite, sans faire de bruit. Je partis sans but autre que de profiter du silence des ponts désertés et bientôt, au gré de mes errances, j'arrivais non loin du Café Parisien. L'intérieur en était encore vivement éclairé malgré le peu de monde qui le peuplait et, à travers la porte de verre, j'aperçus à l'une des tables une silhouette familière. Oui, après m'être rapprochée pour confirmer mes soupçons, il s'agissait bien d'Ann-Elisabeth, une de mes amies. Et oh ! je la reconnaissais bien là, penchée au-dessus d'une feuille de papier avec une plume à la main. Je décidais de la rejoindre.

Je m'approchais de sa table, sans bruit, en espérant la surprendre légèrement de ma présence sans toutefois chercher à l'effrayer. Puis, quand je fus à sa hauteur, je déclarais d'une voix douce en me penchant quelque peu sur son épaule :
« Encore en train d'écrire, ma chère ? A cette heure si tardive, le sommeil ne vous gagne-t-il point? »
Pour tout salut, elle pourrait en se retournant voir le large et amical sourire que j'arborais. J'espérais cependant ne pas la couper en pleine vague d'inspiration...
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MessageSujet: Re: "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine   Mer 27 Fév - 17:30

Madeleine & Ann-Elizabeth



Prise dans son récit, Ann-Elizabeth n'avait pas entendu les pas se rapprocher d'elle. Elle sursauta légèrement en entendant la voix juste au-dessus de son épaule et sourit aussitôt quand elle la reconnût. Posant sa plume, elle se retourna et, face au large sourire de son amie Madeleine Neist, le sien s'étala encore plus sur ses lèvres fines.

"Jamais quand j'écris, ma chère Madeleine. Pour moi, c'est un anti-sommeil radical... Jusqu'à un certain point."

D'un geste de la main, elle invita son amie à prendre le siège à ses côtés. Se calant contre son propre dossier de fer forgé et sans se départir de son sourire, elle prit un ton facétieux.

"Je vous retourne la question. Est-ce là une heure pour se promener sur le pont ?" ajouta-t'elle en avisant le châle jeté sur les épaules de son amie. "Remarquez, la marche est un bon moyen de vaincre l'endormissement, et à cette heure-ci, le pont est des plus agréables. Il n'y a personne, ou presque."

De fait, le Titanic s'endormait progressivement. Le Café Parisien était presque désert, sans doute à l'image des ponts et des couloirs que paquebot, du moins dans les étages supérieurs. Peut-être que chez les troisièmes classes, la fête battait son plein, mais Ann en doutait : généralement, elle était au tenue au courant des fêtes organisées en bas par Bridget et Lester. En somme, l'ensemble du navire commençait sa nuit.

"Les cafés comme celui-ci sont bien plus agréables à ses heures, vous ne trouvez pas ? En temps normal, je préfère rester dans ma cabine pour écrire, c'est bien plus calme, et j'ai toujours un peu de mal a écrire dans le bruit. Mais là, j'avoue que c'est idéal ; et le cadre est magnifique. Quant j'y suis entrée pour la première fois, avant le naufrage, c'était en compagnie de ma jumelle et d'un de mes frères aînés, Thomas. Il m'a dit qu'il reflétait exactement l'ambiance des cafés de France. Peut-être est-ce pour cela que j'aime autant cet endroit ; moi qui n'ai jamais eu l'occasion de voyager, j'ai l'impression de découvrir un petit morceau de France, ici. Êtes vous déjà allée en France ?"

Dieu sait qu'Ann aurait aimé voyager. Les nombreuses photographies accrochées dans ses appartements ne le prouvaient-elles pas ? Hélas, son rêve de découvrir le monde et ses beautés s'était noyé en même temps que le Titanic. L'espace d'une demi-seconde, elle baissa les yeux vers son ouvrage avant de les relever aussitôt vers son amie.

"A propos d'écriture, j'ai presque fini mon roman. D'ici peu, vous pourrez le lire, si vous le souhaitez !"
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MessageSujet: Re: "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine   Dim 10 Mar - 20:32

Par chance je n'avais pas effrayer mon amie plus que de mesure. Elle avait bien légèrement sursauter, mais qui n'aurait pas fait de même à l'entente d'une voix qui vous tire soudainement de la tâche où vous plongez toute votre concentration ?
Je savais que le travail d'écriture était l'une de ces activités dans laquelle il était facile de sombrer entièrement -laissant son esprit partir entre les lignes et se fondre dans les mots- et, de fait, délicat de sortir brutalement. C'était comme partir dans un autre monde, pour un voyage très lointain au billet de retour non-garanti. Mais toute concentrée Ann-Elizabeth fut-elle, je ne l'avais apparemment pas ramenée trop vite dans la réalité, à en juger par le sourire agréable qui illumina son visage en me voyant.
« Oh, je serai curieuse de savoir jusqu'à quel point ! », dis-je en riant et tirant le siège sur lequel mon amie m'invitait à prendre place.

Assise à ses côtés, je reçu avec un certain plaisir de la discussion, les quelques questions qu'elle me posât et l'échange qui s'en suivit. Sa remarque sur la marche était d'ailleurs bien pertinente. C'était pour cela que j'avais délaissé ma cabine à une heure si avancée, pour profiter du calme des ponts désertés et sentir la douce brise les parcourir au rythme de mes pas. Dans le but premier de trouver le sommeil, comme je l'expliquais à mon amie :
« Je reconnais qu'il se fait tard mais pour une fois il m'était impossible de fermer l’œil. J'ai bien songé que, peut-être, Morphée se promènerait au clair de lune dans le silence de la nuit, mais il ne semble pas avoir emprunté le même chemin que moi ! »
Mon sourire se fit presque malicieux alors que je concluais mentalement cette idée en pensant que, à défaut de trouver le sommeil, c'est une amie que j'avais croisé. Et dans un lieu agréable, comme l'avait justement fait remarquer la jeune femme.
Il était vrai que, la journée, les cafés étaient très fréquentés par les résidents du paquebot. L'ambiance en était alors toute autre au milieu de la cacophonie des conversations et des tasses s'entrechoquant. Y venir le soir, après une certaine heure, changeait radicalement votre vision de l'endroit. Celui-ci paraissait plus grand de part la foule absente et différent aussi. C'était comme se trouver dans un nouvel endroit qu'il était alors possible de découvrir, ou redécouvrir, alors même qu'il s'agissait d'un lieu connu. La sensation était aussi magique que de parcourir les rues d'une ville à la lueur des étoiles. Je l'avais déjà fait, mais ne ressentais des impressions semblables qu'à un degré moindre sur le bateau. Après tout, le Titanic n'était pas Londres ou Paris !

« Et vous avez tout à fait raison ma chère, ces cafés sont bien plus agréables une fois vidés. Bien que l'ambiance, de jour, ait quelque chose de plaisant. Elle véhicule tant de souvenirs pour qui a visité la France ! Votre frère à raison et vous ne manquez rien de ne pas avoir visiter Paris en venant ici. Bien que la capitale française offre tellement plus que ce petit café... »
Je ne voulais pas trop m'appesantir sur mes voyages passés, d'autant que l'évocation du naufrage par Ann-Elizabeth me mettait légèrement mal à l'aise moi qui n'aimais pas penser à ce tragique événement, ni gêner ma compagne qui n'avait pas eu la chance de beaucoup voyager. Puis le roman en cours d'écriture dont elle me parla m'intrigua suffisamment pour revenir bien vite sur ce sujet.
« Mais parlez-moi de votre roman !, m'enthousiasmais-je donc en lançant un regard au manuscrit étalé sur la table. Je le lirais avec grand plaisir ! Mais je ne puis attendre la fin de la rédaction pour en connaître le thème. Dites-moi quel est-il ! »
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MessageSujet: Re: "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine   Lun 1 Avr - 11:32

Madeleine & Ann-Elizabeth



"Oh, je serais curieuse de savoir jusqu'à quel point !
-Serait-ce un défi, très chère ?" Fit Ann-Elizabeth en riant franchement, ponctuant sa phrase d'un clin d'oeil.

Madeleine confirma ses pensées en évoquant le fait qu'elle ne parvenait à trouver le sommeil en dépit de l'heure tardive.


"Hélas, ce cher Morphée nous joue bien des tours. Ceci dit, je suis bien heureuse de ne point l'avoir rencontré ce soir ; j'ai pu avancer dans mon livre et vous voir. N'est ce pas une heureuse coïncidence que ni vous ni moi ne trouvions le sommeil ce soir ?"

Madeleine répondit à la remarque d'Ann sur les cafés, de façon légère et guère évocatrice. Ann se sentit une vague de sympathie supplémentaire pour la jeune femme, qui avait la délicatesse de ne guère s'étendre sur ses voyages en précense d'une personne qui n'avait jamais quitté l'Angleterre.

Dieu savait qu'Ann-Elizabeth Lockwood aurait aimé voyager, pourtant. Son père et ses frères allaieznt et venaient de part le monde, mais elle, sa mère et ses soeurs restaient là, dans leurs manoirs anglais, entre garden parties, soirées guindées et rendez vous d'après midi. Le père d'Ann et son frère préféré, Thomas, lui ramenaient toujours de superbes photographies de leur périgrinations d'un bout à l'autre de la Terre, lesquelles photographies ornaient à présent les murs de ses appartements de première classe. Les récits de Thomas sur la vie que l'on menait au Japon, en Russie, aux Indes, en Palestine et dans tous les autres contrées qu'il avait pu visiter alimentait à merveille les récits d'Ann qui attendait avec impatience le moment où enfin, elle visiterait le monde. Mais tant que son père refusait, c'était toute la famille qui se pliait à ses ordres. Son unique voyage n'avait jamais réellement commencé.

Le roman qu'Ann écrivait semblait intriguer Madeleine, qui lui demanda aussitôt de lui en parler plus avant. Ann rit à nouveau. C'était peut-être un peu prétentieux de sa part, mais elle appréciait qu'on s'interresse à ses acitvitées, qui depuis le naufrage n'étaient plus tenues au secret. Avant, du temps où elle vivait chez ses parents, ses activités littéraires étaient tenues au secrets : seuls Thomas et ses soeurs savaient. Ils ne cessaient de lui dire qu'elle avait du talent, qu'elle écrivait bien, mais comment savoir s'ils étaient sincères si personne d'autre qu'eux ne lisait ses manuscrits ? Depuis le naufrage, elle s'était fait un plaisir de faire lire ses travaux à ses connaissances : Madeleine bien sûr, Lena, Scarlett, Alexandra et bien d'autres. Les échos positifs qu'elle avait la remplissaient d'allégresse.


"Mais je ne puis attendre la fin de la rédaction pour en connaître le thème. Dites-moi quel est-il !"

Ann hésita une fraction de seconde, puis eut un sourire malicieux avant de déclarer :

"Ce n'est guère un livre joyeux, ma chère. L'histoire d'une jeune fille ayant commis un meurtre et de la vie qu'elle a dû mener après... Seulement vous me connaissez, j'aime les causes perdues et mon point de vue prend clairement la défense de la jeune fille ! Je ne puis vous die pourquoi, ce serait gâcher le suspense ! Mais je serais ravie de vous le faire lire, et d'avoir votre avis par la suite !"

Evidemment, Ann-Elizabeth avait changé les noms et s'abstint de dire qu'il s'agissait d'une histoire vraie. Peut-être cependant devrait elle le dire, afin de convaincre ceux qui savaient l'histoire d'Héloïse qu'elle n'était pas le monstre qu'il y parraissait à première vue. Mais mieux valait en parler à l'interessée avant.
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MessageSujet: Re: "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine   Jeu 18 Avr - 15:55

Ann-Elisabeth était une jeune femme charmante. Fraîche, avec un esprit vif et plaisant. Sa plaisanterie, cet annonce de défi lancée avec amusement, me fit sourire de concert. Quand à sa remarque sur cette coïncidence qui faisait se rencontrer deux jeunes écrivains en peine de sommeil, elle ne me fit que davantage étirée mes lèvres pour toute approbation.
Vraiment c'était une amie dont la sympathie n'égalait que la qualité de ses écrits que je retrouvais en cette soirée. Et nous parlions plume et littérature ! Quelle meilleur moyen de passer le temps que Morphée ne souhaitait nous prendre que de discuter d'un sujet cher à nous deux. Certes, Ann-Elisabeth écrivait beaucoup plus que je ne le faisais. Elle avait un talent remarquable il faut dire. Et là où je me perdais en descriptions à n'en plus finir, en pesants mots qui alourdissaient phrases et feuillets, elle écrivait. Oui, c'était cela. Elle écrivait, tout simplement. J'avais eu l'occasion de lire quelques uns de ses récits et ce sentiment demeurait. Sans doute ma camarade cherchait-elle le bon mot, la bonne tournure, comme tout écrivain sait le faire, mais le résultat produit n'en laissait rien paraître tant il était naturel. J'avais grand plaisir à lire ses histoires. C'était aussi pour cela que je m'étais permis d'aborder le sujet, d'avancer cette demande. Puis j'étais surtout très curieuse. Le résumé que mon amie me fit attisait plus encore ma nature.
« Cela me semble bien prometteur, ma chère ! Et tout aussi mystérieux ! D'autant que vous avez l'art de cultiver le suspens, souriais-je malicieusement. Je dois vous dire que vous attisez ma hâte de vous lire avec cette intrigue tout juste esquissée ! Et je vous donnerai mon avis sans faux-semblants.»
L'histoire semblait en effet pleine de promesses. Si j'écrivais pour ma part assez peu, ce n'était pas tant par manque d'inspiration. Après tout, celle-ci se débusque dans les moindre recoins du monde, dès lors que l'on sait la chercher. Et Mary-Ann paraissait avoir déniché un bon filon. Les quelques mots sur cette sombre affaire de meurtre me faisaient cependant me questionner sur son origine.
« Que vous preniez la défense de l'héroïne ne m'étonne guère, continuais-je sans quitter cet aimable sourire que la conversation me donnait. Mais racontez-moi : d'où vous vient cette idée ? Elle est assez peu commune. Un crime, une vie sans doute dangereuse et tourmentée... ce sont là des thèmes bien particuliers. Les histoires sombres ont toutes leurs charmes, mais je ne peux que m'interroger sur ce parti pris des auteurs. »
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MessageSujet: Re: "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine   Lun 29 Avr - 12:38

Madeleine & Ann-Elizabeth



Parler de livres et d'écrits en compagnie de Madeleine était un réel plaisir pour Ann-Elizabeth Lockwood. Trop peu de femmes bien nées se seraient aventurées à ce genre de discussions, hélas. Oh, les nobles dames lisaient, certes, mais pas le genre de livres qu'Ann écrivait. Beaucoup trop provocateur et subversif ; l'éducation corsetée que recevaient les ladies les restreignaient à tel point qu'elles en devenaient pour l'essentiel plates, molles, passives. Ou alors, elles comprenaient les dessous de l'affaire, et usaient de ce pouvoir communément attribué aux femmes depuis bien des époques : la manipulation. Mais Ann-Elizabeth n'était pas une manipulatrice ; elle n'avait jamais su mentir.
Cependant, elle avait rencontré tout types de femmes : des manipulatrices et des passives. Ses soeurs, notamment. Aussi admirable soit-elle, Victoria cachait bien son jeu ; quant à Marianne, elle était aussi soumise qu'on peut l'être. Trois types de femmes radicalement opposées au sein de la même fratrie, n'est ce pas incroyable ?
Mais Madeleine était encore d'un genre différent : sans être manipulatrice, elle n'était pas passive comme l'était Marianne, et avait suffisamment de douceur et de finesse pour se distinguer d'Ann. La Lady aimait beaucoup sa compagnie. D'autant que la jeune Américaine était curieuse et aux yeux d'Ann, la curiosité n'avait jamais été un défaut, mais bien une qualité qui manquait cruellement à l'essentiel des membres de la haute société britannique, qu'elle avait eu l'occasion d'observer de près, étant donné qu'elle comptait parmi ses membres.


"Sans faux semblants ? Mais j'y compte bien ! Je suis ravie que l'ouvrage vous intéresse à ce point..."

De fait, elle l'était. Il n'y avait rien de plus précieux que l'avis d'une personne en qui on avait confiance. Voilà pourquoi elle avait fait lire ses écrits à Thomas, Marianne et Victoria, en qui elle avait une confiance aussi solide que la pierre. Elle savait qu'ils lui diraient la vérité sans détours. C'était un plaisir de constater qu'il en certain de même avec Madeleine. Si il y avait bien une chose qu'Ann appréciait, c'était la sincérité.

Les questions posées par Madeleine sur l'origine de l'histoire lui firent venir le rouge aux joues. De fait, c'était une affaire peu banale ; et Ann n'avait jamais su mentir de sa vie, donc autant renoncer à une vague idée de dissimulation. La Lady avait une totale confiance en Madeleine, mais ne pouvait se permettre de divulguer le secret d'une autre personne sans l'accord de celle-ci, aussi prit-elle le parti de ne pas donner de noms. Elle irait parler à Héloïse le lendemain, et verrait si elle pouvait révéler les dessous de l'affaire.


"Et bien... Je ne vais point vous leurrer, c'est une histoire vraie, d'une personne que j'ai bien connue. Pardonnez moi, mais il s'agit du secret d'une autre personne, je suis certaine que vous comprendrez que je ne puis tout vous dire sans son accord, car elle est avec nous à bord. Je prends son parti car c'est une de mes amies d'enfance, qu'elle a été accusée à raison d'un meurtre, mais que personne n'a cherché à en comprendre les raisons. C'est ce qui m'a le plus tourmentée, dans cette sombre affaire : les raisons pour lesquelles une personne aussi douce et généreuse aurait commis un tel crime. En apprenant la vérité, j'ai compris, et là est née l'idée du roman. J'aimerais qu'il soit un plaidoyer pour la justice, pour la compréhension... Un projet bien ambitieux sans doute, mais qui me tient à coeur !"
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MessageSujet: Re: "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine   Dim 12 Mai - 11:33

« Bien sûr que votre histoire m'intéresse ! Qui ne le serait pas, ne serait-ce qu'un petit peu, devant une telle intrigue? »
Un sourire amical restait sur mes lèvres. J'étais de nature curieuse, ce qui avait parfois constitué un défaut m'ayant plongé dans de délicates situations, mais de savoir qu'Ann-Elisabeth allait livrer quelques clefs de son roman avait piqué au vif tout mon intérêt. Il est d'autant plus simple de bien comprendre une histoire lorsque l'on possède des informations complémentaires sur l'origine du récit en question et d'autant plus quand l'auteur lui-même vous les donne. Aussi ne pouvais-je qu'ouvrir grand mes oreilles et inciter du regard mon amie à parler.

Le rouge monta au joues de ma camarade et il ne pouvait décemment pas être attribué à la chaleur ambiante. La fraîche nuit courant sur les ponts du paquebot semblait traverser les baies et s'infiltrer dans les salles. C'était un léger malaise, une certaine gêne que je décelais dans ces quelques couleurs prises subitement. L'écrivain cachait-elle de noirs secrets ?
Je l'écoutais avec une attention redoublée, buvant presque ses paroles. Ainsi donc il s'agissait d'une histoire vérifiée ! De savoir ce roman inspiré de personnages et faits réels était des plus étonnant. J'avais moi-même couché sur le papier une historiette tirée de choses vécues. Elle en était presque autobiographique pour l'inspiration, mais les prénoms avaient été changés, le récit embelli. Au final, rien ne laissait douter que de telles choses se soient véritablement passées. Ma nouvelle demeurait également plaisante, bien éloignée du roman d'Ann-Elisabeth.
Je n'étais pas de celles qui écoutent ou colportent les ragots, loin de là, mais à entendre ces révélations je ne pus m'empêcher de me poser des questions. De qui s'agissait-il ? Connaissais-je l'héroïne ? D'autant qu'elle se trouvait avec nous sur le navire. Dans mon esprit passaient en revue les jeunes femmes amies de la romancière, certaines ne m'étant familières que de loin, sans trouver un indice quant à l'identité de la mystérieuse.
J'étais de nature curieuse, certes, mais pas indiscrète et ne comptais pas interroger l'auteur sur la criminelle. Je me trouvais impressionnée aussi d'une telle ambition de la part de ma camarade envers une autre de ses compagnes et très surprise de tant de confidences. Ce qui devait par ailleurs se lire sur mon visage.
« Et bien, ma chère, qu'elle affaire ! Je ne m'attendais pas à autant de révélations ! Mais je vous promet que ce secret sera bien gardé : je n'en soufflerai mot. Je comprends votre implication et la ferveur que vous devez mettre à la rédaction de votre ouvrage. Je pense qu'il constituera un bon plaidoyer en faveur de la jeune femme. Du moins il faut espérer que les lecteurs se rangent à sa cause. Mais ainsi vous envisager de publier le roman je suppose ? En changerez-vous les noms ? L'affaire est délicate et vous pourriez fort vous retrouver impliquée à votre tour en ne disant que vérité. Cependant, taire les noms des protagonistes risque de ne donner qu'un roman sans fondements... »
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MessageSujet: Re: "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine   Ven 24 Mai - 13:43

Madeleine & Ann-Elizabeth



"Une telle intrigue", disait Madeleine : les mots étaient justes, mais faibles comparés à la réalité ! Longtemps, ce qui était arrivé à la famille de Neuveille avait eut des échos dans la haute société britannique, dont Ann et les siens faisaient partie. Qu'est ce qui avait pu pousser Héloïse, jeune et d'apparence innocente, a commettre l'odieux crime qu'était un patricide ? Tous les crimes étaient odieux, selon l'avis d'Ann, mais pire encore était celui de tuer quelqu'un de son propre sang. Et Ann-Elizabeth connaissait Héloïse depuis l'enfance : elle ne pouvait compter les garden-parties, les réceptions, les dîners ou elles s'étaient retrouvées. Elle, Marianne et Victoria, Héloïse de Neuveille et Mary Abbot, elles cinq formaient un groupe qu'elles croyaient indestructible. L'assassinat du Comte suivi de la fuite de sa fille avaient ébranlé leurs certitudes, avaient introduit un sentiment d'horreur dans leur univers pourtant si privilégié. Mary Abbot ne s'en était jamais pleinement remise ; quant à Victoria, Ann doutait qu'il en soit différament. Seules la Lady et sa jumelle, Marianne, avaient plaidé les circonstances aténuantes, l'une part douceur et l'autre (Ann) pour prendre le contre-pied, comme souvent. Finalement, le père des demoiselles avait interdit le sujet, jugé morbide et néfaste.

Et voilà qu'Ann s'apprêtait à écrire un roman sur le sujet ! Maintenant qu'elle avait retrouvé son amie d'enfance et qu'elles s'étaient expliquées, maintenant Ann comprenait. Et écrivait, puisqu'elle n'avait jamais pu faire autrement. L'écriture faisait partie d'elle, lui était aussi indispensable que l'air, l'eau ou la nourriture, et ce depuis toujours. Alors, évidemment, comme à chaque fois qu'un sujet lui tenait à coeur, Ann écrivait.


"Je ne doute pas un instant de votre discrétion, très chère", sourit Ann, sincère comme toujours. "J'espère qu'il consituera un bon plaidoyer. Même si personne ne doit jamais rien savoir, cela m'allègera la conscience de l'avoir écrit. Et je serais enchantée que ceux qui auront le courage de tout lire se rangent à sa cause !"

Quand Madeleine évoqua la publication du roman, Ann-Elizabeth marqua une pause avec un léger pincement au coeur. Publier ses écrits était son rêve depuis toujours. En Angleterre, elle n'avait jamais osé les envoyer à un éditeur, même sous un pseudonyme masculin. Pourtant, maintes fois son frère Thomas lui avait proposé son aide ! Mais Ann voulait voir ses oeuvres publiées son son nom à elle, pas sous celui d'un autre. Elle avait longtemps attendu le jour ou, enfin, elle irait voir sa mère avec un exemplaire de ses ouvrages et lui aurait déclaré : "c'est moi qui ai fait ça". La société américaine étant nettement plus ouverte que celle d'Angleterre, elle attendait impatiemment de s'en aller vers les Etats-Unis pour que son rêve s'accomplisse. Hélas, le rêve qui avait failli devenir réalité s'était pulvérisé en même temps que le Titanic, emportant Ann-Elizabeth, sa soeur et leurs espoirs dans les profondeurs des abysses.

"Publier est un bien grand mot, vu notre situation à tous. Mais je pense faire en sorte que ceux qui s'intéressent à la littérature, et Dieu sait qu'il y en a un certain nombre à bord, lisent l'ouvrage. Pas pour les entendre vanter mes talents, mais plus à l'égard de mon héroïne ! Oui, j'avoue que je vais en changer les nom, afin de garder le secret le plus longtemps possible. Voire éternellement, si toutefois c'est envisageable. Mais étant donné que j'ai choisi les noms avec la personne en question, je pense que les fondements seront là... J'espère, tout au moins !" ajouta t'elle dans un rire.
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MessageSujet: Re: "Toute écriture est une vision du monde" | Avec Madeleine   Sam 25 Mai - 17:14

Il était certain que publier un roman dans les conditions actuelles -entendons à bord du paquebot naviguant sur cette mer éternelle et non par rapport à une quelconque situation économique ou sociale-, relevait du défi pour ne pas dire franchement de l'impossible. Il n'y avait aucune structure à bord du navire permettant l'impression et, même si parmi les passagers il était fort possible de dénicher une personne avec quelques savoir faire et une bonne dose de débrouillardise, l'ouvrage final n'aurait rien à voir avec une publication en bonne et due forme. Aussi Ann-Elisabeth était-elle totalement lucide sur ce point et ne prévoyait, à juste titre, de trouver un autre moyen de le faire lire aux individus intéressés. Dieu sait, comme mon amie le rappelait elle-même, que les passionnés de littérature n'étaient pas rares sur le bateau. Un nouveau roman ne manquerait donc sûrement pas d'intéresser celles et ceux dont les maintes lectures de la poignée de livres des bibliothèques du Titanic commençaient à lasser.
Sur la question des noms et de la réception de l’œuvre, je restais cependant dubitative. Protéger les identités des protagonistes, surtout si le personnage le plus important de l'histoire, l'héroïne elle-même, se trouvait à bord, afin de garder le secret était un choix justifiable en soit, certes. Mais ma camarade s'imaginait-elle vraiment pouvoir le conserver sous silence éternellement ? Il suffirait d'une rumeur -oh ! je me garderai bien d'en être à l'origine, bien entendu-, de quelques murmures, pour qu'une véritable enquête débute au sein du navire. Un lecteur mal intentionné qui en aurait vent pourrait tout mettre en œuvre pour percer à jour le mystère de la jeune femme et, prenant son parti ou non, lui nuire. Et il y arriverait sans aucun doute avec facilité, le paquebot étant un environnement clos.
Mais tout cela n'était qu'allégations et conjectures sans fondements qui germaient dans mon esprit que le sommeil se mit à gagner. J'en baillais d'ailleurs, détournant la tête pour épargner au regard de ma compagne, ma main couvrant mon impolitesse.
« Je l'espère aussi grandement, ma chère, repris-je en sentant mes paupières s'alourdir. Il serait fort dommage que votre ouvrage ne cause que du tort. Mais je suis certaine qu'un nombre de personne saura l'apprécier à sa juste valeur. Et pas seulement pour vos talents. »
Sur quoi je ne pus retenir un nouveau bâillement.
« Veuillez m'excuser mon amie, je crois que le sommeil m'assaille. Ni voyez nulle trace d'ennui, bien au contraire : c'est toujours un plaisir de me trouver en votre compagnie. Mais je pense que je vais vous abandonner avant de m’effondrer sur cette table. Peut-être pourrions-nous poursuivre cette discussion plus tard ? Je serais heureuse de savoir ce que vous avez d'autre à dire à propos de votre roman ! Ainsi je vous souhaite une agréable nuit. Tâchez de ne pas vous épuisez à votre œuvre ! »
M'étant levée, je délaissais donc Ann-Elisabeth avec toute la bienséance et l'amitié que l'heure avancée et ma somnolence me laissaient. C'était véritablement une jeune femme charmante et, tandis que je regagnais ma cabine par les ponts désertés, je songeais à son roman, son histoire et ce que tout cela allait donner...
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