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 Le Seigneur n'est plus mon berger [Alfred J.MANRED]

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MessageSujet: Le Seigneur n'est plus mon berger [Alfred J.MANRED]    Sam 19 Jan - 2:44

Le malheur restait collé aux pensées de Peter et rien ni personne ne parviendrait à le dérider aujourd'hui. Même l'idée d'aller se vautrer dans les bas fonds des troisièmes classes à la recherche de quelque compagnon de beuverie ne l'attirait pas. Il se sentait inutile et désespéré, livré à lui-même dans cette immensité glaciale et insensible que représentait pour lui le Titanic, réputé pour être le plus beau paquebot du monde. Un rêve de navire, ce cercueil navigant ? Ce monstre marin d'égoïsme qui séparait les gens qui s'aimaient pour se nourrir de leurs souffrances ? Le jeune anglais soupira, le coeur lourd. Peter ne supportait plus d'entendre certains de ses compagnons d'infortune louer la beauté du navire tout en profitant à loisir d'un luxe qui leur avait été interdit pendant la traversée. L'artiste qu'il était émit un ricanement . La beauté est affaire de goût et d'émotions et celles du jeune homme étaient particulièrement négatives en ce moment. Il n'était pas d'humeur festive et sentait monter en lui des envies querelleuses. Il ne savait que trop comment cette journée allait se terminer. Peter cherchait toujours les ennuis quand il était malheureux et généralement, il les trouvait. Le garçon turbulent qu'il avait été autrefois avait pour fréquente habitude d'exprimer ses colères d'enfant avec ses petits poings rageurs. Il avait grandi depuis, était mort et comprenait qu'une telle attitude n'avait pas de sens. Pourtant, il lui fallait exprimer d'une façon ou d'une autre sa terrible frustration et son infortune conjugale. Ses pas le guidèrent sans qu'il en ait réellement conscience devant la porte d'une cabine de deuxième classe. La même classe que la sienne . C'est pourtant bien tout ce que son occupant et lui avaient en commun. Il frappa une fois, deux fois puis tambourina à la porte nerveusement et impatiemment.

- Je sais que vous êtes là. Ouvrez-moi, je dois vous parler. Ouvrez !

Fatigué d'attendre, Peter poussa la porte de la cabine D13 et pénétra dans ce qui tenait lieu à la fois de chambre et de confessionnal. Il savait que la porte du père Manred n'était jamais fermée à clé et il avait entendu du bruit dans la pièce. Il ne lui en fallut pas davantage pour forcer le passage sans attendre une invitation pour entrer. Il avait des choses à dire et personne ne l'empêcherait d'aller jusqu'au bout. Il jeta un bref regard à l'homme qui se tenait face à lui puis se mit à lui parler nerveusement.

- « L'Eternel a donné, et l 'Eternel a ôté, que le nom de l'Eternel soit béni ! En tout cela, Job ne pêcha point et n'attribua rien d'injuste à Dieu. »

Peter jeta la bible de Juliet sur le lit, ivre de rage.

- Je n'ai pas besoin de vous préciser qu'il s'agit du livre de Job. Cet homme, ce Job n'est qu'un idiot ! Votre Dieu m'a mis sur la route de la femme la plus aimable du monde, mon âme soeur, le seul soutien qui me donnait la force d'avancer, et de m'accrocher à mes rêves. Et il me l'a repris, juste comme ça, comme si Juliet n'avait pas d'importance.

Peter ne réalisait jamais qu'il parlait de Juliet comme si c'était elle qui avait péri, comme si c'était cette jeune femme aimant la vie avec tant de force qui s'en était allée dans un autre monde. Il finit par s'effondrer sur la chaise près de lui, la mine abattue, les yeux clos de douleur. Puis, il se redressa, une lueur de colère animant brusquement ses yeux .

- Mais elle change tout, vous comprenez. Elle change tout. Et vous.... Vous........ vous donnez de l'espoir aux hommes et femmes qui viennent vous voir et l'espoir entretient la souffrance. Mais quel espoir me reste-t-il à présent, enfermé injustement dans ce navire jusqu'à la nuit des temps ? Vous pouvez me le dire ? Vous pouvez....

Le jeune homme s'arrêta de parler, la respiration coupée, réalisant brusquement ce que sa conduite avait d'impolie. Mais de cela, il s'en moquait bien.


Dernière édition par Peter Nicolas Somerset le Mar 19 Mar - 16:16, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Seigneur n'est plus mon berger [Alfred J.MANRED]    Mar 29 Jan - 23:36

    Alfred tentait de se distraire en feuilletant un livre emprunté à la bibliothèque des secondes classes, sans rencontrer dans cette tentative un succès fracassant : il tournait les pages, les unes après l'autre, puis revenait brièvement en arrière, les sourcils lorsqu'il se rendait compte que les mots lui glissaient devant les yeux sans qu'il n'y comprenne rien. Il reprenait sa lecture avec une concentration presque douloureuse, comme s'il lisait les Evangiles eux-mêmes et non pas une quelconque fiction en vogue avant leur départ mais... mais il était incapable de se souvenir du titre et thème du dit ouvrage. C'était ridicule.

    Il n'avait pas la tête à la lecture, ni à l'écriture de sermon – preuve en était les feuillets éparpillés dans la petite pièce, mal écrits, bien raturés -. Il n'avait la tête à rien depuis des semaines, ne supportant plus la réalité à bord du paquebot. Sacha. Le Capitaine. Leur condition. Tout ce qu'il voyait chaque jour à bord. L'effondrement du monde dans lequel il croyait au profit d'une existence qui n'était pas enseignée dans les Saintes Ecritures. Quelle plaie.

    Le prêtre referma le livre avec un soupir, le reposa sur la petite table qui lui servait de bureau. Bougeant à peine, il fixait le vide, plongé dans ses pensées. Ce n'était plus un méandre de pensées tortueuses et indécises, c'était un marécage perdu. Il était perdu et excessivement distrait, que le seigneur lui pardonne. Alfred s'était toujours fait un devoir, devoir qu'il prenait très au sérieux, de courir à la porte dès que quiconque venait y toquer, et faire de son mieux pour réconforter et aider toute brebis égarée qui viendrait lui demander de l'aide. Pourtant, plongé dans ses ruminations qu'il était, il n'entendit pas que l'on toquait avec acharnement – voire sauvagerie à sa porte. « - Je sais que vous êtes là. Ouvrez-moi, je dois vous parler. Ouvrez ! » Il sursauta, se redressa, reprenant soudainement pied dans la réalité, et tout prêt à se répandre en excuses contrites auprès de son visiteur impromptu.

    Celui n'attendit pas que le prêtre sorte de son hébétement et entra dans la pièce, faisant une entrée fracassante. Il se redressa, se leva, près à voir une catastrophe lui tomber dans les bras. Que se passait-il ? Un jeune homme, venait d'entrer une Bible à la main et l'air plus qu'agité. Alfred l'avait déjà croisé sur le pont des deuxièmes classes, mais n'avait jamais eu l'honneur de l'accueillir en confession ou même dans sa simple cabine. Un jeune homme qui avait pourtant bien besoin de lui parler, si l'on écoutait son cri : «  L'Eternel a donné, et l 'Eternel a ôté, que le nom de l'Eternel soit béni ! En tout cela, Job ne pêcha point et n'attribua rien d'injuste à Dieu. » Alfred regarda la Bible tomber avec violence sur le lit, mais ne releva pas une telle attitude blasphématoire, même si le prêtre en lui se hérissait contre une telle conduite. Jouer au prêtre intolérant et stupide n'aiderait en rien. Quand on arrive, énervé, en citant des versets bibliques... On a quelque chose à reprocher à la Bible. Il devait jouer à l'intermédiaire entre les brebis égarés et le Seigneur : on reste calme et on écoute.

    Le livre de Job. Pourquoi lui jetait-on toujours ce livre à la figure ? Il ne l'avait pas écrit, nom de... ! Oui, c'était la partie la plus incompréhensible et la plus suspecte de la Bible, celle où Dieu se comportait plus ou moins comme un salaud et permettait au mal de surgir sans prévenir, sans mauvaise excuse. Alfred en était conscient, et si sa foi lui permettait – autrefois ? - de faire le sut de l'ange par dessus ce gouffre de non-sens, c'était aujourd'hui de plus en plus ardu, et les âmes égarées avaient du mal... Comment expliquez cela à une âme en peine, hein ? Sérieusement, Dieu ne lui simplifiait pas le travail. « -Je n'ai pas besoin de vous préciser qu'il s'agit du livre de Job. Cet homme, ce Job n'est qu'un idiot ! Votre Dieu m'a mis sur la route de la femme la plus aimable du monde, mon âme soeur, le seul soutien qui me donnait la force d'avancer, et de m'accrocher à mes rêves. Et il me l'a repris, juste comme ça, comme si Juliet n'avait pas d'importance. » Alfred se rassit lentement, en même temps que le jeune homme se jetait sur la chaise la plus proche. L'orage semblait calmé. Le jeune homme semblait soudain sas force, comme s'il avait rendu les armes et s'était abandonné à sa douleur. Alfred l'observait silencieusement, jusqu'à ce qu'il reprenne la parole : « Mais elle change tout, vous comprenez. Elle change tout. Et vous.... Vous........ vous donnez de l'espoir aux hommes et femmes qui viennent vous voir et l'espoir entretient la souffrance. Mais quel espoir me reste-t-il à présent, enfermé injustement dans ce navire jusqu'à la nuit des temps ? Vous pouvez me le dire ? Vous pouvez.... »

    Qu'en savait-il, lui ? Cette question faisait étroitement écho au sentiment général d'Alfred depuis le naufrage, et à ses doutes. Il eut envie de crier de désespoir. Il n'avait pas la réponse. Il n'avait que les réponses éternellement répétées, apprises et recrachées. Parfois cela marchait, parfois non. Alfred inspira une brève bouffée d'air et prit la parole, calmement, d'une voix qui se voulait douce et sûre d'elle :

     « - Non, non je ne peux pas. Pour nous... Notre situation est... particulière, et je ne suis pas sûr qu'il reste un espoir, mais peut-être que … Juliet en a toujours, quoi qui lui soit arrivé. Dieu vous l'a donnée, vous ne pouvez que vous réjouir d'avoir eu la chance de l'avoir auprès de vous, même si cela est terminé. Et vous devez avancer seul, de sa part. Pour la rendre fière, montrer que vous mériter de l'avoir aimé. »
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MessageSujet: Re: Le Seigneur n'est plus mon berger [Alfred J.MANRED]    Lun 11 Fév - 18:20

La vision inattendue du père Manred, indécis et démuni après le désastre du naufrage, impuissant à endiguer le désarroi de tant d'âmes meurtries, obsédantes présences à bord du paquebot assassin dérouta Peter et lui coupa l'envie de poursuivre plus avant dans son comportement agressif et inutile. Il était venu chercher la bagarre mais l'abattement du prêtre lui enleva toute envie de continuer. Le jeune acteur n'avait plus envie de jouer. Sans doute, l'homme qui se cachait derrière le père Manred souffrait tout autant que lui, peut-être même davantage, brutalement privé du soutien de ce Dieu faussement omnipotent et bienveillant.

- Mon père, il semblerait que votre Dieu vous ait abandonné à bord de ce navire, seul, livré à vos doutes, vous le prêtre, à présent homme parmi les hommes, fantôme des fantômes.

Peter aurait pu se rapprocher de lui et partager son désarroi, tenter de le soulager du poids de ses doutes. Il aurait pu tout aussi bien laisser Alfred Manred en paix, constatant que ce n'était guère le moment de le provoquer. Mais le jeune acteur britannique refusait de baisser les armes pour autant. L'armistice ne serait pas signé aujourd'hui ni même demain. Peter était entré de mauvaise humeur dans la cabine du prêtre , se frayant un chemin dans la cabine D13 sans y être invité, sans esquisser le moindre sourire d'excuse, la plus petite supplique pour être reçu en urgence auprès d'un homme assermenté. Non, rien de tout cela. Il se moquait bien de la religion, des curés et de leurs saints sacrements. Juliet lui avait été arrachée par ce Dieu d'amour si bienveillant, si compatissant, celui-là même qui recommandait aux amoureux de s'unir par les liens du mariage afin de vivre en conformité avec leur foi.

- Se pourrait-il, mon père, que l'ancrage du Titanic ait échappé depuis l'an passé, à la zone de compétences de votre Dieu ? Son pouvoir serait donc surfait ou dépassé par les agissements diaboliques de quelque force supérieure ? Serait-ce cela qui vous trouble tant, mon père ? Vous pouvez bien me le dire, je ne serais jamais votre ami et votre réponse m'indiffère au point que je ne perdrais pas mon temps à le répéter à quiconque. Je suis simplement curieux, étonné de constater la faillite de votre religion. Dieu est mort, vive les suppôts de Satan ! Sûrement ceux-là même qui viennent de remettre les pieds chez nous, dans notre paquebot.

Il adressa au père un sourire mielleux et désarmant, certain de provoquer sa colère. Son envie de lui nuire l'avait repris, idée entêtante et tenace qui ne voulait pas déloger de son âme tourmentée. Il voulait le voir réagir, sans pitié ou sentimentalisme aucun ni par conviction que cela apaiserait Alfred. Il ne partirait pas sans avoir obtenu ce qu'il était venu chercher en pénétrant de force dans cette cabine plutôt qu'une autre. Peter aurait été en partie soulagé de sa peine si seulement Alfred avait laissé échapper un reproche, un doute, quelque émotion défavorable envers son Dieu tout puissant. Là, Peter aurait jubilé, éclaté de rire et s'en serait allé, laissant là ce pauvre homme livré à ses angoisses d'abandon, à son sentiment d'impuissance envers ses compagnons de voyage, ces âmes défaites et troublées. Oui, Peter aurait alors gagné une victoire qui n'existait que dans son imagination, un combat décidé par lui seul et qui occupait son esprit, l'empêchant de pleurer sur sa solitude et son amour perdu. Pourtant, Alfred Manred ne se fâchait pas, ne semblait pas ulcéré par les diaboliques manoeuvres de ce jeune homme qui avait laissé coulé sa foi en même temps que ses illusions de bonheur et son jeune corps alerte .

Le jeune anglais avait oublié la Bible de Juliet. Pourtant, le moindre souvenir d'elle devenait une relique sainte, un objet béni pour autant que sa foi présente dans son coeur jusqu'au drame, n'avait pas été s'engloutir dans l'immensité de l'océan avec tous ces corps immergés, les souvenirs joyeux de tant de personnes au début de la traversée. Il n'existait plus de Bible, de Sainte parole, de prêtre à qui demander pardon pour ses péchés. L'amertume, âcre et désespérante avait recouvert toute la tendresse et la bonté d'un coeur qui avait tant séduit Juliet. Peter était malheureux et l'apathie d'Alfred ne faisait qu'accroître ce sentiment de frustration. Ne pouvait-il comprendre que le jeune homme avait besoin de sa colère, de ses mots fermes et moralisateurs ? Non pas que le sermon du prêtre pût agir sur lui de quelque manière religieuse mais Peter avait besoin de cette confrontation musclée avec le Seigneur, ou du moins son acolyte dépressif. Il ressentait au fond de lui cette urgence de parler de Juliet comme si elle était encore là ou faisait partie de ces revenants. Comment dire, hurler à cet homme qui aurait sûrement pu comprendre que le souvenir visuel de Juliet commençait à s'estomper et que bientôt elle ne lui apparaîtrait plus ? Et cette certitude l'effrayait, plus, oui bien plus que le naufrage, la tempête qui sévissait, le retour des revenants ou cette comtesse qui l'effrayait sans qu'il puisse expliquer pourquoi . Il lui fallait faire mal, frapper ce prêtre dans ses convictions . Mais c'est lui qui fut frappé en plein coeur quand Alfred lui déclara afin de l'apaiser.

- Non, non je ne peux pas. Pour nous... Notre situation est... particulière, et je ne suis pas sûr qu'il reste un espoir, mais peut-être que … Juliet en a toujours, quoi qui lui soit arrivé. Dieu vous l'a donnée, vous ne pouvez que vous réjouir d'avoir eu la chance de l'avoir auprès de vous, même si cela est terminé. Et vous devez avancer seul, de sa part. Pour la rendre fière, montrer que vous mériter de l'avoir aimé.

Le discours de paix d'Alfred Manred n'eut pas l'effet escompté. Peter releva la tête et ses yeux flamboyèrent de colère.

- Me réjouir ? Me réjouir ? Me.......

Il ne parvenait plus à parler, à articuler le moindre son. Fou de rage, il se leva et s'approcha lentement du père jusqu'à approcher son visage du sien . Déterminé, il lui lança :

- Cela est terminé ? Je vais vous dire, mon père ce qui est terminé . Vous. Votre paix intérieure, vos certitudes, votre importance, votre vie tranquille à bord de ce navire. Je vais faire de votre vie un enfer et c'est vous qui serez seul, complètement et désespérément seul. Et je ferai aussi … je ferai aussi... je.......je .. il y a cette revenante, Alexandra David-Neel. Elle m'aidera... Elle.....

Peter était épuisé par ce déferlement d'émotions et s'assit au bord du lit, désespéré, triste et si malheureux. Pâle comme la mort, une mort qui le tourmentait à chaque instant, il ne se sentit pas très bien. Il avait mal au coeur . Peter fondit en larmes et se cacha les yeux avec ses longues et fines mains. Il ne parvenait plus à bouger. Fuir aurait été salutaire mais il n'en avait plus la force.














 

 
 



Dernière édition par Peter Nicolas Somerset le Mar 19 Mar - 16:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Le Seigneur n'est plus mon berger [Alfred J.MANRED]    Lun 11 Mar - 2:11

    Grâce à Dieu, la situation à bord de la cabine semblait un tant soit peu désamorcée. Enfin, le jeune homme qui avait surgit comme un diable dans la cabine du Père Manred avait retrouvé une partie de son calme. Une partie. Il avait arrêté de crier et n'avait pas continuer à balancer des choses dans sa colère. Plus aucune Bible ne volait, mais les vérités elles continueraient à être lancées à travers la cabine, droit sur le prêtre. « - Mon père, il semblerait que votre Dieu vous ait abandonné à bord de ce navire, seul, livré à vos doutes, vous le prêtre, à présent homme parmi les hommes, fantôme des fantômes. »...Qui que ce soit ce jeune intrus, il semblait bel et bien décidé à ne pas prendre des gants. Merci pour la délicatesse, on repassa. Bien, au moins les choses étaient claires : il faisait partie de ceux qui ne cherchaient pas de réconfort, mais venaient au contraire hurler leur haine de Dieu et du clergé à la figure de l'unique prêtre disponible depuis leur mort, ou assimilée.

    Un peu ahuri par l'attaque, Alfred observait son vis-à-vis. Lui rappeler cet état de fait de cette manière était... méchant ? N'était-ce pas quelque peu trop manichéen et enfantin de le qualifier ainsi ? En tous cas, Alfred accusa le coup : une lueur troublée passa dans ses yeux. Il n'avait pas envie faire face aux choses ainsi. Pas d'une manière aussi claire et nette, sans possibilité de se cacher. Alfred se sentait abandonné par Dieu, même s'il se repentait profondément d'avoir l'orgueil d'attendre quelque chose du Seigneur, de lui demander quelque chose. Il n'était pas digne.
    Mais le jeune homme avait visé juste : il était seul, et il n'avait pour lui répondre que ses doutes et l'immobilité de l'horizon. Leur situation était un casse-tête improbable : cela ne pouvait pas être. Ils étaient morts mais... rien ne correspondait à la foi du prêtre.

    « - Se pourrait-il, mon père, que l'ancrage du Titanic ait échappé depuis l'an passé, à la zone de compétences de votre Dieu ? Son pouvoir serait donc surfait ou dépassé par les agissements diaboliques de quelque force supérieure ? Serait-ce cela qui vous trouble tant, mon père ? Vous pouvez bien me le dire, je ne serais jamais votre ami et votre réponse m'indiffère au point que je ne perdrais pas mon temps à le répéter à quiconque. Je suis simplement curieux, étonné de constater la faillite de votre religion. Dieu est mort, vive les suppôts de Satan ! Sûrement ceux-là même qui viennent de remettre les pieds chez nous, dans notre paquebot. » A défaut d'avoir envie de l'étranger – Alfred était totalement imperméable aux désirs de meurtres et d'agressivité envers ses prochains, aussi pernicieux et pécheurs soient-ils – le père Manred manqua de s'étouffer lui-même. Indignation, crainte : il était plus bouleversé par cette vérité qui lui était jeté sans délicatesse à la figure. Sans la moindre charité chrétienne.

    « -Comment... comment osez-vous... »

    Pourtant, il n'y avait nulle trace de colère dans la voix d'Alfred : il ne se mettrait pas en colère, quoi que puisse lui dire le jeune individu : une légère indignation, bien évidemment, mais pas agressive : plutôt blasée, et attristée par les sentiments de l'homme. Par ses paroles, qui faisaient dramatiquement écho à ce que craignait Alfred, qui ne pouvait s'empêcher d'être surpris de se voir si facilement percé à jour. Il n'en avait jamais osé parler à quiconque, conservant l'attitude et la foi irréprochable d'un serviteur de Dieu zélé. Même si la réalité opposait une ferme critique à l'existence de Dieu, et surtout à son intérêt pour les passagers. Il se domina et répondit doucement, d'une voix ferme.

    « -Les agissements de Dieu nous dépassent bien plus qu'ils ne sont dépassés. Que des agissements diaboliques soient à l'oeuvre sur le navire ne changent rien à cela. »

    Même si la présence de suppôts de Satan à bord du paquebot damné était plus que probable : il avait été témoin des agissements du Capitaine, il avait vu des fantômes et entendu des voix dans son esprit. Oui, le diable ou assimilé était présent sur le Titanic depuis le naufrage, et se jouait d'eux. Mais non, Alfred se refusait à croire que Dieu les avait totalement abandonnés. Ou plutôt, il essayait de s'en persuader, mais ce n'était pas le moment de laisser voir une telle faiblesse. Il devait tenir bon sur ses lambeaux de convictions : que faire sinon ? Eclater en sanglots et avouer que sa foi en Dieu n'était sans doute pas bien plus épaisse que celle de son visiteur ? Absurdité.

    Le jeune homme était plus qu'imperméable au réconfort et aux réponses que tentait de lui apporter Alfred. « - Me réjouir ? Me réjouir ? Me....... »Si, au premier abord, il avait semblé, aux yeux du prêtre, chercher le conflit, et vouloir avant tout lui opposer une ferme critique, aussi aveugle et bornée soit elle, sa colère elle, n'était pas feinte. Alfred était désolé de voir la colère marquer encore plus les traits de son ...adversaire ? Interlocuteur ? Vis-à-vis ? Il ne pouvait pas dire mieux, même s'il avait dès le début su que cela serait mal pris. Cela était souvent mal pris, mais il n'avait pas de meilleure solution à proposer. Les voies du Seigneur sont impénétrables, et douloureuses.

    Alfred le laissa approcher, le laissa lui cracher au visage ce qu'il en pensait, de son conseil. Seule la tristesse que lui évoquait les propos et la rage du jeune homme transparaissait sur le visage du prêtre. Cela n'aurait pas du se passer comme ça. Cet inconnu n'aurait pas du ressentir de tels sentiments, il aurait dû être avec sa bien-aimée, soutenu par son le Seigneur, en paix. En vie, ou bien dans un au-delà qui avait un sens. Il pouvait bien frapper Alfred, déchaîner sa rage contre le pauvre ameublement de la cabine, le prêtre ne bougerait: il n'y avait pas de crainte dans ses yeux, simplement de la tristesse et de l'incertitude. « - Cela est terminé ? Je vais vous dire, mon père ce qui est terminé . Vous. Votre paix intérieure, vos certitudes, votre importance, votre vie tranquille à bord de ce navire. Je vais faire de votre vie un enfer et c'est vous qui serez seul, complètement et désespérément seul. Et je ferai aussi … je ferai aussi... je.......je .. il y a cette revenante, Alexandra David-Neel. Elle m'aidera... Elle..... » On est pas seul, tant qu'on a Dieu. Il paraît, en tous cas : à force de côtoyer les passagers de ce navire hanté et de prier en vain, Alfred en finissait par se sentir seul, il fallait l'avouer. Mais rien ne pouvait mieux combler cette solitude que ce qui lui restait de foi et de présence du Seigneur dans son coeur.

    Il observa avec un inquiétude qui n'était ni feinte, ni dissimulée, le jeune homme s'abattre sur son lit, et éclater en larmes. Spontanément, Alfred lui aurait bien tendu un mouchoir, et se serait approché pour le réconforter... Mais il connaissait assez la psychologie humaine pour douter du bon accueil que lui réserverait l'individu. Il s'approcha d'un pas, pour déclarer simplement d'une voix qui se voulait apaisante :

    « - Ma paix intérieure est terminée depuis bien longtemps, et vous n'avez rien à voir là-dedans, rassurez-vous. Vous n'avez rien d'un démon et je vis en enfer depuis assez longtemps pour les reconnaître. Nous sommes tous seuls sur ce navire, c'est pourquoi, au contraire, nous devrions essayer de vivre ensemble. »

    Il n'avait plus rien à perdre de toute façon. Il accomplissait juste son sacerdoce du mieux qu'il le pouvait, en jetant ce qui restait de foi et de croyance dans la bataille. Qu'il le prenne pour son punching-ball, qu'il lui hurle sa rage à la figure : il était prêt à tout encaisser si cela pouvait apaiser les tourments que son visiteur éprouvait visiblement. Alfred pencha cependant légèrement la tête sur le côté, intrigué et perplexe par un petit détail dans les propos du jeune homme. Une revenante ? De quoi pouvait-il bien parler ? Des fantômes, il en avait croisé, certes. Mais ils n'avaient pas eu l'air « d'aider » quiconque, au contraire, ils avaient bien besoin d'aide. Alors quoi ? Un autre tourneur de table ? Merci bien, Evelyn lui suffisait. Et encore, Evelyn avait le mérite de garder le mérite de ses nerfs et de savoir ce qu'il faisait, dans une moindre mesure.

    « - Vous ne devriez pas faire confiance à un revenant, je doute qu'ils puisse vous aider sans vous jouer de tours. »
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MessageSujet: Re: Le Seigneur n'est plus mon berger [Alfred J.MANRED]    Jeu 16 Mai - 15:07

Spoiler:
 
Seigneur, que l'homme était pénible avec ses réponses prêtes et surfaites, cette absolue nécessité de rester contre vents et naufrage fidèle à ses convictions. Pourtant, Alfred Manred semblait quelque peu ébranlé par les doutes de Peter Somerset. A croire qu'il les avait déjà endurés, déjà évoqués, souvent solutionnés mais parfois rendu fou. Cette douce perspective réjouit le coeur affligé de Peter comme si la souffrance des uns pouvait apaiser la sienne, la rendre plus humaine et moins intolérable. Une douce paix intérieure le remplit d'aise, chassant la colère qui y était entrée avec tant de violence. Il prit conscience des dégâts qu'elle avait occasionnée, se mettant à genoux sur le sol de la cabine, ramassant les morceaux épars de la bible de Juliet qui s'était brisée sous l'impulsion de ses émotions. Désespéré par la perte irrémédiable d'un objet personnel qui lui rappelait son épouse avec tant de sensiblerie, Peter se mit à pleurer. Doucement, silencieusement. Il releva la tête et regarda le père Manred, résigné et pathétique .

- Regardez ce que vous avez fait . Vous avez tout saccagé la bible de Juliet. Comment je vais faire maintenant ?

Puis, il serra sur son coeur meurtri les divers morceaux d'une vérité religieuse qui lui faisait tant horreur aujourd'hui mais qui incarnait les vestiges d'un amour ô combien partagé et s'assit sur le lit. Les larmes continuaient à couler, inextinguibles, essentielles et apaisantes. Pleurer lui faisait du bien. Rire était bien trop douloureux puisqu'il ne s'accompagnait plus du partage amoureux et gai d'une vie à deux.

- Les agissements de Dieu nous dépassent bien plus qu'ils ne sont dépassés. Que des agissements diaboliques soient à l'oeuvre sur le navire ne changent rien à cela.

Le prêtre pouvait parler. Il avait une voix comme ses congénères. Avait-il un coeur ? Des désirs refoulés par obligation ? Peter voulut en avoir le coeur net.

- Mais ne pouvez-vous être autre chose qu'un lâche ? Vous vous dissimulez derrière votre devoir de prêtre, acceptant tout, tolérant même l'insoutenable. N'avez-vous jamais succombé aux plaisirs de la chair, ne serait-ce qu'une fois ? N'avez-vous point ressenti la tendre inclination de vos sentiments qui vous rendraient votre foi plus belle, plus riche de sens ?

Peter lui adressa un sourire plein de miel, lui présentant le visage souriant du Diable.

- Réagissez mon Père, vivez, ayez le péché au fond du coeur. Votre Dieu ne vous détestera pas. Le sol ne tremblera pas sous vos pieds. Le paquebot ne fera pas naufrage une nouvelle fois. Voyez-vous, Dieu est mort, Juliet est partie,alors j'essaie de survivre. Je bois, je déprime, je repousse toute forme de gentillesse. Et quoi ? Je me relève tous les matins parce que votre Dieu ne peut plus rien contre moi. Nous vivons à présent dans un état de non-religion. Dieu ne s'y risquerait plus, s'il existait bel et bien. Bye bye. Ton petit maître est devenu persona non grata ici.

Alfred Manred avait alors pris la parole, avoué sa détresse et sa terrible solitude. Peter fut satisfait de cette déclaration de malheur. Elle lui fit du bien et le rassura sur la juste répartition de la tristesse ambiante à bord du Titanic.

 - Ma paix intérieure est terminée depuis bien longtemps, et vous n'avez rien à voir là-dedans, rassurez-vous. Vous n'avez rien d'un démon et je vis en enfer depuis assez longtemps pour les reconnaître. Nous sommes tous seuls sur ce navire, c'est pourquoi, au contraire, nous devrions essayer de vivre ensemble.

Peter Somerset se mit à rire, déterminé à se montrer conciliant. Le jeune homme n'était pas méchant en somme. Juste terriblement désenchanté.

- Dites , si vous voulez, nous pourrions aller vider quelques petits verres. Cela vous ferait le plus grand bien et vous décoincerait un peu. Et puis, vous vous sentiriez moins seul maintenant que votre Dieu d'opérette vous a abandonné sans espoir, désespéré, livré à vos démons intérieurs. Ce n'est pas gentil ce qu'il a fait. Non, pas gentil du tout.

Les cris et hurlements du jeune homme avaient cédé la place à des rires étranges et inadaptés. L'humeur de Peter ressemblait à ces violents orages d'été, furieux et terribles s'effaçant derrière une soudaine éclaircie, inattendue et bienvenue. Il lui plaisait de détourner le père Manred de sa mission et de sa foi. Il lui plaisait de démontrer que l'homme derrière l'habit de prêtre n'était guère moins faillible que lui. Les hommes ont au fond du coeur cette étincelle de perversion et de faiblesse qui les rend attachant. La perfection est une chose monstrueuse, figée et inhumaine. Elle isole, juge, condamne, terrasse. Peter haïssait cette absolue nécessité de ne rien laisser transparaitre de ses faiblesses, de sa part d'humanité médiocre, traîtresse mais follement divertissante.

Aussi, le jeune acteur avait pris peur quand les revenants avaient surgi, pâles fantômes hiératiques, figés dans leur mystérieuse cruauté. A commencer par cette femme, Nayah Gallagher qui prétendait avoir connu Juliet après le naufrage et qui lui brisait le coeur avec ses révélations fracassantes sur son nouveau bonheur. Comment savoir si elle disait vrai ? Comment savoir ce que ces étranges créatures qu'étaient les revenants avaient dans le coeur, pour peu qu'ils en aient gardé une légère trace. Car un coeur entier et vibrant, il n'y fallait point songer. Alfred n'hésita pas à le lui rappeler.

- Vous ne devriez pas faire confiance à un revenant, je doute qu'ils puisse vous aider sans vous jouer de tours.

Mais la mise en garde du prêtre était inutile. Peter ne songeait pas vraiment à solliciter Alexandra David-Neel de ses précieux conseils pour abattre le prêtre. Non, Alfred Manred lui appartenait désormais car Peter était devenu son compagnon de jeux irrespectueux et impoli. Jamais, il ne le laisserait s'en aller. Jamais il n'accepterait de partager son nouveau jouet . Avec personne. Pas même Dieu.
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Le Seigneur n'est plus mon berger [Alfred J.MANRED]

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