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 La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]

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MessageSujet: La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]   Ven 2 Nov - 1:54

Les bains turcs, lieux de détente par excellence ! Un havre de paix et Dieu sait que la paix au milieu de ces guerres de classe toujours omniprésentes, ce n’était pas du luxe ! Ariane par conséquent se rendait dès qu’elle le pouvait, vêtue de son peignoir, d’une serviette et d’un maillot de bain afin de se délasser après une rude journée. Ce jour-là n’avait pas été particulièrement pénible elle devait bien l’avouer, elle avait bien travaillé, avait rendu service à plusieurs étrangers de première classe français qu’elle avait quitté vers les cinq heures de l’après-midi. Enfin à peu près bien sûr pouvait-il encore y avoir une notion de temps dans leur situation ? Toujours est-il qu’une envie de sentir une vapeur chaude sur sa peau l’avait saisie, une fois rentrée dans sa cabine. Elle n’aurait su dire si ce besoin était lié à leur naufrage à tous, à cette eau glacée qui leur avait transi le corps des pieds à la tête, et qui de son côté s’était même engouffrée dans ses poumons. C’était peut-être une façon de lutter contre sa mort, par l’opposé de ce qu’elle avait connu. Va savoir donc, le docteur Freud n’était pas là pour lui donner son hypothèse.

Ainsi donc, après être passée par les vestiaires, les cheveux enroulés autour de sa serviette immaculée, elle avait plongé ses pieds dans l’eau fumante. Elle avait fermé un instant les yeux pour déguster cette sensation unique, puis s’était bien calée dans l’une des banquettes mises à la disposition des utilisateurs. La jeune femme avait ouvert son livre de chevet et au fil des minutes, avait senti ses paupières lourdes, très lourdes. Etre mort n’empêchait apparemment pas la fatigue, et à se prélasser de la sorte, à ne pas être une fois n’est pas coutume tendue par on ne sait combien de nerfs à vif, le sommeil l’avait gagnée. Elle s’assoupit donc et dormit. Combien de temps, suffisamment pour qu’elle s’aperçoive qu’il était passé très vite. Les portes des bains turcs allaient bientôt fermer, la journée était terminée. L’hôtesse d’accueil qui s’en occupait venait de secouer son épaule légèrement et lui avait demandé de se rhabiller pour vider les lieux. Chose à laquelle elle se plia de bonne grâce, en s’excusant du retard occasionné.

Dans sa précipitation à rejoindre les vestiaires, elle claqua la porte, énervée contre elle-même. Elle n’aimait pas être la cause d’un désagrément, on pouvait d’ailleurs constater dans cette réaction, le fait qu’en effet Ariane se préoccupait des personnes de classes plus modestes. Elle rechigna contre elle-même et tandis qu’elle allait ôter son peignoir, elle sursauta en apercevant dans la fumée le visage d’une autre retardataire : Yolanda Yeabow. Sa mère se trouvait ici … L’avait-elle fait exprès ? Ca ne serait pas étonnant, mais pour cette fois Ariane lui laissa le bénéfice du doute. L’endroit était libre d’accès et sa mère était une passagère comme tant d’autres. Il fallait se faire à l’idée de la croiser dans les lieux communs tels que celui-ci, sans automatiquement penser à mal, sinon elle en deviendrait paranoïaque tôt ou tard.

Sans aucune surprise, Ariane se détourna aussitôt d’elle et se dirigea vers l’une des cabines pour passer ses vêtements aussi vite que possible. Elle ressortit de l’endroit sans même jeter un autre regard à sa génétrice et se dirigea vers la sortie. Mais lorsque sa main se posa sur la poignée et qu’elle tira, rien ne s’ouvrit. Elle força davantage, mais toujours rien. Le bois de la porte semblait avoir gonflé avec la vapeur d’eau. Elle se mit alors à ôter la buée d’une toute petite vitre et frappa pour signaler la chose à l’hôtesse. Cette dernière tenta de pousser tandis qu’elle tirait mais il n’avait vraiment rien à faire.

- Restez calmes mesdames, je vais chercher quelqu’un et je reviens dès que possible. Ne vous affolez pas.

Cette fille en avait de bonnes ! Ne pas paniquer, lorsqu’on se retrouve dans une minuscule pièce à étouffer et en compagnie d’une personne haïe par-dessus tout … Plus facile à dire qu’à faire. Le cauchemar commençait !
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MessageSujet: Re: La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]   Sam 3 Nov - 1:12

La nuit. Le froid. L’eau.
Oh ! L’eau glacée… Et mille couteaux qui lui transperçaient la peau… Mille poignards qui lui entaillaient le cœur…
Oh ! La mort. Au début, c’est douloureux de sentir son corps s’engourdir. Puis ça se calme. C’est reposant, presque délicieux. La mort…
Et autour d’elle, les cris. Partout, les cris, à en faire exploser sa tête. Des cris de mourants, des râles de damnés.
Mais c’était trop tôt… La Mort était venue la prendre trop tôt…
Elle voulait… Elle voulait encore… vivre encore… Ariane…


*

Yolanda s’était sentie devenir folle, ces derniers temps. Ses jeux ne l’amusaient plus, ses manipulations ne l’amusaient plus, et railler ne l’amusait plus. Même le mal la fascinait moins. Elle avait l’impression que trop de choses s’étaient accumulées en elle, trop d’émotions peut-être, trop de chocs et de sentiments différents. Et bien sûr, il fallait garder ça pour elle. Tout pour elle. Quand elle ouvrait la bouche, c’était toujours pour mentir. Il ne fallait jamais que cela soit sincère, jamais. Il ne fallait jamais qu’on ne la voie telle qu’elle était réellement, jamais.

*
La jeune femme avait gardé les yeux ouverts, mais on voyait bien qu’elle était morte. Son visage avait une teinte blafarde, une pâleur cadavérique. Inerte, elle était allongée sur le parquet doré du Manoir Crewe, ses belles boucles blondes éparpillées autour de son visage. Prendre la vie. Une seconde fois. Ça faisait moins d’effet qu’avant. Moins de frissons, peut-être, moins de doutes, de terreur, de remords. Peut-être était-elle devenue une habituée du crime, maintenant…

*
Mentir, mentir, mentir.
Ne jamais s’arrêter. Toujours jouer, comme sur un grand théâtre.
Ne jamais retirer le masque.

Oh ! C’était épuisant ! Epuisant d’avoir un rang comme le sien, épuisant d’avoir eu la naissance qui était sienne, épuisant d’avoir eu cette existence qu’elle avait menée, épuisant de vivre cette mort étrange et affolante !

A défaut d’obtenir un jour de l’affection ou de la douceur, Yolanda avait besoin de calme et de sérénité. Maintenant. Et elle avait trop fréquenté la Bibliothèque, cela finissait par devenir lassant ! Non qu’elle n’aimait pas les livres, mais elle y avait rencontré toutes sortes de gens plus ou moins fréquentables, et n’était plus d’humeur à jouer avec eux. La dernière rencontre en date ? Sa chère fille. Evidemment, il avait fallu qu’elles s’ignorent, mais Yolanda devait avouer que le jeu avec été exquis. Son Ariane était véritablement quelqu’un de délicieux, d’exemplaire… qui ne manquait pas d’une certaine vivacité, et qui restait animée d’une grande rancœur. Cette enfant tenait d’elle, pour sûr… et de son père, aussi, tellement de son père… Si belle à voir, avec ses grands yeux teintés d’une candide rancœur, et ses cheveux d’or, de la même couleur que ceux de John. Elle était facile à cerner, Ariane – ou alors était-ce parce que Yolanda était sa mère qu’elle la voyait si bien ? Obsédée par sa rage, au point d’en devenir puérile. Parfois, en regardant sa fille, elle avait l’impression de revoir son amant, et de revenir au temps où ils s’étaient aimés. Ariane était un peu d’eux, et elle était un peu de leur illusoire amour.

*

Tout au long de la soirée, elle avait eu frémit, frissonné, tremblé. Etait-ce la peur ? Etait-ce l’excitation ? Non. Rien de tout cela. Rien. Seulement l’empressement. Et depuis quelques temps, depuis qu’elle savait qu’un être nouveau vivait en elle, la sérénité. Aussi étrange que cela pouvait paraître. Il y avait juste un poison à verser, quelques gestes à effectuer. Et puis, la liberté. Son enfant allait pouvoir naître ! L’enfant de Jonathan ! Et elle, elle serait libre. C’était simple. Elle avait vu sa mère agir de la même façon. Ne pas peser, juste faire.
Et lorsque son mari poussa son dernier râle, Yolanda le regarda dans les yeux et soutint son regard jusqu’au silence. Jusqu’à sa liberté.

*

Les Bains. Les Bains turcs seraient le meilleur endroit pour chasser les obscures images qui revenaient la hanter depuis un moment. Elle trouva un moment, à la toute fin de la journée, pour s’adonner aux délices de l’eau brûlante et relaxante, se détendre. Dans l’eau, tous ses muscles se relâchaient, et elle sentait ses pensées devenir plus claires, plus douces. Le visage de Jonathan ne cessait de revenir, très beau, très souriant, très attirant. Un début de sourire s’esquissa sur le visage de Yolanda Yeabow, et elle ferma les yeux, ne prêtant plus aucunement attention à tout ce qui se passait autour d’elle.

Mais elle était venue trop tard. Au bout de trente minutes seulement, Yolanda entendit les autres femmes quitter les lieux. Elle ouvrit les yeux, péniblement, et se mit en quête d’une cabine pour se rhabiller. Lorsqu’elle sortit, l’endroit était vide. Il n’y avait plus qu’elle, et une silhouette blonde qui lui rappela sa fille. En se maudissant de n’avoir jamais appris à se dépêcher, Yolanda Yeabow accourut vers la porte… Mais la jeune personne s’y trouvait déjà, poussant de toutes ses forces pour essayer de sortir. Vainement, apparemment. Yolanda plissa les yeux ; c’était Ariane. Elle frémit de délice, bien que la situation ne soit pas des plus enviables ; elles étaient à présent enfermées aux Bains, enfermées dans cette chaleur meurtrière, avec leurs démons et toutes leurs craintes. Etait-ce un hasard ? Bien sûr. Un remarquable hasard. Si Yolanda n’avait pas pris son temps, si elle était venue ici plus tôt, alors sa fille lui aurait échappé. Mais ce ne serait plus possible. Plus jamais. Ariane et elle étaient coincées ici pour un long, très long moment, en dépit de ce que disait l’hôtesse. Les masques tomberaient-ils ?

Yolanda détailla la jeune fille. Elle la sentait incapable de jouer la comédie plus longtemps. Ariane était à vif, Ariane était très fatiguée. Les cernes légères sous ses yeux le montrait. Et puis il faisait chaud… Yolanda Yeabow n’avait jamais supporté la chaleur trop longtemps. Mais si elle savait se contenir, Ariane le pourrait-elle ? La jeune fille avait un tempérament vif ; elle serait prête à exploser.

« Oh… Comme nous nous retrouvons… », articula faiblement Yolanda, dans un murmure de prédateur. Un sourire très amer, un sourire de rapace, était apparu sur son visage, mais dans ses yeux luisait quelque chose de fou, de passionné ; son violent désir de possession avait repris le dessus sur tout le reste de son être. Elle n’avait pas pu s’empêcher de souffler ces mots, comme elle ne pouvait pas s’empêcher de se réjouir de l’occasion. Ariane était seule, et à sa mère seulement, pour un très, très long moment à venir. Et cette fois, elle ne pourrait plus se dérober, elle ne pourrait plus se réfugier ailleurs, ou faire semblant de ne plus la voir… Non, cette fois, elle la reconnaîtrait comme sa mère… Après tout ce temps… Enfin…
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MessageSujet: Re: La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]   Jeu 8 Nov - 19:22

Adossée contre la porte, les poings serrés, les yeux d'Ariane n'osaient pas se poser sur sa mère. Comme celle-ci devait être contente de l'avoir à sa merci ! La jeune Valentyne maudissait tout le personnel du Titanic à cet instant précis. Pour la première fois, son oreille ne restait pas sourde à la colère de certains passagers qui pointaient du doigt l'équipage en argumentant sur leur lourde responsabilité au moment du naufrage. Comment pouvait-il être possible qu'une porte se coince aussi hermétiquement à cause de la vapeur d'eau ? N'avaient-ils donc pas fait le nécessaire pour que ce genre d'incident n'arrive pas ? Selon toute vraisemblance non, et à présent Ariane devait se confronter à cette personne haïssable entre toutes !

Son corps émettait d'ailleurs des sensations diverses et surtout opposées. Si ses cheveux pourtant remontés en chignon improvisé collaient à ses tempes, si la chaleur était insoutenable, elle était parcourue de frissons. Une sorte de fièvre semblait l'avoir gagnée. Yolanda Yeabow lui provoquait une chair de poule insoutenable, sa haine semblait parcourir tous les pores de sa peau à cette minute, mais aussi la peur. Peur cette jeune Valentyne qui possède une hargne peu commune ? C'est assez contradictoire mais face à cette femme, elle se retrouvait tétanisée au plus profond de son être. La traductrice mature et mariée ne se trouvait pas dans cette petite annexe des bains turcs, mais bel et bien l'enfant. Oui elle était redevenue cette petite fille qui avait assisté à un meurtre du haut de ses escaliers et qui avait marché à côté d'un cadavre à l'écume au bord des lèvres, cet enfant arrachée à son père en moins d'une minute et surtout à ses illusions. Le monstre responsable de tant d'horreurs était là à quelques pas seulement et Ariane la pensait capable de tout. Ne lui faisait-elle pas mal depuis des années à cette seule pensée que le même sang coule dans leurs veines ? Parfois il était venu à l'esprit de l'adolescente puis de l'adulte de s'ouvrir les veines afin que ce liquide rougeâtre quitte son corps. Mais elle avait été toujours plus forte que tout, sauf contre son traumatisme et à cet instant même son coeur tambourinait contre ses côtes.

« Oh… Comme nous nous retrouvons… »

Cette réplique teinta en elle comme une menace, un avertissement glauque. Si la mort les avait frappés, apparemment cette terrible sensation de frayeur n'était pas partie avec leur dernier souffle. C'était en tout cas le cas d'Ariane.

- J'étouffe !

Elle désirait coûte que coûte partir et quitter cette pièce, quitte à enfoncer cette porte qui la séparait de la liberté ou plutôt de la fuite en avant. Car il ne faut pas s'y fier, Ariane faisait bel et bien face à ses démons et à une démone. Deux états de faits dont elle serait bien passé. Déterminée à faire quelque chose, elle attrapa cette sorte de banc où ces dames s'asseyaient pour lacer leurs chaussures ou pour entamer la conversation et de tout l'élan dont elle était capable, l'écrasa plusieurs fois contre la porte. Si le bruit fut sourd et si la porte fut légèrement entamée au niveau de la peinture et du vernis qui craqua, elle ne fit pas grincer ses gonds. Elle restait fermée et l'espoir quitta de plus belle Ariane. Il fallait donc attendre, sans lecture, sans quoi que ce soit comme objet qui aurait pu lui donner une contenance et lui faire ignorer cette femme. Tout se liguait contre elle, dire qu'elle était venue ici pour se délasser, le repos qui avait été la cause de son retard ne la gagnerait pas cette nuit. Ses nerfs étaient à vif.

Tout à coup du coin de l'oeil au coeur de cette fumée, le visage pâle de sa mère apparut. Elle s'approchait d'elle ... Ce fut un véritable torrent de panique qui s'empara d'elle, tout son corps se crispa davantage, tel la corde d'un arc.

- N'AVANCEZ PAS ! CRIMINELLE ! BÊTE ASSOIFFÉE DE SANG ! EMPOISONNEUSE ! JE SUIS BIEN CONTENTE QUE VOUS SOYEZ MORTE, VOUS NE MÉRITIEZ PAS DE VIVRE ! RECULEZ !

Elle hurlait comme jamais, c'est alors qu'Ariane succomba à un geste désespéré et brisa la petite vitre dans le dernier sursaut de pouvoir avoir accès à l'autre côté de la poignée. Mais elle avait le bras trop court pour ça et sa mère qui restait plantée là à quelques mètres seulement ...

- Qu'est ce que vous voulez ? Me faire davantage souffrir ? Ce n'est pas la peine, votre présence est la pire des tortures !

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MessageSujet: Re: La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]   Mer 14 Nov - 0:09

Yolanda Yeabow se tenait là, grave, immobile, scrutant simplement sa fille du regard. Sa prunelle sombre et avide ressemblait à un charbon ardent, brûlant comme ses regards. C’était donc cela, l’effet qu’elle faisait à son enfant. La terreur. A vue d’œil, on remarquait le visage d’Ariane se crisper ; sans cesse son corps était agité de tremblements, de frissons. La jeune mère senti quelque chose dans son être s’agiter, et son cœur s’endolorir.
Elle savait ce que c’était que la terreur. Et elle ne voulait pas que sa fille connaisse cela.
Bien sûr, Ariane avait toutes les raisons de la haïr, et de lui en vouloir… Mais de la craindre ? Yolanda avait-elle été si terrible ? Avait-elle péché au point que son enfant ne puisse que la craindre ? La sensation familière de dégoût d’elle-même l’envahi. Encore. Yolanda se laissa pénétrer par ces émotions déjà connues, passive, résignée. Elle le méritait. Affreuse pensée. Elle le méritait.

Ariane laissa échapper qu’elle étouffait, et semblait défaillir, très faible. Yolanda n’était pas insensible à cette chaleur, et sentit vite quelques vertiges la gagner, mais ce ne paraissait rien, rien comparé à la mine mal à l’aise de sa fille. L’inquiétude enveloppa le cœur de Yolanda, dont le rythme du cœur commençait à s’accélérer ; la température de l’endroit était en effet très, très élevée. La jeune fille se comportait comme si sa mère n’était pas là, comme si elle ne la voyait pas, et conjuguait ses efforts pour ouvrir la porte – en vain, évidemment. Au terme de nombreuses peines, elle ne parvint qu’à briser la petite vitre, en haut de la porte, ce qui aéra tout de même davantage l’endroit. Yolanda inspira. Expira. Profondément.

Ce fut alors qu’un cri affreux brisa le silence. A travers les volutes de fumées qui embrumaient la pièce, le visage d’Ariane, tendu et très pâle, apparaissait ; elle hurlait, et ses mots frappèrent Yolanda comme des poignards. Elle ferma les yeux une fraction de seconde, et se souvint de la douleur qui l’avait prise, sa dernière douleur de vivante ; aujourd’hui, même dans la mort, elle continuait à souffrir. Aurait-elle eu moins mal si Ariane n’était pas montée sur le Titanic avec elle ? Serait-elle heureuse, si elle n’avait pas à rencontrer Jonathan à chaque dîner, chaque réception, chaque bal ? Yolanda ne saurait le dire. Le plaisir égoïste de les avoir près d’elle demeurait puissant, mais leur dégoût et leur haine – surtout de la part d’Ariane – continuaient de la blesser au plus profond d’elle-même.

Criminelle. Oh, oui, Yolanda était criminelle. Elle constatait à ces mots que le meurtre d’il y avait cinq ans avait laissé ses traces dans l’esprit d’une jeune fille encore traumatisée. Bien sûr qu’elle s’y était mal prise ! Et elle ne pouvait pas dire qu’elle n’y avait pas réfléchi… C’était seulement la vue de cette femme… Et le fait de savoir que Jonathan… oh ! Jonathan… L’avait-il aimée ? Avait-il eu des sentiments pour cette inconnue dont elle avait volé l’existence ? Des sentiments doux, et tendres ? Avait-il espéré en faire la mère d’Ariane ? Et sa fille, avait-elle vu en ce mariage l’espoir de retrouver une mère qu’elle n’avait pas connue ?
La simple vision de cette fiancée, que John avait dû aimer suffisamment pour demander sa main, l’avait révulsée et donné la nausée. Oh, elle ne se cherchait pas d’excuses ; un meurtre était un meurtre. Seulement, endurcie et endolorie après une décennie passée sans sa vie, à errer et à souffrir, endurcie par le temps et par la plus terrible des douleurs, tout était allé trop vite. Trop de révélations, trop de découvertes, trop de sentiments revenus à la surface d’un seul coup. Guidée par son désir aveugle, et sourd, de possession, Yolanda avait brûlé de s’approprier sa fille de nouveau, et n’avait pas pensé aux conséquences de ses actes, seulement au besoin d’assouvir des envies intenses, et trop longtemps réprimées.

Mais c’était donc comme cela que sa fille la voyait ? Comme une créature dangereuse ? Ne comprenait-elle donc pas qu’elle l’aimait ? Passionnément, elle l’aimait, comme une folle, elle l’aimait. Comme une mère. Yolanda déplorait que sa fille n’ait jamais connu la maternité, qu’elle soit morte trop jeune. C’était une tragédie que ce décès d’enfant, de jeune fille qui n’avait pas été heureuse.

Très douce, elle s’approcha d’Ariane. Elle avait peur, ne se maîtrisait plus vraiment : cela se remarquait aisément. Bien sûr, elle ne reculerait pas. Pour une fois, elle agirait en mère, non plus en monstre. « Ariane… Ariane, ma chérie, calme toi… Regarde, je ne vais pas te faire de mal… Ne crie pas, ne te met pas en colère… Je ne vais rien faire à personne. Economise plutôt tes forces, nous risquons de passer un long moment ici. », répondit-elle doucement aux cris et aux insultes d’Ariane. Il y avait une expression sereine sur son visage, et quelque chose de tendre dans son regard. Enfin, Yolanda pouvait se comporter en mère ! Enfin, elle n’était plus cette étrangère, victime et actrice d’un jeu terrible d’ignorances et de faux-semblants ! Les nouvelles injures d’Ariane lui firent mal davantage, mais elle mima de ne pas être atteinte, et resta calme. « Il faut simplement attendre. Tu peux m’ignorer si tu veux, ne pas m’adresser la parole, mais je t’en prie, calme toi. Tiens, tu devrais t’assoir, et te détendre. Tout va… tout va bien se passer… »

Evidemment. L’hôtesse allait bientôt revenir, leur ouvrir, et sa fille lui échapperait de nouveau. Quel terrible hasard, tout de même… En attendant, Yolanda ne pouvait s’empêcher de profiter et de se délecter de la simple présence de sa fille dans la pièce ; innocemment, elle glissa un nouveau regard sur elle, et s’abreuva de cette vision enchanteresse. « Tu vois bien que je ne te veux aucun mal… Je suis ta mère, Ariane, et je t’aime. »
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MessageSujet: Re: La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]   Dim 18 Nov - 18:55

Plus cette femme, sa génitrice qui se targuait du nom de mère approchait d’elle, plus Ariane reculait. Elle était véritablement acculée comme pourrait l’être une proie face au fauve prêt à bondir sur elle et à la déchiqueter. Que pouvait-elle attendre de cette criminelle si ce n’est l’attaque ? La jeune Valentyne la pensait insensible, cette vision de la bête sauvage aux griffes acérées lui venait tout naturellement hélas. Elle s’était d’ailleurs violemment heurté la tête contre une des colonnes de la pièce, dans ce mouvement de marche arrière. A présent elle se confondait presque avec le fer des casiers, tant elle aurait voulu y pénétrer pour avoir une protection quelconque contre Yolanda Yeabow. Ses pieds se levaient sur leur pointe et d’ailleurs elle dérapait de temps à autre, tant elle ne pouvait rien faire dans une si minuscule superficie. Dans un instant, sa mère bondirait et seul le Démon – qui lui ressemblait tant d’ailleurs – savait quel sort elle lui réservait. Elle ne pouvait pas lui donner la mort, cela c’était déjà fait, mais la souffrance hélas si. Voilà la terrible puissance que possédait cette femme même de l’au-delà. Si elle la touchait, Son seul contact la dégoûterait, les frissons qui la parcouraient se révélaient déjà être un avant-goût de cette sensation.

« Ariane… Ariane, ma chérie, calme toi… Regarde, je ne vais pas te faire de mal… Ne crie pas, ne te met pas en colère… Je ne vais rien faire à personne. Economise plutôt tes forces, nous risquons de passer un long moment ici. »

La voix apaisante et douce de sa mère, ne mit pas pour autant Ariane plus à l’aise. Sans doute, s’agissait-il d’une stratégie pour la mettre en confiance, afin de mieux la frapper par la suite. Le diable a toujours été rusé et promet toutes les douceurs, avant d’en faire connaître le prix. Naïve, Ariane l’avait été, son père avait su la faire baigner dans un océan paisible d’illusions, mais tel le Titanic, depuis ce jour-là, la jeune interprète avait heurté l’iceberg de la vérité. Elle en avait sombré comme tel. Le sort du paquebot, lui semblait tout à coup semblable au sien. Cependant, on avait su la manipuler une fois, on ne le ferait pas deux fois !

- Vous, ne pas faire de mal ?

Elle ricana avec toute l’ironie du monde, l’espace d’une seconde. Si cette femme l’attaquait, ça serait un dur combat. Contrairement à leur année passée ensemble, au cours de son adolescence, elle ne se tairait plus. Elle savait que son fiel pouvait également être meurtrier, peut-être tenait-elle ça d’elle mais elle ne voulait guère y penser !

- Mais vous avez toujours été le mal incarné !
« Il faut simplement attendre. Tu peux m’ignorer si tu veux, ne pas m’adresser la parole, mais je t’en prie, calme toi. Tiens, tu devrais t’assoir, et te détendre. Tout va… tout va bien se passer… »

C’était sans doute la première chose sensée que Yolanda prononçait à ses yeux et très certainement la première fois qu’Ariane était prête à lui obéir. En effet, toutes deux pouvaient recommencer leur numéro de l’indifférence l’une envers l’autre. Les répliques à demi-mots, étaient sympathiques non ? Ariane se redressa et se décolla légèrement des casiers, mais ses yeux restaient écarquillés, son cœur tambourinait toujours autant de frayeur, et son corps demeurait tremblant à souhait. Sa personnalité entière pouvait-elle accepter de revenir à l’ignorance, alors que sa frayeur était intacte jusque dans chacune de ses veines. Son sang bouillait encore de révulsion et de panique, mêlées. Elle réfléchissait au comportement à adopter donc et ne trouvait pour l’heure rien à répondre.

« Tu vois bien que je ne te veux aucun mal… Je suis ta mère, Ariane, et je t’aime. »

Ce qu’il ne fallait pas lui dire, venait d’être prononcé. Depuis toute enfant, ses simples mots, elle en avait rêvé mais aujourd’hui ils sortaient de la bouche d’un monstre de cruauté et de sadisme ! Sa mère salissait tout et à présent elle osait salir l’amour maternel ! N’avait-elle donc pas honte ? Un instant pourtant, Ariane ferma les yeux et déglutit légèrement, ces quelques mots venaient de la toucher plus qu’elle ne l’aurait voulu l’admettre. Cependant, elle se reprit très vite, elle ne devait pas se laisser attendrir, c’était une tactique pour mieux la piéger et l’attirer dans sa toile. Ariane leva donc les mains en signe de défense et prit une profonde respiration.

- Ne me dites plus jamais ça, ne m’insultez pas avec ces faux semblants de sentiments et ces appellations de : ma chérie ! Qui croyez-vous tromper ici ? Il n’y a ici que votre juge et je vous ai déjà condamné depuis longtemps à n’être rien pour moi ! Gardez vos petites déclarations pour plus crédules que moi et redevenez la garce sans pitié que vous avez toujours été ! Ce rôle vous convient mieux !

Si au plus profond de son être, elle était loin d’être détendue, Ariane s’était adressée à sa mère d’un ton relativement calme après les hurlements qu’elle avait jusqu’ici poussés ! La prenant également au mot, elle avait regagné le banc et venait de s’y asseoir lentement. Les bras croisés, elle regardait sa mère du coin de l’œil et aspirait à calmer cette panique qui ne la quittait pourtant pas.

- Vous avez raison, je vais vous ignorer comme je l’ai toujours fait … Et tout au contraire de vous apparemment qui semblez apprécier cette situation, j’espère que l’on viendra bientôt me délivrer …

Oui qu’on la délivre enfin de Yolanda Yeabow ! Ariane leva les yeux au ciel et pria pour que cet instant béni arrive vite !
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MessageSujet: Re: La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]   Mer 21 Nov - 0:29

Ariane commençait non seulement à l’agacer, mais à lui faire mal. Comme jamais, comme personne. Cette enfant avait une arme incomparable à toutes les autres, un pouvoir destructeur et unique : son sang. Elles étaient la même chair, le même cœur, avaient vécu ensemble pendant neuf mois. Pourquoi cette enfant s’obstinait-elle à la regarder comme le diable ? La connaissait-elle seulement ? Savait-elle son amour, sa passion sourde, aveugle et destructrice ? Non. Rien. Et elle se permettait de juger. Comme ça. De se juger supérieure, peut-être. Comme si elle avait davantage aimé ; comme si elle avait davantage souffert.
Et elle reculait, elle reculait, Ariane Crewe… Haletante, tremblante, suante. C’est qu’elle avait peur, Ariane Crewe… Peur à vouloir fuir, peur à en frissonner.

« Ne me sous-estime pas. Si j’avais voulu te faire du mal, je serais parvenue à mon but depuis longtemps, et tu ne m’en aurais pas empêchée en reculant ou en criant comme tu viens de le faire. », laissa-t-elle échapper d’une voix blanche, presque indifférente. Il y avait dans ce ton quelque chose de blessé, quelque chose de douloureux qu’elle tentait de masquer autant que possible.

Lorsque Yolanda essaya d’apaiser l’anxiété et la rage de sa fille, celle-ci ne réagit pas tout de suite, se redressant simplement un peu. Mais en entendant sa mère lui déclarer qu’elle l’aimait, elle explosa. Ses yeux se ferment ; son visage s’empourpre ; elle déglutit. Ariane est touchée. Je t’aime. Lui avait déjà on dit « je t’aime » ? Oh, son père, bien sûr, et son mari… Mais cela, ce n’est pas une mère. Surtout qu’Ariane avait longtemps rêvé de cette mère, de ce « je t’aime »-là. C’était les mots qu’il ne fallait pas dire, qu’il fallait garder enfouis, mais qui brûlaient les lèvres de la jeune mère depuis si longtemps qu’elle ne pouvait plus les retenir. Puis c’était évident : elle l’aimait. A la folie. A en mourir.

Les paroles que prononça alors Ariane la glacèrent. Elle grimaça, frémit, se mordit la lèvre ; elle voulait disparaître, s’imposer, paraître. On n’avait pas le droit de lui parler ainsi. Personne ne devait renier ses sentiments de la sorte. Pas même sa fille. Oh, c’était douloureux, trop douloureux. Etait-ce donc ça, la mort ? Oh… Etait-ce réel ? Vraiment réel ? Elle devait se trouver en enfer, il n’y avait pas d’autre solution, c’était trop terrible… Et comme cette enfant était cruelle ! Et bornée !

Yolanda garda le silence un long moment, pensive. Elle scuta le visage de cette enfant à qui elle avait donné naissance, mais qu’elle n’avait pas vu grandir et qui, en l’espace d’un éclair, avait déjà grandi.

« Tu te méprends tragiquement. », commença-t-elle. « Parce que tu as peur. Regarde comme tu as peur… Je ne vais rien te faire, Ariane, et tu trembles quand même. Je suis ta mère, je t’aime, et tu n’oses même pas me croire. Après tout, pourquoi pas ? Pourquoi ne pourrais-je pas t’aimer ? Mais tu as peur, tu t’imagines le pire. C’est donc comme cela que ton père t’a élevée ? Crewe ne t’a-t-il pas appris à être courageuse ? Oh, si j’avais pu te garder, tu aurais vu comme tout aurait été différent… S’il ne t’avait pas enlevée à moi… Oh, parce qu’il t’a enlevée. Tu n’étais pas au courant ? »

Ariane s’assit calmement, et lui jetant des coups d’œil, lâcha qu’elle l’ignorerait jusqu’à ce qu’on vienne les délivrer. « Bien sûr que j’apprécie cette situation… Tu n’as pas idée… », répondit-elle avec amertume, la voix débordante d’ironie. « La température est exquise, l’espace est très ouvert, et je suis en la meilleure compagnie du monde… Ma fille qui me blesse et s’obstine à croire des bêtises… J’apprécie cette situation au-delà du possible… »

Yolanda n’aurait peut-être pas dû prononcer les derniers mots, peut-être pas faire comprendre à sa fille qu’elle lui avait fait mal, mais cela lui avait échappé.
Des pas retentirent, et l’hôtesse apparu de l’autre côté de la fenêtre. Yolanda crut qu’elles allaient pouvoir sortir, qu’Ariane allait lui échapper déjà, si rapidement.

« Mesdames veuillez nous excuser, mais aucun membre du personnel n’est disponible. Il vous faudra encore patienter près d’une heure. Toutes nos excuses pour ce désagrément. »
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MessageSujet: Re: La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]   Sam 24 Nov - 16:56

Mais pourquoi donc l'enfer ne lui faisait pas le plaisir d'engloutir sa mère sous ses yeux, que le sol se dérobe sous elle et qu'elle disparaisse pour de bon ? Du coin de l'oeil, de temps à autre, Ariane la scrutait. Yolanda semblait s'être agacée par ses propos, tant mieux si elle lui faisait mal à cette garce ... à cette criminelle ... à cette démone de la pire espèce. Elle venait d'ailleurs de s'en mordre la lèvre. La bouche d'Ariane en sourit sadiquement. Sa seule revanche aujourd'hui serait celle là, celle de rendre le moment plus difficile encore pour sa génitrice que pour elle ! Si elle même vivait l'horreur de cette situation, elles seraient deux et c'était là un réconfort de taille. La jeune Valentyne, raide comme jamais contre ce pilier, s'était refermée hermétiquement et avait laissé Yolanda geindre et la défier sans lui répondre le moins du monde. La sous estimer ? Bien entendu, qu'elle la sous estimait en tant que mère, en tant qu'humaine même, c'était une bête sanguinaire et un monstre mais justement au sujet ses talents démoniaques, elle la plaçait très haut. Elle ne préféra pas rétorquer quoi que ce soit à cette pique, l'indifférence devait l'emporter ...

« Tu te méprends tragiquement. Parce que tu as peur. Regarde comme tu as peur… Je ne vais rien te faire, Ariane, et tu trembles quand même ... C’est donc comme cela que ton père t’a élevée ? Crewe ne t’a-t-il pas appris à être courageuse ? »

L'espace de quelques secondes, la jeune interprète voulut se ruer à nouveau sur cette porte de malheur pour qu'elle s'ouvre, quitte à creuser le bois de ses propres ongles. Montrer un seul instant de faiblesse à sa mère et que cette dernière le remarque si bien, tandis qu'elles se connaissaient si mal, lui était insupportable. L'autre semblait s'en repaître, comme un fauve se régale de son festin après avoir joué sadiquement avec sa proie. Oui elle avait joué avec sa peur, avec ses nerfs et maintenant, elle la narguait presque avec ça et la disait lâche. Sa fierté légendaire en était blessée. Pire, sa mère osait parler de l'éducation qu'elle avait reçue ! Quelle mauvaise foi ! Perdue dans ses pensées haineuses, Ariane pourtant ne fit rien, ne bougea pas d'un millimètre et ne cilla pas. Elle s'efforçait de prendre sur elle et s'était donc assise, mais il fallut malheureusement que sa mère rajoute un peu plus à son monologue.

« S’il ne t’avait pas enlevée à moi… Oh, parce qu’il t’a enlevée. Tu n’étais pas au courant ? »

Ariane venait à peine de fermer les yeux afin de s'apaiser, de garder le contrôle sur ses émotions, lorsqu'elle les rouvrit tout à coup et fixa sa mère presque assommée par ces révélations. La suite du discours de sa mère teinté d'un cynisme et d'une ironie rares rentra, comme le proverbe le dit si bien, par une oreille et sortit par l'autre. Son cœur lui -même venait de s'arrêter à l'écoute de cette phrase qui faisait de son père également ... un criminel ? Un kidnappeur d'enfants ? La réplique se répétait en écho dans tout son être, lorsqu'un bruit de pas se fit entendre. Contre toute attente, elle maudit presque cette importune, pour l'heure elle ne voulait plus fuir, elle désirait des explications claires, nettes et précises. Un vrai retournement de situation orchestré par sa curiosité aiguisée.

« Mesdames veuillez nous excuser, mais aucun membre du personnel n’est disponible. Il vous faudra encore patienter près d’une heure. Toutes nos excuses pour ce désagrément. »

La gorge encore très sèche, presque titubante, Ariane se releva et se pencha vers l'ouverture créée par le carreau de vitres qu'elle avait cassé, pour répondre à l'employée des bains turcs.

- Nous attendrons mais pourriez-vous tout au moins enlever la vapeur d'eau, nous étouffons !
« C'est déjà fait depuis une dizaine de minutes madame, mais il faut que la chaleur s'évacue, ça prendra du temps, nous faisons notre possible, soyez en sûres. »

La jeune Valentyne remercia d'une voix blanche puis lorsque l'hôtesse se fut éloignée pour ne plus entendre une conversation aussi privée, la tête d'Ariane pivota presque au ralenti en direction de Yolanda. Cette fois, elle s'approcha d'elle et lui fit face de très près. Jamais d'ailleurs, elles n'avaient été aussi proches.

- Qu'est ce que vous racontez ? Si c'est encore un mensonge de votre part ... je vous le pardonnerai encore moins que tous vos actes crapuleux, sachez le ! Vous prétendez m'aimer, alors parlons franchement sur ce passé oui, puisque je suis en âge de parfaitement comprendre ! Mon père ... m'a enlevée ? Quand et pour quelle raison ? Qu'est ce que l'on me cache encore !

Deux parents kidnappeurs ! Mais qu'avait-elle fait au bon Dieu pour mériter ça !
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MessageSujet: Re: La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]   Dim 25 Nov - 0:07

Visiblement, Yolanda avait piqué la curiosité de sa fille. Eh bien tant mieux. Une sensation étrange venait d’envelopper son cœur. Quelque chose de doux, et d’assez curieux. Elle… Ce devait être… elle avait du mal à réaliser. Toute sa vie, elle n’avait fait que rêver à cette enfant ; Ariane était rapidement devenue un but. Et maintenant… oh maintenant… La jeune femme avait l’impression que sa tête allait exploser. Etaient-elles mortes, ou étaient-elles vivantes ? Etait-ce un purgatoire, ou un paradis ? Et, par-dessus tout, cette enfant en face d’elle, était-ce une illusion, un mirage, ou était-elle réelle ?

Ariane fut sur le point de parler quand elle fut interrompue par l’hôtesse ; celle-ci venait les prévenir de l’incapacité momentanée de l’équipe à venir les aider. Il leur restait une heure à passer ensemble. Une heure… oh, encore une heure… C’était à la fois peu, très peu, et inestimable de longueur. Dieu savait quand elle se retrouverait à nouveau près de sa fille. Malgré elle, malgré le ton acide qu’avait pris la conversation, Yolanda ne pouvait s’empêcher de la couver d’un regard tendre. L’expression froide et distante qu’Ariane avait empruntée à sa mère s’accordait étonnamment bien avec les traits harmonieux de Jonathan.
Yolanda ne savait pas trop, en réalité, si elle était pressée d’être délivrée, ou si elle aurait préféré rester ici toute sa vie. En un sens, voir Ariane s’échapper à nouveau lui serait douloureux ; d’autre part, elle sentait le désarroi de sa fille, sa tension, son malaise, et préférait la laisser tranquille pour qu’elle se détende mieux. Ses petits désirs à elle, ses passions de mère devaient-ils passer avant sa fille ? Elle ne savait pas. A la naissance d’Ariane, elle aurait sans doute tout donné pour la rendre heureuse, mais maintenant, après l’enlèvement de Jonathan, après ces dix ans où Yolanda avait cru la mort de sa fille et vécu dans la plus terrible des douleurs, son désir fou de possession était devenu bestial ;

Très vite, la température de la pièce commença à baisser, mais les tremblements de la jeune blonde ne cessaient pas, de même que les rougeurs sur son visage ne s’effaçaient pas ; Yolanda se sentait elle-même frémir de temps en temps ; l’échange était électrique.

Lorsque l’hôtesse fut assez loin, Ariane tourna la tête vers sa mère et s’approcha d’elle ; jamais elles n’avaient été si près l’une de l’autre. Yolanda l’écouta calmement, et, offrant à sa fille un visage placide, commença à parler d’une voix blanche.

« Cesse d’imaginer le pire. Il n’y aurait aucun intérêt à te mentir – je ne suis pas Crewe, moi. Après toutes les horreurs que j’ai commises, au moins je ne t’ai jamais raconté de bêtises. » Elle marqua une pause. L’espace d’un instant, Yolanda Yeabow parut fatiguée, et très, très âgée. Du haut de ses trente-quatre ans, elle paraissait porter sur son visage toute la douleur du monde. « J’imagine que les détails de l’histoire ne t’intéressent pas », commença-t-elle. Effectivement, la rencontre de son père et de sa mère, la passion, l’adultère et le meurtre étaient des sujets qui ne fascineraient sans doute pas Ariane. Puis Yolanda ne tenait pas à ce qu’on sache qu’elle avait été mariée. « Mais lorsque… lorsque tu es née… bien sûr, ton père et moi n’étions pas… Nous n’avons pas pu nous marier, et je ne tenais pas à ce que… Je me suis coupée de tout pour pouvoir te garder, et vivre avec toi. Jonathan… Jonathan n’était pas au courant de ton existence, et je ne pouvais pas le prévenir. J’étais retournée vivre au Manoir de ma famille, seule avec toi. Et je te promets que nous avons été très heureuses… Très heureuses. J’étais prête à tout faire pour t’assurer un avenir. J’étais très jeune, aussi. J’étais certaine que… Enfin… Je ne sais pas comment ton père a eu vent de ton existence. Je crois qu’il a fait des recherches assez approfondies pour me retrouver, nous retrouver. Et il n'est pas civilement venu me parler et me demander des explications. Il s’est jugé apte à t’élever seul, mieux que moi. Une nuit, trois hommes se sont introduits chez moi. J’ai lutté comme j’ai pu, mais j’ai perdu connaissance ; au matin, tu n’étais plus là. Ça m’a détruite. » Inutile de s’étendre davantage sur la douleur et la folie qui l’avaient saisie ensuite, modelée et ravagée ; Ariane croirait qu’elle ne voulait que se plaindre sur son sort. « Je n’ai jamais su que c’était Jonathan qui… Il s’était débrouillé pour me faire croire ta mort… Et je n’osais plus repenser à lui ; j’avais honte, j’étais révulsée de n’avoir pas su garder son enfant. Puis un jour je suis retombée sur lui par hasard, je t’ai reconnue… Tu sais la suite. » Dans les yeux de Yolanda, il n’y avait plus que la souffrance. « Je suis désolée… Je n’étais pas lucide… J’étais folle… Enfin… »

Ces babillages n’intéressaient certainement pas sa fille. Elle avait trop parlé, en avait trop dit, malgré sa promesse de s’étendre le moins pour ne pas insupporter Ariane, qui ne la croirait sans doute pas. Yolanda se rendit compte à quel point elles étaient, l’une pour l’autre, des étrangères. Mère et fille, oui, mais des étrangères. Yolanda avait-elle été là, pour le premier jour d’école de sa fille ? L’avait-elle vue souffler ses bougies d’anniversaire ? Connaissait-elle ses goûts, son caractère, ses passions ? Non. Rien. Ariane s’était-elle confiée à sa mère un jour ? Jamais. Et à l’inverse, la jeune fille connaissait-elle quelque chose de sa mère, outre ses mensonges et ses crimes ? Savait-elle son parcours, son mariage précoce, son amour de l’architecture et de la littérature, sa passion pour Jonathan ? Savait-elle sa souffrance, connaissait-elle son masque d’indifférente, devinait-elle le visage tendre qui se cachait en dessous ? Rien de cela. Absolument rien. La faute à qui ? A Jonathan. A Yolanda, aussi. A cet adultère maudit. A ce mensonge affreux. A toutes ces bêtises qui crevaient les yeux.

« J’imagine que je devrais me taire, maintenant, n’est-ce pas ? »
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MessageSujet: Re: La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]   Jeu 17 Jan - 16:44

Voulait-elle seulement entendre la réponse de sa mère et perdre davantage d'illusions au sujet de son père? Ariane se sentait telle une héroïne de romans à cette minute, ces femmes qui à l'instant d'une révélation terrible auraient donné cher pour se boucher les oreilles, faire le plus de bruit possible pour ne pas entendre une désastreuse vérité. Ces femmes qui étrangement malgré ça restaient pétrifiées et attendaient que le couperet tombe. Ce geste de fuite paraissait quasi surhumain à faire, la curiosité l'emportait toujours sur la souffrance que la lumière faite sur le passé, occasionnerait. Ainsi la jeune Valentyne était tiraillée entre la volonté de ne pas écouter cette diablesse, de se fermer à elle et d'éloigner les doutes mais son désir de tout savoir l'emportait. La croirait-elle pour autant, rien n'était sûr. Elle n'était entourée que de mensonges depuis sa plus tendre enfance, pourquoi donnerait-elle un minimum de crédibilité à Yolanda ? Un contraste tortueux de sentiments l'envahissait toute entière.

" Cesse d’imaginer le pire. Il n’y aurait aucun intérêt à te mentir – je ne suis pas Crewe, moi. Après toutes les horreurs que j’ai commises, au moins je ne t’ai jamais raconté de bêtises. "

A cette réflexion, Ariane baissa légèrement la tête et dut reconnaître malgré toute la haine qu'elle portait à sa mère, qu'elle n'avait pas tort sur ce sujet. Elle était une meurtrière et elle le savait, elle était une femme détestable et fatale, ça aussi elle le savait ! Yolanda ne l'avait jamais trompée sur son compte, si ce n'est peut-être sur son soi disant amour maternel auquel Ariane ne croyait absolument pas. Tandis que son père ... Comme sa mère savait bien appuyer sur des souvenirs douloureux d'ailleurs... Oui son père l'avait bercée de toutes les illusions ! En somme Yolanda venait de marquer un point et l'adolescente ne trouva rien à répondre. Elle voulait connaître la suite mais pour accuser le coup qu'on allait lui porter, elle garda les yeux rivés sur le sol.

" Lorsque tu es née… bien sûr, ton père et moi n’étions pas… Nous n’avons pas pu nous marier, et je ne tenais pas à ce que… Je me suis coupée de tout pour pouvoir te garder, et vivre avec toi. Jonathan… Jonathan n’était pas au courant de ton existence. "

Ainsi, elle n'était rien d'autre qu'une bâtarde issue directement d'une nuit de luxure, sans doute. Un accident malheureux en quelque sorte. Quel enfant se réjouit même ayant atteint l'âge adulte, d'apprendre ça ? Que sa mère ait été mariée à un autre et qu'elle n'est le fruit que d'un adultère honteux. Une fille cachée qui plus est loin du monde si bien pensant . Tout sembla à Ariane si sale tout à coup, voilà ce qu'elle était : une erreur de parcours. Comment sa mère avait-elle réagi en apprenant sa grossesse ? Avait-elle pleuré des larmes de sang, avait-elle montré un tant soit peu de joie, avait-elle voulu se débarrasser d'elle, l'avait-elle d'ailleurs tenté cet avortement ? Ariane secoua tristement la tête et en ferma les yeux.

" Et je te promets que nous avons été très heureuses… Très heureuses. J’étais prête à tout faire pour t’assurer un avenir. "

La jeune fille ne put réprimer un petit rire bien amer. Elle avait du mal à croire à cette fable.

- Un avenir jonché de cadavres sans doute ?

Mais même cette pointe cynique ne calma pas le moins du monde les saignements de son cœur.

" Je crois qu’il a fait des recherches assez approfondies pour me retrouver, nous retrouver. Et il n'est pas civilement venu me parler et me demander des explications. Il s’est jugé apte à t’élever seul, mieux que moi. Une nuit, trois hommes se sont introduits chez moi. J’ai lutté comme j’ai pu, mais j’ai perdu connaissance ; au matin, tu n’étais plus là. Ça m’a détruite. "

La voix de sa mère était presque tremblante et pour la première fois de son existence, Ariane redressa la tête pour la dévisager intensément. Si elle jouait la comédie, elle était d'une performance incroyable. Elle parvenait à la faire douter sur sa complète vénalité. Yolanda Yeabow pouvait-elle être vraiment détruite par amour ? Connaissait-elle au final le sens de ce mot ? Avait-elle un coeur ? C'est ce que la jeune Valentyne tentait de découvrir en plantant ses yeux dans les siens. Cependant, il ne fallait pas compter qu'Ariane réponde à cette question tout de suite, cela lui prendrait des jours et plus vraisemblablement des semaines. D'ailleurs, à cette minute, elle se focalisait plus sur l'enlèvement de son père et sur les motifs à arracher un enfant à sa mère. Il est certain qu'elle irait lui demander des explications. Il ne lui mentirait plus, elle le confondrait et la surprise serait sa meilleure alliée.

" J’imagine que je devrais me taire, maintenant, n’est-ce pas ? "

Elle recula de quelques pas, pesant le pour et le contre. Sa curiosité avait été satisfaite pour l'heure et elle devait faire le point sur ce que sa mère venait de lui avouer.

- Oui ... s'il vous plait.

Les larmes lui piquaient les yeux et sa brève réponse avait été dite presque sur le ton de la prière. Ariane toujours agressive envers sa mère avait là une réaction bien peu commune en sa présence. Elle avait été touchée une fois encore par son passé qui la rattrapait quoi qu'elle fasse. Sur ce navire, elle avait cru le fuir mais le destin l'avait forcée à y faire face. Mais pour ce soir, ça en était assez et son besoin de prendre un bol d'air frais était devenu presque vital. Ariane regarda avec regret cette porte toujours hermétiquement fermée alors pour ne pas chuter à cause de ses jambes tremblantes, elle s'assit et se coucha même sur la banquette de bois. La jeune fille ferma ses yeux pour ne pas montrer sa faiblesse ou plutôt sa détresse à sa génitrice. Sa fierté le lui interdisait. Les minutes passant, après s'être épuisée à hurler tout son sou et à cogner aux portes, le sommeil engourdit tout son corps, son bras chuta dans le vide. Elle venait de s'endormir en présence de sa mère sans que la peur la tenaille. C'était sans doute une première depuis des années, mais seule Yolanda pouvait s'en souvenir à cet instant. Le fit-elle d'ailleurs ? Ariane n'en sut jamais rien.

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La peur est un cri, la terreur est un murmure. [PV Yolanda]

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